
PARIS (AP) - Dominique de Villepin a beau soutenir officiellement Nicolas Sarkozy, il a profité lundi de sa 20e et dernière conférence de presse mensuelle pour se démarquer du "candidat de sa famille politique" et vider son sac sur tous les sujets. Le chef du gouvernement n'a pas hésité à prendre ses distances avec la proposition de ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale défendue par le candidat UMP, tout en réaffirmant son soutien à Nicolas Sarkozy. "Aujourd'hui, s'il faut aller plus loin, j'aurais tendance à préconiser plutôt une agence de l'immigration, comme cela existe dans d'autres pays", a lâché M. de Villepin. Le Premier ministre a confié avoir été en désaccord avec cette proposition lorsqu'il était ministre de l'Intérieur en 2004-2005 avant sa nomination à Matignon et que M. Sarkozy avait évoqué cette idée dans les réunions interministérielles. Dominique de Villepin a multiplié les piques en direction de Nicolas Sarkozy durant cet ultime rendez-vous mensuel avec la presse, comme aux plus belles heures de sa cohabitation tumultueuse avec l'ex-ministre de l'Intérieur. Alors que le candidat UMP est accusé par ses adversaires d'opposer les Français les uns aux autres, il a fortement insisté dans son propos liminaire sur la "nécessité du rassemblement". "Si nous n'avons pas en permanence le souci de donner une place à chacun, il y a des risques de fracture", a-t-il répondu lorsqu'on l'a interrogé sur le fossé entre le candidat UMP et certains jeunes de banlieue. "Nous sommes un pays qui connaît des pulsions, des soubresauts, des tentations, et il faut en permanence être soucieux de rassembler. Par définition celui qui a cette charge au premier rang, c'est le président de la République", a-t-il rappelé. Loin des "ruptures" préconisées par M. Sarkozy, Dominique de Villepin a de nouveau plaidé pour une "adaptation" du modèle social français. Sur l'éducation, la santé, les transports, "on peut rester fidèle à une tradition française de service public". Le Premier ministre a certes réaffirmé son soutien, annoncé le 12 mars, au "candidat de sa famille politique", mais du bout des lèvres et sans citer son nom. Il n'a ainsi pas prononcé une phrase de son discours écrit affirmant qu'il était "aux côtés" de M. Sarkozy. "La chose est prévue", a-t-il simplement lâché quand on lui a demandé s'il comptait faire un déplacement de terrain avec le candidat. Et il n'a pas désavoué François Goulard et Azouz Begag, les deux ministres qui soutiennent François Bayrou. "Un gouvernement, ce n'est pas une caserne", a-t-il dit. Dominique de Villepin a passé le reste de sa conférence de presse à défendre le bilan de ses 22 mois à Matignon. "Je crois laisser la France dans un meilleur état que celle que j'ai trouvé", s'est-il vanté. Alors que la réalité de la baisse du chômage est contestée par la gauche et les associations, il a rappelé avoir ramené le taux de chômage de 10,1% à 8,4% de la population active et mis en garde ceux qui entretiennent la polémique contre le risque de favoriser les extrêmes. Le Premier ministre est en revanche resté discret sur son avenir personnel. S'il a confié vouloir enseigner "aux Etats-Unis, en Chine, au Moyen-Orient, en Afrique", il a expliqué que ce ne serait pas son "activité principale". Celui qui semblait en position de rivaliser avec Nicolas Sarkozy jusqu'à la crise du CPE a juré ne nourrir aucun regret. Dans une confidence, Dominique de Villepin a affirmé que "la chose était claire" depuis le jour où Jacques Chirac l'a nommé à Matignon. "Il m'a dit: 'mon cher Dominique, est-ce que vous savez que dans ce cas-là vous ne serez pas candidat à la présidence de la République?' Je lui ai dit oui, je le sais, mais je pense que la situation de notre pays le justifie", a confié le Premier ministre. "Cette mission s'achève, c'est la vie." AP
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