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La nouvelle est d’importance : Nicolas Sarkozy a troqué ses grosses Rolex chrono contre une discrète montre en or montée sur un bracelet de croco sombre... Détail symbolique qui résume l’essentiel du changement décidé par le président pour la deuxième étape de son quinquennat : la com. C’est donc ainsi qu’il fallait comprendre sa petite phrase lors de sa visite à Toulon entre les deux tours : « Je tiendrai naturellement compte de ce qu’aura exprimé le peuple. » Raccourci exagéré ? A peine. Dimanche soir, dans son bureau à l’Elysée, Sarkozy enregistre les résultats de ce second tour qu’il prévoyait difficile. Malgré les appels à voter, l’abstention a encore battu des records. La droite et l’électorat populaire ont continué de bouder les urnes. Seule Marseille sauve la majorité de la déroute absolue. Sarkozy passe donc la consigne. Après le « ça aurait pu être pire » du premier tour sur les plateaux de télévision, les responsables de la majorité entonnent donc le grand air du « rééquilibrage » sept ans après les succès de la droite aux municipales de 2001. En privé, quelques conseillers observent cependant que les récentes interventions du chef de l’Etat - sur la rétention de sûreté pour protéger les victimes des délinquants sexuels récidivistes, deux semaines avant le premier tour, ou sur l’immigration entre les deux tours - ont « probablement permis de limiter la casse ». C’est dire que la claque est magistrale. Certes la droite était souvent divisée comme à Metz (ancrée à droite depuis l’instauration du suffrage universel en 1848!) ou à Reims. Mais Sarkozy le sait, le message est clair : les Français souhaitent que le président cesse de s’intéresser d’abord à lui et préside, de préférence sereinement. Sarkozy, incarnation de la politique frénétique, omniscient et omniprésent peut-il l’entendre ? Lui qui avait joué de l’authenticité de son tempérament peut-il d’abord se réformer lui-même ? Peut-il en clair aller contre sa nature profonde ?
Certes il n’avait pas attendu le résultat des élections pour commencer de modifier son style. Preuve que, pour la première fois, Sarkozy a perdu son bras de fer avec l’opinion. Il croyait pouvoir imposer son style, plier la fonction présidentielle à son bon plaisir. C’est lui qui a dû plier. Avant les élections, il avait eu le temps de méditer les raisons de sa dégringolade dans les sondages. Il avait surtout « encaissé », dixit un proche, la tribune d’Edouard Balladur parue dans « le Monde » le 23 février. Pour que l’ancien Premier ministre, sorte de parrain bienveillant de celui qui fut en 1993 son jeune ministre du Budget, en vienne à appeler publiquement à davantage de « sobriété » dans le style, de « cohérence » dans la méthode, de « réserve » à propos des conseillers de l’Elysée. Pour qu’il en vienne à dire qu’« il n’est pas indispensable de créer tous les jours un événement », il fallait que l’heure fût grave pour la droite. Balladur incitait encore son ancien protégé à déléguer davantage à son Premier ministre et à associer le Parlement. Passée son irritation, Sarkozy a retenu une partie de ces sages conseils. La rectification de tir s’est fait sentir lors de son voyage en Afrique du Sud fin février. Malgré la vigueur du soleil austral, pendant ces deux jours, le président de la République est à visage découvert. Où sont passées ses sempiternelles Ray-Ban ? Ces lunettes noires, devenues le symbole du bling-bling, que, pendant longtemps, il n’a pas jugé utile d’enlever lorsqu’il parlait à ses interlocuteurs ? Remisées au placard, manifestement. Tout comme son téléphone portable dont il faisait jusqu’alors un usage immodéré, y compris devant le pape, lors de sa visite au Vatican.
Ce voyage avait aussi valeur de test pour la première dame de France dont la presse a ensuite largement souligné la sobriété, la discrétion, la bonne éducation. Pour clore la trop longue séquence m’as-tu-vu, l’Elysée mise sur l’atout Carla. Toujours à l’étranger, et notamment en Europe, Sarkozy s’astreint désormais à ne pas tirer la couverture à lui, comme il l’avait fait au début de son mandat, au point d’exaspérer Angela Merkel. Il ménage la chancelière, quitte à mettre de l’eau dans son vin comme il l’a fait au sommet de Bruxelles sur son projet d’Union méditerranéenne. Bref, le chef de l’Etat avait déjà amorcé une inflexion qui devrait se confirmer. L’agenda présidentiel sera allégé - « il n’y aura plus un événement par jour », assure Claude Guéant - et les sorties du président recentrées sur des thèmes régaliens comme on l’a vu dès lundi, à Paris, lors des funérailles nationales du dernier poilu de la Grande Guerre. Sarkozy s’efforce de prendre de la hauteur. Mais sans oublier le terrain et la sacro-sainte proximité, corollaire nécessaire de cette nouvelle attitude. On a ainsi vu Sarkozy, lors de ses dernières visites en province, prendre son temps pour déjeuner et participer à des tables rondes. Comme autrefois Chirac ! On ironise déjà sur cette métamorphose annoncée. Chiraquisation ? Mitterrandisation ? Haut lieu de la Résistance, le plateau des Glières en Haute-Savoie, où le chef de l’Etat s’est rendu mardi, va-t-il devenir son lieu de pèlerinage annuel, sa roche de Solutré ? Plus sérieusement, Sarkozy pourrait-il aller jusqu’à devenir un adepte de la théorie de la rareté (médiatique) chère à Jacques Pilhan, défunt conseiller de François Mitterrand puis de Jacques Chirac ? Evidemment non. Question de génération et de tempérament. « La rareté est un concept qui avait été inventé pour le cas spécifique d’un homme malade et qui ne correspond plus à l’époque actuelle. Aujourd’hui, les Français sont consuméristes en politique comme ailleurs. Ils en veulent pour leur argent et veulent savoir ce que pense le président qu’ils ont élu », dit Franck Louvrier, conseiller pour la communication à l’Elysée, qui préfère parler de «?sélectivité?». Conclusion : moins d’événements mais « plus calibrés ». « On va passer au tamis l’essentiel et l’accessoire. » C’est le sens de la réorganisation engagée à l’Elysée. Suppression du porte-parole à l’américaine, qui n’était pas, rappelle un conseiller, l’idée de Sarkozy, mais celle de son ex-épouse. Exit donc Martinon, ex-candidat désavoué à Neuilly, propulsé consul outre-Atlantique. Exit également Georges-Marc Benamou, conseiller pour la culture et l’audiovisuel. La conseillère politique Catherine Pégard, ancienne journaliste au « Point », prend la tête d’un pôle élargi destiné à renforcer les relations avec le Parlement. Seuls habilités à s’exprimer officiellement : Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, et Jean-David Levitte, sherpa du président. Henri Guaino, conseiller contesté par beaucoup à l’UMP et au gouvernement, conserve ses prérogatives. Sarkozy tient beaucoup à avoir à ses côtés ce pourfendeur de la pensée unique, manière de ne jamais se laisser enfermer dans un seul moule. Mais, à l’aube de la présidence française de l’Union européenne, on demande à la plume du président de pratiquer une « culture du compromis » et de mettre une sourdine à ses différends avec Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, qui, dit-on, « brouillent le message présidentiel » auprès de nos partenaires à Bruxelles. Reste le fond. Pas de changement de cap. Ou plutôt il va s’agir d’en dessiner un. Comme le constate un proche, il faut « une meilleure lisibilité ». « On poursuit les réformes », ont expliqué en choeur la plupart des ministres depuis dimanche. Lesquelles ? A quel rythme ? Comment ? Poursuivre et accélérer les réformes, certes ! Mais la réforme coûte cher comme l’a par exemple démontré l’économiste Daniel Cohen dans « le Monde » à propos des taxis et comme en convient un conseiller de l’Elysée. Et la conjoncture économique, c’est un euphémisme, n’est pas bonne. Lorsqu’il était encore place Beauvau, Nicolas Sarkozy expliquait souvent que pour réussir en politique il fallait au moins trois conditions : une détermination sans faille, la compétence et de la chance. « On oublie toujours ça, remarquait-il. Si on n’a pas la chance avec soi... » Or la crise financière est là. Pour la première fois depuis 2002, Sarkozy n’a pas la baraka. « En ce moment, tout ce que je touche, c’est de la merde », confiait-il à son entourage en janvier. Du coup, en l’absence de résultats tangibles sur le pouvoir d’achat notamment, dans l’impossibilité de faire valoir les effets immédiats de réformes de structure, la tentation sera grande de faire, comme à son habitude, diversion sur d’autres sujets. Pour l’adepte du mouvement perpétuel en politique en effet, ne plus créer un événement par jour ne signifie pas qu’il renoncera à animer le débat. Et de préférence sur des questions qui font polémique comme il l’a déjà fait sur la religion ou sur la mémoire de la Shoah. Bref, « sur du lourd », redoute un ancien ministre. Au risque de toucher aux fondements du pacte républicain et de la société française, ou de raviver les tensions communautaires. C’est pourquoi beaucoup de ses partisans espèrent aujourd’hui que, soucieux de se représidentialiser, Nicolas Sarkozy laissera François Fillon gouverner et prient pour que la présidence de l’Union européenne l’occupe à plein-temps.
Carole Barjon Le Nouvel Observateur
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