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Ils se réunissent tous les derniers mardis du mois sur la place du Capitole à Toulouse. Douze moines franciscains qui prient, sans un mot, pour dénoncer les conditions d'enfermement dans les centres de rétention pour étrangers. «Dans ce monde plein de bruit et de lumière, le silence est parfois plus subversif que la parole», dit frère Stéphane (1). Une discipline à mille lieux du bling-bling sarkozyen et qui ravit Jean-François, un vieux militant associatif du nord de Paris, venu de la gauche catholique (aide aux immigrés, alphabétisation) . Il les a vus l'autre jour à la télé et depuis il est devenu intarissable : «Ces moines m'expriment.» Justement parce qu'ils sont muets. «Mon rejet viscéral de tout ce que représente Sarkozy n'a pas besoin de mots pour se manifester.» C'est une manière d'être, d'agir, de réagir. «Sarko, ajoute-t-il, ce n'est qu'un homme. Mais c'est aussi un symbole.» Bien sûr, Jean-François voudrait ne pas avoir à personnaliser à ce point son combat pour la dignité des étrangers : «Des gouvernements, j'en ai combattu a la pelle, de gauche comme de droite, au nom de principes sur lesquels je ne transigerai jamais.» Mais depuis quelques mois c'est un peu différent : «J'ai rarement eu le sentiment de me sentir aussi étranger, si j'ose dire. Je ne trouve pas les mots pour dire mon sentiment de sécession avec ce monde, celui de Sarko, qui n'est pas le mien. Il concentre tout ce que j'exècre.» Jean-François vote. Il manifeste parfois. La politique n'a jamais été sa passion. «Quand je vois Sarko, dit-il, je me sens comme ces moines qui affichent leur refus, sec, définitif irrémédiable.» Chacun avec son style. C'était l'autre jour à la télé. Et cette fois-ci on montrait des extraits de la conférence de presse du président de la République. «J'étais tout seul chez moi, rigole Jean-François, et je me suis bouché le nez.» .
(1)www.franciscainstoulouse.fr
François Bazin Le Nouvel Observateur
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