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Question de : Elsa
Bonjour M. de Villepin. J´ai beaucoup respecté votre attitude lors de l´intervention américaine en Irak et je m´adresse à vous en tant qu´ancien ministre des affaires étrangères et gaulliste de stricte obédience. Pensez-vous vraiment que Nicolas Sarkozy veut aligner la France sur les Etats-Unis ?
Réponse : Bonjour à tous. Je suis très heureux d´être avec vous ce matin pour répondre à vos questions dans une actualité chargée, tant sur le plan national qu´international. La France est un allié ancien des Etats Unis, et à ce titre, il est normal que nous cherchions à avoir les meilleures relations possibles avec ce pays. Je perçois néanmoins une tentation d´infléchissement de notre politique traditionnelle d´équilibre. Et c´est pourquoi je pense qu´il faut être vigilant, qu´il s´agisse d´un éventuel retour dans l´Otan, d´une augmentation de nos troupes sur certains théâtres extérieurs comme l´Afghanistan, ou d´un appui à la politique américaine au Moyen-Orient. Le monde a besoin d´une France fidèle à sa vocation d´équilibre et de médiation entre l´est et l´ouest, le nord et le sud. Fidèle également à sa défense d´un monde multipolaire et d´un multilatéralisme renforcé, par opposition à la tentation unilatérale américaine comme à la méconnaissance par les Etats-Unis de l´identité des peuples et de la diversité culturelle.
Question de : jean-louis
Bonjour M. de Villepin, Dans un appel publié par Marianne, vous avez affirmé votre "attachement au principe républicain" et votre "refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective". Le pouvoir actuel est-il un "pouvoir purement personnel"? Jean-Louis (Paris).
Réponse : Là encore, je veux souligner la nécessité de la vigilance face à un risque de dérive, qu´il s´agisse du déséquilibre des pouvoirs au sein de l´exécutif entre le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement, ou encore de l´autonomie revendiquée par les conseillers de l´Elysée. Il me paraît important, tant du point de vue institutionnel qu´au plan de l´efficacité politique, d´être respectueux des principes d´équilibre et de bonne répartition des tâches. Cette exigence est d´autant plus importante que les problèmes sont complexes et qu´il faut satisfaire à une double exigence de bonne coordination et de continuité de l´action. Le Premier ministre et les ministres sont au contact direct et quotidien de l´administration, et ils doivent donc être en première ligne pour que l´Etat soit mobilisé dans la mise en oeuvre des réformes décidées et impulsées par le président de la République.
Question de : Internaute
Bonjour, A votre avis, le Nouvel Obs avait-il raison de publier le fameux SMS de Sarko à Cécilia? Si c´était vous le président, vous porteriez plainte au pénal? Et qu´est-ce que vous avez pensé des éditos sur le sujet dans l´hebdo? L´hebdo lâche son site?
Réponse : Je crois qu´il faut constamment, sur des sujets délicats, en revenir aux principes et en l´occurrence, au principe de séparation entre la vie publique et privée. Chacun a droit au respect de sa vie privée, de sa famille, de son courrier... Cela implique un effort de tous, de la part des responsables politiques qui ne doivent pas céder à la pente d´une pipolisation facile, de la part des médias, qui doivent se fixer des codes de conduite et des règles de déontologie strictes. Faut-il pour autant que le président de la République porte plainte? Je ne le crois pas, même si je respecte évidemment la décision de Nicolas Sarkozy, qui exerce son droit comme n´importe quel citoyen. Mais la tradition de la Ve République, qui est que les présidents ne portent pas plainte, me paraît doublement justifiée, d´une part pour éviter que le président de la République ne soit entraîné dans d´innombrables procédures, ce qui pourraient nuire à la fonction en lui enlevant de la sérénité et de la hauteur, d´autre part pour éviter cette situation incongrue d´un président qui pourrait ester en justice alors qu´il ne pourrait pas lui-même être attaqué devant la justice. Je crains que dans un certain nombre de cas, cela ne conduise à de véritables imbroglios juridiques. En ce qui concerne les réactions au sein du journal, je crois au principe de solidarité, même s´il doit s´accompagner à l´occasion d´une crise comme celle-ci, d´une introspection collective pour dégager à l´avenir les meilleures règles possibles de conduite.
Question de : Internaute
Le conseil constitutionnel qui censure la rétroactivité de la rétention de sureté: vous qui êtes un ancien ministre de l´Intérieur, qu´en dites-vous?
Réponse : Le Conseil constitutionnel est dans son rôle. Il doit avoir le dernier mot. Le risque existe avec la saisine du président de la Cour de Cassation d´un conflit entre l´ordre judiciaire et le Conseil constitutionnel, ce qui me paraît dangereux. Outre que la rétention de sureté pose d´énormes problèmes juridiques en découplant la durée de la peine de la durée de la rétention, elle modifie l´esprit de notre justice qui passerait, comme l´a très bien dit Robert Badinter, d´une logique de responsabilité à une logique de sureté. Qu´il faille se protéger contre de dangereux criminels sexuels, c´est l´évidence. Il existe à l´étranger des exemples qui peuvent utilement nous inspirer et des propositions intéressantes ont été faites, comme celle du Bâtonnier de l´Ordre des avocats. Encore faut-il être respectueux du droit. C´est l´honneur de toute démocratie.
Question de : Internaute
Le fait que Sarkozy saisisse le président de la cour de Cassation, est-ce que cela ne risque pas une fois de plus de porter atteinte à la séparation des pouvoirs?
Réponse : C´est la première fois, en effet, qu´une telle saisine est décidée. Il faut veiller à ce que cela ne porte pas atteinte au principe de séparation des pouvoirs qui est dans l´intérêt de tous.
Question de : jean-louis
Bonjour M. de Villepin, Trouvez-vous normal qu´un Président de la République dise "Casse-toi, pauvre con!" à quelqu´un qui refuse de lui serrer la main? Jean-Louis (Paris).
Réponse : La vie politique est faite de tensions et il peut arriver que l´on soit tenté de laisser percer son irritation ou que l´on perde son sang-froid. L´important est de se reprendre vite, d´en tirer les leçons et de s´excuser.
Question de : Internaute
Monsieur le Premier ministre, Pensez vous pouvoir représenter un recours pour la France aux présidentielles de 2012 ?
Réponse : Nous sortons d´une élection présidentielle et l´important, me semble-t-il, c´est le combat d´aujourd´hui pour permettre à la France d´avancer et de se réformer. C´est pour cela que je souhaite que le président de la République et le gouvernement réussissent. C´est pour cela que je crois important de tirer les leçons des difficultés et confusions des derniers mois. C´est dans ce sens que je n´ai cessé d´intervenir en proposant au président et au gouvernement de mieux expliquer et de mieux valoriser les réformes engagées, de clarifier également les priorités des prochains mois. C´est essentiel pour donner plus de visibilité et de sens à la politique menée alors que les défis à relever sont nombreux: compétitivité de notre économie, réduction des déficits publics, modernisation du marché du travail... Ce travail d´explication et de mise en perspective me paraît d´autant plus important que la conjoncture économique et sociale est difficile. Je veux croire que le président de la République finira dans les prochains jours par prendre en compte ces appels répétés. En politique, les meilleurs amis ne sont pas ceux qui s´écrient en permanence: "tout va bien, madame la marquise..." mais au contraire ceux qui attirent l´attention sur les difficultés et qui proposent des solutions. En l´occurrence, il faut clarifier le jeu et concentrer son énergie sur l´essentiel, c´est-à-dire la réforme économique et sociale, en rassemblant les Français et non pas en les divisant sur des sujets comme la laïcité ou l´immigration... Revenons-en à l´action et non pas à l´éparpillement, c´est la condition du résultat.
Question de : Internaute
Bonjour Monsieur Dominique de Villepin, Je voulais savoir si vous aussi comme des millions de Français vous avez été choqué par les propos du président lors de l´inauguration du salon de l´agriculture.
Réponse : Déjà répondu.
Question de : Internaute
Déclaration de Badinter: "Au terme de la Constitution, les décisions du Conseil constitutionnel s´imposent à toutes les autorités administratives et juridictionnelles et aux pouvoirs publics, par conséquent cela vaut aussi pour le président de la République", la République, "ce n´est pas l´ancienne monarchie où le principe était: ´si veut le roi, si fait la loi´". Vous êtes plutôt Sarkozy ou Badinter?
Réponse : Je crois comme toujours que Robert Badinter parle avec sagesse.
Question de : Internaute
Cher Dominique de Villepin, bonjour, M.Frnaçois Goulard, votre ancien Ministre de la Recherche et Député UMP de Bretagne envisage de créer un mouvement voire un groupe parlementaire. Compte tenu de vos propos concernant l´UMP sur Canal ce dimanche 24 février, que pensez vous de cette initiative? A la vue de la dégradation très sérieuse de notre démocratie ici en France(recul des libertés, Test ADN, atteinte à la Laicité, sur-exposition des forces de répréssion....épisodes guignolesques de l´UMP à Neuily, du Modem à Lyon...etc...etc) et de l´attitude de nombre de Parlementaires UMP, je deviendrai pour un peu pessimiste. Heureusement, à la lecture des sondages thématiques, il semblerait que La France que vous chérissez tant comme nous tous ait encore des ressorts. Outre l´écriture, quels peuvent être vos moyens d´actions? Quel type d´avocat serez-vous? Comment éclairer les Fançais sans déclancher l´hystérie de la Sarkosie( surtout la jeune génération qui n´a pas encore souffert comme vous en 2005 et surtout 2006)? Voici, Monsieur le Premier Ministre, les quelques réflexions que je veux vous soumettre. Recevez, Cher Dominique de Villepin, depuis la Capitale des Gaulles mes plus chaleureuses et respectueuses salutations. Christine HOUBART ch.houbart@voila.fr http://christineh7.hautetfort.com/
Réponse : Je souhaite que l´UMP se ressaisisse. Il est très important pour l´action du président et du gouvernement de disposer d´une majorité exigeante et proposante. Dans ce contexte, le rôle du principal parti majoritaire est bien sûr déterminant. Je crois important, comme Nicolas Sarkozy l´a martelé au cours des dernières années, que l´UMP puisse agir en autonomie et avec responsabilité. C´est ce que l´UMP a pu faire jusqu´aux élections présidentielles avec un président élu. Je regrette donc pour ma part la situation actuelle et estime que parmi les leçons à tirer, il y a la nécessité d´un président élu de l´UMP, crédible, responsable, visible, capable de jouer tout son rôle dans notre jeu politique en protégeant notamment davantage l´exécutif par son propre engagement. On a besoin en politique d´acteurs forts et clairement identifiés. La question, pour le président de la République, n´est pas de savoir s´il y a des concurrents au sein de sa propre famille. Cela est absurde. Mais la question est de savoir comment la volonté de réforme peut être mise en oeuvre et démultipliée. Une majorité forte et une opposition forte, voilà bien des gages pour la démocratie comme pour plus d´efficacité.
Question de : Internaute
Bonjour M.le PM N´est il pas singulier pour un admirateur de Bonaparte de signer l´appel de Marianne ?! Francoise
Réponse : Bonaparte a été grand tant qu´il a voulu agir en s´appuyant sur des principes. Il a pu ainsi poser les bases de la France moderne, qu´il s´agisse du Code civil, du Concordat, de la création de l´institution préfectorale, de la légion d´honneur... Quand il s´est laissé aveugler par son ambition et par la soif de conquête, quand il s´est laissé impressionner par les jeux de la cour, il a alors marché vers sa perte et celle de notre pays. Il me paraît essentiel aujourd´hui d´en revenir encore et toujours aux principes. Et comme je l´ai toujours fait, je crois qu´il y a des grandes questions sur lesquelles il ne faut pas transiger. C´est vrai pour les principes républicains, comme la laïcité. C´est vrai pour l´indépendance nationale et l´équilibre de notre politique étrangère. C´est vrai pour notre équilibre institutionnel. J´ai moi-même parlé de l´exigence de vigilance républicaine. La vigilance c´est la conscience en action du citoyen et dans des temps difficiles comme ceux que nous traversons, elle me paraît indispensable, tout comme l´exigence de rassemblement. La France doit réussir sa réforme. Nous avons une chance de la faire aujourd´hui. C´est la responsabilité du président de la République et du gouvernement. C´est aussi notre devoir à tous. Chacun doit être dans son rôle. J´ai été très heureux d´être avec vous pour ce tour d´horizon de l´actualité. La liberté d´information est un bien précieux. Exerçons-la et préservons-la ensemble avec passion et responsabilité. Je sais que c´est le cas de l´immense majorité des internautes. A ciao bonsoir!
Source: http://forums.nouvelobs.com/politique/518116-1293/1-nok/Dominique+de+Villepin.html
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