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La route sera longue et parsemée d'embûches mais finalement nous pourrons conclure par ceci: "Tout vient à point à qui sait attendre..." Laetimeg

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[03/03/2008 14:19]
Et si ça finissait mal... (1/6)

Voilà un président qui avait toutes les cartes en mains, une droite domestiquée, une gauche évanescente, une extrême-droite marginalisée. Comment a-t-il fait, lui le conquérant de 2007, pour devenir aussi vite l'homme de tous les échecs ?

L'autre jour, à Marseille, un socialiste facétieux s'est amusé à reproduire puis à coller sur les murs de son canton l'affiche de son adversaire victorieux aux législatives de juin dernier. «Mes engagements aux côtés du président». Ce témoignage gênant d'une passion révolue a été prestement escamoté. Ce sont les militants UMP qui se sont chargés de cette tâche. Ainsi va la politique, sous l'ère Sarkozy. Le quinquennat n'a pas encore un an et le président est déjà un boulet pour la droite. Hier, on s'affichait à son côté. Aujourd'hui, on le cache. Tous les candidats UMP qui battent en ce moment la campagne le reconnaissent aisément, en regardant le bout de leurs chaussures. Comme le dit un baron de la droite bourguignonne, revenu effaré la semaine dernière d'une tournée dans ses cantons : «Le nom de Sarkozy est devenu imprononçable. La gressivité de nos électeurs à son endroit est d'une violence inouïe. Si, demain, il fallait voter dans des élections nationales, nous serions tous balayés.»
Plus que de la contestation d'une politique, c'est du rejet d'un homme qu'il s'agit. Les sondages qui, les uns après les autres, soulignent un mouvement que rien ne paraît pouvoir freiner donnent la mesure de ce divorce. Sous la V
e République, il y a eu des présidents plus impopulaires que ne l'est désormais Nicolas Sarkozy. Ils étaient usés après un long parcours à la tête de l'Etat. Rien de tel, en l'occurrence. Même Jacques Chirac, début 1996, ne se trouvait pas dans une situation aussi originale. S'il plongeait, c'était avec son Premier ministre. Ce qu'il payait au prix fort, à l'époque, c'était le non-respect de ses engagements de campagne, comme François Mitterrand, en son temps. Sa rupture avec l'opinion était à la fois moins intense et moins personnalisée. Au fond, elle semblait plus logique et plus aisément décryptable.


On est là au coeur du mystère Sarkozy : ce qui arrive aujourd'hui est, au sens propre du terme, inimaginable. D'où cette panique, à droite, que le petit livre nostalgique et navré de François Léotard exprime à la perfection. A l'origine, l'ex-patron de l'UDF avait prévu de le titrer : «J'ai voté Sarkozy et je ne me sens pas très bien». Qu'il ait finalement opté pour une formule d'une rare brutalité («Ca va mal finir !») montre que le malaise a laissé place au ressentiment. Ce qui se passe au sommet de l'Etat a d'abord surpris. Puis cela a inquiété. Désormais, ça exaspère. Il n'a pas fallu plus de quelques semaines pour que cette cristallisation produise ses effets délétères. Seul Sarkozy, durant cette période, n'a pas changé. Entre l'échange de Guilvinec en novembre («Descends un peu le dire ! Viens, viens...») et l'altercation du Salon de l'Agriculture, samedi dernier («Casse-toi, pauvre con»), le registre reste identique. C'est là une partie du problème. Cela ne suffit pas à le résumer.
François Bayrou l'avait dit depuis belle lurette. Dominique de Villepin l'avait confirmé. Ségolène Royal ou François Hollande le répétaient à l'unisson. Ce quinquennat, fondé sur le mensonge, ne peut pas bien se terminer. On était là dans le registre classique d'une rhétorique politique un brin surjouée quand elle se pique de vigilance. Vieille histoire... Même Pierre Mendès France en avait usé - et abusé - à l'égard du fondateur de la Ve République. On connaît la suite. Les orages annoncés ne sont pas toujours au rendez-vous.


Si Nicolas Sarkozy innove, à ses risques et périls, c'est dans cette manière inconsidérée de gâcher les unes après les autres les cartes qu'il avait eu tant de mal à réunir. Son élection triomphale en mai dernier avait signé la réconciliation des droites et du peuple. Pour la première fois, depuis 1958, un président issu du camp conservateur avait réussi cette synthèse qui aurait dû lui permettre à la fois d'innover et de durer. Une gauche éparpillée, un centre enfoncé ou rallié, une droite domestiquée, une extrême-droite marginalisée : cette martingale était exceptionnelle. Nicolas Sarkozy avait devant lui un boulevard. Il a pris la première impasse qui se présentait à lui. D'où le sentiment qui s'installe que le maître de l'Elysée est l'unique responsable des maux qui aujourd'hui l'assaillent et que seul son caractère précisément l'empêche de redresser la barre. Edouard Balladur, qui au moins dans l'expression est un véritable anti-Sarko, vient de le dire avec des mots qui, dans sa bouche, valent condamnation maximale : «La sincérité n'est pas exclusive d'une certaine sobriété. La prise de décision n'interdit pas la concertation préalable. Il n'est pas non plus indispensable de créer tous les jours l'événement.» En effet...
Dans l'équation politique actuelle, il y a bien sûr d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte. La crise internationale qui plombe la croissance. Un slogan de campagne ( «Travailler plus pour gagner plus» ) trop bien mémorisé et qui revient soudain comme un boomerang. Tout cela entraîne des turbulences, sans justifier pour autant le crash qui menace. La faute du président, celle qui lui coûte si cher, va bien plus loin qu'une gestion du changement souvent à contretemps et toujours marquée au coin d'un narcissisme un tantinet infantile.
Les ruptures que Nicolas Sarkozy a introduites dans la conception d'une présidence moderne sont toutes d'ordre symbolique. Son péché capital est d'avoir remis en cause, parfois par de purs détails ou de simples comportements, ce qui, dans un pays comme la France, légitime l'autorité du chef de l'Etat. Un jour, c'est le pacte républicain, à travers la question laïque. Le lendemain, c'est la mémoire nationale, avec l'affaire des enfants de la Shoah. Un autre jour, ce sont les règles institutionnelles qui fondent le système d'équilibre entre le président et ses conseillers, d'une part, les ministres et le Parlement, de l'autre, le Conseil constitutionnel, enfin. Il n'y a pas de bonne gouvernance sans mesure ni distance. Ce qui suppose que le chef de l'Etat ne soit pas un chef de bande qu'on interpelle ou qu'on tutoie. Ce qui implique aussi que sa simplicité nécessaire ne transforme pas le monarque républicain, propre à la Ve, en un jet-setter fasciné par les paillettes du pouvoir. Sauf à alimenter ces pulsions trop françaises autour du thème éculé d'un prince étranger aux traditions nationales...
Il fut un temps, au milieu des années 1990, où Nicolas Sarkozy, alors au creux de la vague, fréquentait un homme qui fut le conseiller en communication de François Mitterrand et de Jacques Chirac. Jacques Pilhan, puisque c'est de lui qu'il s'agit, lui avait expliqué que la position symbolique du chef de l'Etat pouvait certes évoluer en fonction des hommes et des situations mais que cette construction exigeait doigté et surtout persévérance. Il lui avait dit aussi que le pouvoir était avant tout un enfant du désir et que, pour le faire croître, il fallait savoir se faire attendre. Pilhan ne théorisait pas le silence en tant que tel mais le silence qui précède la foudre.
Ces leçons-là aussi, Nicolas Sarkozy les a oubliées. Au coeur de l'orage politique et médiatique qui gronde, le président a choisi de s'exposer plus que de raison. A chaque jour sa déclaration en forme de transgression ou de provocation. Radicaliser et flatter sans vergogne les instincts sécuritaires d'une opinion déboussolée. Cliver et victimiser. Plus qu'une méthode, c'est la recette du sauve-qui-peut. Nicolas Sarkozy se promène avec un paratonnerre à la main. Le risque pour lui - et surtout pour la fonction qu'il incarne est que la foudre ne tombe pas de la présidence mais sur la présidence. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose !

François Bazin
Le Nouvel Observateur

Source: http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2260/dossier/a367625-et_si_ça_finissait_mal.html


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