
PARIS (AFP) - Dopé par ses démêlés judiciaires, assurent ses amis, Dominique de Villepin esquisse un retour sur la scène publique à la faveur de la sortie de son livre sur Napoléon. L'ancien Premier ministre s'est exprimé deux fois cette semaine, et devrait encore beaucoup occuper l'espace médiatique la semaine prochaine. Il a fait entendre une voix subtilement dissonante dans le concert de louanges qui, à droite, accompagne les premiers mois à l'Elysée de Nicolas Sarkozy. A l'opposé du constat répandu de l'hyperactivité du président, il a appelé lundi le pouvoir à "ne pas s'endormir sur ses lauriers". Le pays, a-t-il expliqué sur TF1, n'a que faire d'un "état de grâce": il veut "des résultats". La réponse a fusé mardi des rangs de la majorité. "Nous, on a les mains dans le cambouis et dans le charbon, d'autres ont les mains dans les poches", a riposté Nadine Morano, porte-parole de l'UMP. "Les conseilleurs ne sont pas les payeurs", a ironisé Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement. "J'entends dire ce que je pense", a persisté mercredi sur RTL l'ex-locataire de Matignon, décochant une flèche contre "la courtisanerie". Au-delà de ces critiques feutrées, Dominique de Villepin reprend la parole, après des mois où l'on ne l'avait qu'aperçu, et dans des circonstances humiliantes: retour de vacances pour une perquisition, convocation chez les juges. Lundi, il a fait part de sa "tristesse", de sa "rage" d'être mis en cause dans Clearstream, affaire de dénonciation calomnieuse contre Nicolas Sarkozy. Patrick Devedjian s'est dit supris par cette "stratégie", même si "se défendre publiquement, c'est une manière de résister", a dit à l'AFP le secrétaire général délégué de l'UMP, par ailleurs avocat. Son émotion sur TF1, "c'est enfin le vrai Villepin", s'enthousiasme un ancien collaborateur, parlant anonymement. Clearstream "est une gifle qu'il ne laissera pas passer", affirme le député UMP de l'Essonne Georges Tron: "Il est blessé, pas pour lui mais pour son père, sa femme, ses enfants. Il est dans un état d'esprit très combatif." "Il s'était imposé un délai de silence après Matignon pour ne pas gêner ses successeurs", témoigne Jean-Pierre Grand (UMP, Hérault ). "Mais cette injustice qui lui est faite devient un combat politique à mener". Un "combat" qui ne viserait pas M. Sarkozy, à en croire les amis de M. de Villepin. "On veut l'enfermer dans un règlement de comptes avec Sarkozy, mais c'est ridicule", s'agace un proche. "Il a trop souffert (à Matignon) d'avoir un président qui décidait peu pour ne pas se réjouir aujourd'hui de voir l'activité débordante" du chef de l'Etat. En apportant ce qu'il appelle sa "contribution", l'ex-Premier ministre entame-t-il un véritable retour politique ? Chez Perrin, l'éditeur de son livre le "Soleil noir de la puissance", on assure que M. de Villepin n'évoque la politique qu'à contre-coeur dans les interviews. "Son retour est inéluctable", assure pourtant Jean-Pierre Grand, tandis qu'un autre bon connaisseur du personnage précise: "Il réfléchit, il aime son pays. C'est normal et c'est tout pour l'instant. Pour le reste, il verra après Clearstream".
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