A droite et au centre, ils ont été les derniers à contester son hégémonie. Comment s'étonner si ces rivaux d'hier sont aujourd'hui des sarkophobes purs et durs, plus vachards, souvent, que les ténors du PS, pour beaucoup secrètement admiratifs devant le parcours du président de la République. François Bayrou et Dominique de Villepin ne partagent pas cette indulgence. Pour eux, Sarkozy n'a triomphé que parce qu'il a su mettre la main sur l'UMP. Bayrou est sans doute le sarkophobe le plus construit et le plus brillant. Il a flingue à tout-va le candidat Sarkozy, il dézingue en toutes occasions le président Sarkozy. Ses dernières flèches, décochées en 2008 :«Il y a un côté, comment dirais-je, puéril, enfantin dans cette idée qu'on va tout mettre par terre et tout reconstruire, sans réflexion préalable, sans concertation... La politique du tournis, c'est le contraire d'une vraie politique de réforme.» Ou encore : le sarkozysme, «c'est l'alignement de la France sur le modèle américain». Un modèle qui «a trois traits principaux. Il est inégalitaire par principe. Il est matérialiste. Et sa démocratie est dévorée par la «corn»». Villepin est à peine moins critique. Il ne supporte pas que celui qu'il appelait naguère, devant ses collaborateurs, «le nabot» ou «le nain» l'ait écarté du pouvoir et précipité dans les bras de la justice, par le biais de l'affaire Clearstream. Rien ou presque ne trouve grâce aux yeux de l'ancien Premier ministre dans l'action du nouveau président. Il a ainsi fustigé les tests ADN en des termes d'une rare violence : «Ce type de législation n'est pas de mise dans notre pays. Notre mémoire, notre histoire nous conduit à condamner tout ce qui ressemble à ce genre d'arsenal, dans la mesure où nous avons connu les rafles.» Pour le passionné d'histoire qu'est Bayrou, pour le féru de poésie qu'est Villepin, Sarkozy est d'abord un inculte, qui ignore tout de ce qui a façonné la France, à travers les siècles. Son culte de l'argent, son américanophilie en font pour eux une sorte d'apatride.
Hervé Algalarrondo Le Nouvel Observateur
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