Dans les familles «sarkophobes», il en est une un peu particulière : celle qui cherche des explications mentales à la conduite du chef de l'Etat. Voir notamment le «docteur Jean-François Kahn», qui n'a pas hésité, en pleine campagne, à délivrer un diagnostic assassin. Nicolas Sarkozy, en tout cas, est un homme que tous les psys rêveraient d'allonger sur leur divan... Fou ? Non, «limite», «borderline» plutôt, bourré de tics, avec cette bouche qui se tord, ces épaules qu'il hausse l'une après l'autre, cette façon très «voyoute» de refuser la moindre contradiction et de rouler alors des mécaniques, défiant l'adversaire qu'il soit marin-pêcheur, journaliste ou racaille supposée. Hyperactif, bien sûr. «Si c'était un enfant, relève l'analyste Jean-Pierre Winter, il faudrait d'urgence lui prescrire de la Ritaline.» Bloqué dans un éternel imaginaire «comme Peter Pan». Le même imaginaire que celui «des mômes de banlieue qui aiment les belles montres, les belles bagnoles, les belles nanas (ça fait deux fois qu'il nous fait le coup du mannequin)». Pas étonnant qu'animé «par un plaisir enfantin» il ait choisi Disneyland Paris, «son univers hypersécurisé, hyperaseptisé, un monde de cartoon en deux dimensions», pour donner à voir sa nouvelle compagne. Inquiète-t-il ? Sûrement. «Il me fait peur depuis le début, une peur phénoménale, comme quelqu'un qui pourrait nous entraîner vers le cauchemar !», poursuit le psychanalyste. Pourtant «sarkophile» déclaré, le psychanalyste Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan, commence à se poser des questions sur «cette transgression permanente érigée en méthode de gouvernement, et sur cette tendance naturelle à la démesure». L'énergie, jusque-là sujet d'admiration, «n'est pas focalisée» et confine parfois «à la confusion». «Même s'il a toute légitimité pour changer les codes, ici, on est plutôt devant une boussole qui s'affole.» Serge Hefez, spécialiste de la thérapie familiale, qui regrette d'avoir été un peu loin en décrivant Nicolas Sarkozy en «pervers narcissique» au début de son mandat, trouve désormais qu'il ressemble à un prestidigitateur qui croirait à ses tours : «En fait, il ne sait plus où est sa vérité : chanoine avec le pape, remarié ou presque deux mois après un divorce.... On le sent prêt à n'importe quoi.» Pour peu que sa sincérité soit remise en question, «il pète aussitôt les plombs. En fait, ça le rend dingue». Dingue ? «En tout cas, il se sent autoengendré : sa puissance et sa gloire ne procèdent que de lui-même.» Le psychanalyste ne serait pas surpris si, un jour, comme Napoléon, «il enfilait un grand manteau d'hermine, et allait à Notre-Dame se mettre une couronne sur la tête».
Agathe Logeart Le Nouvel Observateur
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