Le journal littéraire d'un Premier ministre insomniaque tenu pendant deux ans à Matignon.
"Voici pour moi le temps de l'aveu. Celui que l'on se fait à soi-même. Et non pas la parole aux abois des tribunaux médiévaux, soumise à la roue, au pal ou au carcan. Être au monde ne va pas sans tremblement. Être en politique et conduire la cité ne vont pas sans peur. Aujourd'hui comme hier, la calomnie frappe avec un seul but, déchirer l'homme. Jeux anonymes, jeux de foule, mouvements de houle qui suit la rumeur. Ecrire, non pas une chronique de la peur mais le journal d'une veille sans répit, un journal contre la peur, enrichi du regard de fidèles compagnons de route. Je veux partir avec les guetteurs de terre, Char et Celan, avec les navires démâtés de Rimbaud et de Baudelaire, et les voix d'îles, d'archipels et de rivages de Césaire, Darwich, Kerouac ou Lorca." Dominique de Villepin
Il intriguait les dirigeants de la planète, il les agace de plus en plus. Dans la presse étrangère, Nicolas Sarkozy, présenté à ses débuts comme un Président «réformateur», «moderne», décidé à rompre avec les postures gaullistes de la France, reste plus que jamais à la Une, mais pour d’autres raisons. Après l’épisode «Cécilia, le divorce»,c’est désormais son style, ses goûts de luxe et les frasques de sa vie privée qui sont disséqués par les médias du monde entier. Comme ceux d’une star abonnée aux revues people.
«Speedy» et «sexy». L’Inde, où le président français effectue une visite d’Etat depuis vendredi, en est l’illustration. Depuis des jours, «speedy Sarko» et «sexy Carla» occupent des pages entières dans les quotidiens du pays. Des portraits sauce Bollywood leur sont consacrés. Rien, en revanche, sur la diplomatie française ou les réformes menées à Paris. Invité d’honneur de la fête nationale, Sarkozy a par ailleurs heurté les dirigeants indiens par l’extrême rapidité de sa visite. Pas plus qu’ils n’ont apprécié de lanterner pour savoir s’il venait ou pas avec sa nouvelle compagne. Même si la visite était présentée comme «essentiellement politique» par l’Elysée, la faiblesse des accords de coopération et la quasi-absence de contrats signés entre les deux pays sont édifiantes.
Dessiné en joggeur pendu à son portable ou caricaturé en Napoléon par la presse internationale, Sarkozy a réussi en quelques mois à dilapider l’énorme a priori positif dont il jouissait auprès des opinions publiques étrangères. Son énergie, sa volonté réformiste et sa campagne électorale ont eu un écho retentissant. Au lendemain de son élection, son livre Témoignage a été traduit en chinois, en américain, en hongrois… Des milliers de reportages positifs et plusieurs biographies lui ont été consacrés de par le monde. Aux Etats-Unis, les républicains, fâchés avec Chirac et la France, l’ont un temps présenté en modèle.
Arrogant. Voyageur compulsif qui n’aime cependant pas rester plus de quarante-huit heures loin de Paris, le président de «la nouvelle France» a honoré des dizaines d’invitations de chefs d’Etat pressés de faire sa connaissance. Il a déjà effectué l’équivalent de près de dix fois le tour de la terre dans son avion. En Chine, sa diplomatie de VRP tournant le dos - comme ses prédécesseurs - à la «diplomatie des droits de l’homme» affichée après son élection a été appréciée. En Afrique, son discours de Dakar a fait grincer bien des dents. Aux Etats-Unis, sa difficulté à tourner la page Bush par ses quasi-silences sur l’Irak ou le réchauffement climatique a surpris. En Europe, il irrite Angela Merkel, insupporte Gordon Brown et n’amuse pas du tout les dirigeants des petits Etats, qui le jugent arrogant.
Sarkozy, qui jubile ouvertement de son costume de «grand de ce monde» et raffole des tribunes internationales, n’a pas fini de faire parler de lui. Dans les mois à venir, il est attendu en Angleterre, en Roumanie, au Brésil, en Angola, en Afrique du Sud, au Tchad… En attendant le Japon, le Pérou… De bien belles images en perspective !
59% des Français sont favorables à un référendum pour ratifier le Traité de Lisbonne sur les institutions européennes, selon un sondage CSA pour l'Humanité Dimanche paraissant aujourd’hui.
33% se disent en revanche en faveur d'une ratification par le Parlement français, comme l'a décidé le président de la République, Nicolas Sarkozy. 8% des personnes interrogées ne se prononcent pas.
Un précédent sondage CSA réalisé sur le même sujet en octobre 2007 donnait 61% en faveur d'un référendum et 31% pour la ratification par voie parlementaire.
Ce sont les électeurs de gauche qui se montrent les plus favorables à un référendum (71% contre 22% pour la voie parlementaire), tandis que ceux de droite sont beaucoup plus partagés (47% pour un référendum, 48% pour la voie parlementaire). Les sympathisants du Modem optent majoritairement pour une ratification par les électeurs (60% contre 36%).
Sondage réalisé par téléphone les 23 et 24 janvier auprès d'un échantillon national représentatif de 960 personnes âgées de 18 ans et plus (méthode des quotas).
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a épinglé mercredi "l'hystérie qui caractérise le traitement" de l'affaire de la fraude à la Société Générale, avançant que la démission de son PDG Daniel Bouton relevait de "la responsabilité" de son conseil d'administration.
"Cette affaire est révélatrice d'une crise générale de notre société très profonde, on le voit à travers la crise financière dans le traitement de cette crise: il y a une sorte d'hystérie", a estimé Dominique de Villepin sur Europe-1.
"Recherche de boucs émissaires: on commence par vouloir pendre ce jeune trader, et puis maintenant c'est au tour de la banque et au tour du président de la banque", a-t-il déploré. "Je crois qu'on ne prend pas dans nos sociétés suffisamment le temps du diagnostic. De quoi parle-t-on? (...) Une fois qu'on a identifié la difficulté, que chacun prenne ses responsabilité".
L'ancien Premier ministre a rappelé qu'"il y a un conseil d'administration de cette banque qui a pris cette responsabilité en reconduisant M. Bouton" après une première proposition de démission. "Est-ce qu'elle continuera à le faire dans les prochaines semaines, c'est sa responsabilité et la responsabilité ne se divise pas".
"La crise est forcément salutaire parce qu'il n'y a que dans ces moments-là qu'on réfléchit. Face à ces complexités, nos sociétés ont intérêt à inventer des systèmes raisonnables qui puissent être des garde-fous", a noté l'ancien chef du gouvernement.
Et de noter que "ce jeune homme" le trader à l'origine de la fraude, "ne prenait pas de vacances". "Quand on ne prend pas de vacances pour respirer, votre vie est envahie, débordée, et vous faites des bêtises". AP
Pour «le Nouvel Obs», l'ancien prix Goncourt qui publie sa «Chronique du règne de Nicolas Ier» (Grasset), désopilante et informée, narre le dernier épisode de la vie de cour élyséenne. S'y révèlent une intrigante séduisante, un cardinal Guéant servile et une majesté cynique... par Patrick Rambaud
Les choses qui précédèrent et suivirent aussitôt le jour de l'An méritent une sorte de panorama, parce qu'elles servirent de fondement à un chapelet de faits considérables. Sa Majesté devait avant tout effacer la tonitruante visite du Bédouin de Tripoli qui s'était attardé dans Paris, provoquant mille embarras par ses caprices, jusqu'à cette partie de chasse d'un quart d'heure, à Rambouillet, où notre invité ne réussit point à tuer même de très près les faisans malades et le dindon empaillé qu'on lui lança sous le fusil. Selon un principe que nous avons précédemment étudié, un événement éclatant devait recouvrir cet événement pénible, et le ridicule qu'il nous fit subir. Ce fut l'apparition de la comtesse Bruni. Voyons-en les circonstances. Notre Lumineux Souverain s'était vite réparé de son divorce, même si l'Impératrice se répandait en affreusetés sur son compte, puisqu'elle le peignait en radin, volage, père au coeur sec et sans vraie noblesse. Nicolas Ier n'en avait cure, lorsqu'il rencontra la comtesse chez un vieux publiciste qui ne servait plus guère, sinon à organiser des soupers et les menus plaisirs des puissants qui entretenaient son aisance. La comtesse était naturellement intrigante et avait besoin de se pousser toujours plus avant, aussi voyait-elle le plus de monde qu'elle pouvait. Elle avait beaucoup d'esprit, plaisante, complaisante, toute à tous et amusante. Son esprit était tourné au romanesque et à la galanterie, tant pour elle que pour autrui. Quand Notre Frétillant Leader la vit, elle lui plut fort par ses facilités et son filet de voix rauque, car elle s'accompagnait à la viole pour murmurer des couplets frondeurs :
Je m'imagine qu'il prendra Quelques nouvelles amantes Mais qu'il fasse ce qu'il voudra Je suis la plus galante... Après avoir feint de résister, la comtesse se laissa emmener au parc de Versailles en secret, puis au parc de M. Disney en public, que dis-je, en foule, avec un grand concours de gazettes mondaines et populaires. Sa Majesté lui offrit une bague identique à celle que portait l'ancienne Impératrice, le modèle Cupidon de chez Dior, et la convia tout exprès dans ses déplacements officiels qui se prolongeaient en courts voyages de noces, car on parla bientôt de mariage, surtout la mère de la comtesse, très présente, qui imaginait sa fille sur le trône. Cette mère était une femme habile, avec un oeil de maquignon comme les éleveurs du Piémont qui vont à la foire; elle avait une grosse ambition et une fortune à consolider. Cette alliance du monarque et de la comtesse passionna et intrigua. M. de La Bruyère donna ses raisons : «A juger de cette femme par sa beauté, sa jeunesse, sa fierté et ses dédains, il n'y a personne qui doute que ce soit un héros qui doive un jour la charmer. Son choix est fait : c'est un petit monstre qui manque d'esprit.» Cette fine observation du moraliste ne réussit point à convaincre l'entourage de Sa Majesté. Les plus politiques, les yeux fixés à terre, et reclus en des coins, méditaient profondément aux suites d'un événement si peu attendu, et bien davantage sur eux-mêmes. Les courtisanes en grâce et en place redoutaient l'intruse, qui allait diminuer pour elles les faveurs de Notre Glorieux Leader, et même, sans doute, les écarter. Il y eut un souffle de panique au Château. Des malveillants prétendaient savoir bien le passé de la comtesse et enfilaient des anecdotes pour éclairer :
«Mademoiselle Bruni, disait l'un, n'avait que 4 ans quand on vit bien que ce serait une beauté extraordinaire... - Cela se conçoit, disait un autre, mais on ne nous apprend rien. - Justement si, reprenait le premier, tous la considéraient, sauf son beau-père. - Il lui avait donné son nom et ne se souciait point d'elle ? - Jamais, voilà pourquoi elle devint modèle, pour qu'on l'admire. - Cela semble anodin. - Eh non ! L'âge des amours venu, elle se mit à collectionner les hommes comme d'autres des poupées ou des timbres; à chaque fois, elle s'empressait de les jeter au-dehors, à demi cassés, pour leur faire payer l'absence paternelle. Vous verrez : c'est le Diable ! Elle va ficeler Notre Précieux Leader, sans doute avec un enfant, vous verrez, avant de l'écraser aux yeux du monde comme les rock stars, les comédiens, tous les brillants qu'elle a consommés...» Sa Majesté vivait sur son cumulus, et les médisances ne lui parvenaient point aux oreilles, ni les mines défaites de ses anciennes favorites que soudain on vit moins paraître au-devant de la scène. Au contraire, le Prince devenait farce à tout propos et débitait à ses conseillers des histoires pour lui désopilantes. Un jour, il poussa la porte du cardinal de Guéant : «Et celle de Buffalo Bill, tu la connais ? - Non, Sire.» Son éminence mentait, mais il lui fallut supporter pour la douzième fois cette galéjade qui faisait tomber de rire Notre Pétulant Monarque : «C'est un type qui dit de lancer six pièces en l'air, et avec son coït il les transperce toutes avant qu'elles retombent. On lui demande son nom, il dit :Bïïl... Buffalo Bill. Alors y en a un autre qui dit qu'il peut remplir six verres en même temps en pissant dedans. On lui apporte les verres, il ouvre sa braguette : il a six queues. On lui demande son nom, il dit : Bill... Tcherno Bill ! - Ah ah, Sire !», fit le cardinal. Sa Majesté se tordit de rire sur le canapé Louis XV du bureau. Ses proches s'inquiétaient du temps qu'il passait à raconter des histoires de fesses ou des blagues bécassonnes, parce que, dès qu'il reprenait son rôle officiel, il faisait moins rire, Notre Sublissime Souverain. Toujours avide de rompre avec l'ancien régime, il en suivait cependant les coutumes, et lors qu'on s'attendait à des voeux de bonne année différents, il n'en fut rien; même si le temps du discours avait été heureusement raccourci, le texte ne s'élevait jamais au-dessus de la généralité et des formules d'usage. Le parler de Sa Majesté parut mécanique, on crut qu'il contemplait le vide quand il suivait des yeux les lignes écrites qu'on lui présentait, ce qui enlevait du naturel et de la chaleur au ton. L'année commençait sous le signe de la brutalité, car on voulait réformer les moeurs par la contrainte, et les lois se durcissaient. On poussait les parents à punir leurs enfants, et les fumeurs à s'adonner dehors à leur funeste passion, et on les voyait par grappes au pied des immeubles ou emmitouflés aux terrasses des cafés; cela étonna fort lorsqu'on vit que Sa Majesté, dans une gazette qui faisait chaque semaine sa publicité, allumait un cigare voluptueux dans son bureau doré du Château. Ailleurs, la police intervenait dès qu'un vertueux dénonçait ses voisins, car la délation était désormais encouragée. Pour demeurer présent et apporter une réponse sur tous les sujets, Notre Sémillant Leader convoqua plusieurs centaines de gazetiers à un jeu de dupes : cela consistait à sélectionner des poseurs de questions, et malheur à l'impertinent puisqu'il ne pouvait pas répliquer et devait s'asseoir, rougissant, pour subir en silence les quolibets impériaux; Sa Majesté en profitait pour éluder les vraies réponses et recourait ouvertement au mensonge. Aurait-il traité le Premier ministre de collaborateur ? Non point, jurait-il, mettant au défi quiconque d'en donner la preuve, preuve qui existait dans une gazette du Sud-Ouest. C'est ainsi que le prévôt Joffrin fut souffleté en public à cause de sa comparaison entre les monarchies électives et l'actuelle pratique personnelle du pouvoir. «Bravo ! persifla Notre Savant Leader, c'est le roi Chirac qui m'a placé sur le trône ? Parce que les monarchies, hein, ça s'hérite.» C'était faux, Bernadotte, roi de Suède, en attestait, et d'autres en Pologne, mais chacun de s'esclaffer lâchement pour plaire. En vérité, Notre Prince ne parlait plus de sa fonction, mais de son boulot, comme s'il menait le pays à la façon d'une boutique. Il n'aimait désormais plus que l'argent, et des observateurs à l'oeil en trou de serrure soulignaient qu'il voulait partout vendre du nucléaire, comme s'il se ménageait un autre métier quand il devrait quitter les sommets de l'Etat, et il emportait en effet des contrats de la sorte en Libye, en Algérie, au Maroc, à Abou Dhabi, aux Emirats du Golfe, en Egypte, et demain en Arabie Saoudite. Plus tard, les affaires sauraient le couvrir d'or. Peu avant sa disparition, le roi Mtterrand avait dit : «Je suis le dernier. Après moi, il n'y aura que des comptables.» La prophétie s'accomplissait. Les chiffres avaient vaincu les mots, et les ministres allaient être notés. La Culture n'y échappait point : un cabinet de consultants en stratégie, Marx Brothers & Co, devait recenser le nombre des entrées gratuites dans les musées, la part de marché des films, le nombre d'heures de programmes culturels à la télévision, l'audience, le volume dépensé pour le patrimoine. Le nombre ! La quantité ! Il devenait indécent d'évoquer la qualité. Le vent se mit alors à tourner. Par impatience, puisqu'ils ne voyaient point d'amélioration dans leurs vies, ceux qui avaient poussé Notre Divine Majesté tout en haut lui retiraient peu à peu leur confiance, et l'Impétueux Souverain en parut moins apprécié. Quelle nouvelle singerie nous préparait-il ? Des trublions osaient maintenant affirmer que les projets du Prince étaient plus pour lui que pour son peuple, et qu'il ne changeait rien à la maigreur des porte-monnaie.
Angela Merkel déteste sa familiarité. Sa façon de vous attraper par le bras, de vous embrasser et de vous parler sous le nez. Mais l'aversion de la chancelière pour Sarko ne tient pas qu'à son comportement : elle lui reproche aussi sa politique «m'as-tu-vu», sa conception d'une Europe méditerranéenne qui pourrait miner l'Union, son opportunisme commercial... Ainsi à propos de Kadhafi, le «Zeit» écrit : «A l inverse a Angela Merkel, Nicolas Sarkozy excelle à éviter les questions qui fâchent avec un hôte aussi bien argenté.» Surnommé «Monsieur Muscle» dans les gazettes d'outre-Rhin, Sarko est «Action Man» ou «Speedy» dans la presse britannique. Flatteur ? Pas vraiment. «II serait naïf d'attendre de lui une quelconque cohérence», assène un éditorialiste du très libéral «Financial Times». Tandis que le «Guardian», de gauche et sans illusions, s'interroge : «Comment expliquer son cursus placé sous le signe de l'esbroufe et de la félonie ?» Aux Etats-Unis, «Newsweek» doute : «Les gros titres disent que Sarkozy roule à un train d'enfer. Mais où va-t-ïl à cette vitesse ? On ne le saitpas.» L'image n'est guère meilleure en Espagne. «Sarkozy n'agit pas en vrai libéral mais en monarque d'un empire évanoui», tranche «laVanguardia». Tandis que dans le monde arabe la presse déplore sa vassalisation à un président finissant : «Bush peut faire croire que son interventionnisme militaire n'a pas échoué puisque la France, son adversaire le plus déterminant, rentre au bercail», souligne «Al-Hayat», un quotidien saoudien basé à Londres. Et en Afrique ? Le quotidien sénégalais «Sud» résume le malaise : «Sarkozy est en mission coloniale à lui tout seul.» Joli dossier de presse !
Cette comédienne et réalisatrice s'est fait connaître grâce à ses féroces imitations du Cavalière diffusées à la télé. Mais le programme fut censuré. Sabina Guzzanti en a tiré un film («Viva Zapatero !», 2005) et une expérience précieuse
La presse, même de gauche, a perdu les mots nécessaires pour contester les monstres de la politique. Tout se fond dans un grand minestrone, une soupe primordiale. A force de commenter une phrase, ou une demi-phrase, ou un geste d'un personnage public, on en oublie l'essentiel, c'est-à-dire sa politique. C'est ce qui s'est passé en Italie avec Berlusconi. Ni la gauche ni les médias n'ont été capables de proposer un modèle alternatif. Un exemple ? La fête de la Libération, le 25 avril [commémorant le renversement de Mussolini en 1945, NDLR]. Berlusconi, président du Conseil, a décidé de ne plus y participer, mettant sur le même plan fascistes et antifascistes. La presse en a parlé pendant quarante-huit heures avec indignation. Puis le débat est retombé. On est passé à un autre sujet. Et l'année suivante, l'absence scandaleuse du président du Conseil Berlusconi n'était même plus une nouvelle. J'en déduis que, pour contrer la communication d'un Sarkozy, les médias devraient surtout se montrer cohérents et avoir un esprit de suite. Ne pas abandonner les sujets et les enquêtes au profit de la dernière nouveauté clinquante. Mais alors faut-il parler de la vie privée des hommes publics ? Pour ce qui regarde Sarkozy-Bruni, j'ai l'impression que vous en avez fait le tour. Il conviendrait maintenant de passer à autre chose. N'oubliez jamais que les hommes politiques exhibent leur vie privée pour camoufler leurs erreurs et leurs manquements. On peut ironiser sur leur exhibitionnisme, mais seulement lorsqu'il a des effets sur la politique. Voyez Berlusconi : comment ne pas frapper de la plus féroce des satires un président du Conseil qui se réfugie en Sardaigne pour un lifting au lieu de participer à un sommet international ? Nous, Italiens, qui avons connu et connaissons encore le berlusconisme, nous savons maintenant que le problème n'est pas le personnage lui-même, mais le système. C'est-à-dire la décadence culturelle généralisée du monde occidental, qui fait qu'on n'arrête pas de couper les fonds pour la culture, qu'on démolit l'enseignement et qu'on détruit la télévision publique sans que personne ne descende dans la rue. Sans que la gauche n'offre de vraies solutions alternatives. Nous, Italiens, qui connaissons et expérimentons le berlusconisme, nous pouvons vous dire que Sarkozy n'est pas le clone de Berlusconi. D'abord Sarkozy n'est pas propriétaire de trois télés privées et de la plus grande maison d'édition nationale. Et surtout il est nettement plus sérieux que Berlusconi, il ira au bout de ses projets. Il fera plus de dégâts. Et c'est peut-être préférable, car les citoyens réagiront sans doute plus vite que chez nous. En tout cas, si vous avez besoin d'un coup de main, je peux venir vous faire une imitation. De Sarkozy ou de Carla Bruni, au choix !»
Déguisée en Père Noël de supermarché, Claudia picole pour oublier. «Moi qui voulais te féliciter pour tous tes supercontrats avec Kadhafi et les Chinois, pour ton combat pour les droits de l'homme et les SDF... Moi qui voulais me marier avec toi !» Mais voilà, la place de future première dame est déjà prise. «C'est toujours les mêmes qui vivent les contes de fées people», pleurniche-t-elle. Avant de lâcher, vengeresse : «Je m'en fous, je vais me taper François Villon et je l'inviterai au Parc Astérix, aah !» Fin du sketch de deux minutes qui fait un tabac sur les sites vidéo. On rit et on se le repasse... Les concepteurs de la série «A la recherche de la première dame de France» (1), casting de prétendantes faussement naïves incarnées avec peps par la comédienne Emilie Piponnier, ont fait mouche. «En traitant de l'actualité, nous voulions nous faire connaître et dénoncer sans prêchi-prêcha la mise en scène de Sarko», résume Virgile Pons, auteur des sketchs et cofondateur de Labo 75, une start-up spécialisée dans la production de programmes courts. Sur la Toile, le Sarko show inspire les facétieux, les vanneurs, les rigolos de tout poil. Caricatures, sketchs, photomontages... la satire court plus vite que les paparazzis. Il suffit d'écouter les deux inénarrables créateurs de «la Chanson du dimanche» vocaliser sur «Rachida et Nicolas» ou se trémousser sur «la Marulanda» («Je ne sais pas danser, je ne sais pas chanter, je suis décomplexé, j'ai ma carte de l'UMP») pour comprendre que la contestation par les zygoma- tiques est plus revigorante qu'un discours de François Hollande...
La résistance par le rire ? Guy Bedos, grognard de l'humour engagé, y voit un geste civique : «Sarkozy tient la France comme Bernard Tapie, son nouveau groupie, tenait l'OM : il rachète tous les joueurs de l'équipe adverse. Moi-même, il a essayé de m'avoir. Il m'a proposé un haut-commissariat d'Etat à l'Humour ! Avec Bigeard et Clavier comme chefs de cabinet. Je cours encore !», s'esclaffe-t-il. Le prix Goncourt, Patrick Rambaud, vient, lui, d'écrire un hilarant pastiche de Saint-Simon («Chronique du règne de Nicolas Ier», voir p. 18) : «Un acte thérapeuttique, pour soigner ma déprime depuis la présidentielle. Comme Noah, je déteste tout chez Sarko : sa politique, son style, sa vulgarité, sa brutalité...» Dans la nouvelle génération, la charge est menée par Christophe Alévêque, de la bande à Ruquier (France 2) , qui a fondé l'improbable Mouvement des Mille Colombes, une chorale potache qui reprend la chanson de Mireille Mathieu, «hymne de la droite décomplexée» depuis le kitchissime concert de la Concorde du 6 mai 2007. «Dans mon spectacle, je ne prononce jamais le nom du président. Je l'appelle Zébulon, car c'est un agité dangereux qui joue avec les peurs des Français et non un homme d'action, explique Alévêque. Il se prend pour Superman alors que c'est un mec ordinaire, le vrai fils de Chirac, qui dit tout et son contraire. Mais aussi un comédien qui s'adresse aux journalistes comme à des enfants !».
Dans les familles «sarkophobes», il en est une un peu particulière : celle qui cherche des explications mentales à la conduite du chef de l'Etat. Voir notamment le «docteur Jean-François Kahn», qui n'a pas hésité, en pleine campagne, à délivrer un diagnostic assassin. Nicolas Sarkozy, en tout cas, est un homme que tous les psys rêveraient d'allonger sur leur divan... Fou ? Non, «limite», «borderline» plutôt, bourré de tics, avec cette bouche qui se tord, ces épaules qu'il hausse l'une après l'autre, cette façon très «voyoute» de refuser la moindre contradiction et de rouler alors des mécaniques, défiant l'adversaire qu'il soit marin-pêcheur, journaliste ou racaille supposée. Hyperactif, bien sûr. «Si c'était un enfant, relève l'analyste Jean-Pierre Winter, il faudrait d'urgence lui prescrire de la Ritaline.» Bloqué dans un éternel imaginaire «comme Peter Pan». Le même imaginaire que celui «des mômes de banlieue qui aiment les belles montres, les belles bagnoles, les belles nanas (ça fait deux fois qu'il nous fait le coup du mannequin)». Pas étonnant qu'animé «par un plaisir enfantin» il ait choisi Disneyland Paris, «son univers hypersécurisé, hyperaseptisé, un monde de cartoon en deux dimensions», pour donner à voir sa nouvelle compagne. Inquiète-t-il ? Sûrement. «Il me fait peur depuis le début, une peur phénoménale, comme quelqu'un qui pourrait nous entraîner vers le cauchemar !», poursuit le psychanalyste. Pourtant «sarkophile» déclaré, le psychanalyste Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan, commence à se poser des questions sur «cette transgression permanente érigée en méthode de gouvernement, et sur cette tendance naturelle à la démesure». L'énergie, jusque-là sujet d'admiration, «n'est pas focalisée» et confine parfois «à la confusion». «Même s'il a toute légitimité pour changer les codes, ici, on est plutôt devant une boussole qui s'affole.» Serge Hefez, spécialiste de la thérapie familiale, qui regrette d'avoir été un peu loin en décrivant Nicolas Sarkozy en «pervers narcissique» au début de son mandat, trouve désormais qu'il ressemble à un prestidigitateur qui croirait à ses tours : «En fait, il ne sait plus où est sa vérité : chanoine avec le pape, remarié ou presque deux mois après un divorce.... On le sent prêt à n'importe quoi.» Pour peu que sa sincérité soit remise en question, «il pète aussitôt les plombs. En fait, ça le rend dingue». Dingue ? «En tout cas, il se sent autoengendré : sa puissance et sa gloire ne procèdent que de lui-même.» Le psychanalyste ne serait pas surpris si, un jour, comme Napoléon, «il enfilait un grand manteau d'hermine, et allait à Notre-Dame se mettre une couronne sur la tête».
Ils se réunissent tous les derniers mardis du mois sur la place du Capitole à Toulouse. Douze moines franciscains qui prient, sans un mot, pour dénoncer les conditions d'enfermement dans les centres de rétention pour étrangers. «Dans ce monde plein de bruit et de lumière, le silence est parfois plus subversif que la parole», dit frère Stéphane (1). Une discipline à mille lieux du bling-bling sarkozyen et qui ravit Jean-François, un vieux militant associatif du nord de Paris, venu de la gauche catholique (aide aux immigrés, alphabétisation) . Il les a vus l'autre jour à la télé et depuis il est devenu intarissable : «Ces moines m'expriment.» Justement parce qu'ils sont muets. «Mon rejet viscéral de tout ce que représente Sarkozy n'a pas besoin de mots pour se manifester.» C'est une manière d'être, d'agir, de réagir. «Sarko, ajoute-t-il, ce n'est qu'un homme. Mais c'est aussi un symbole.» Bien sûr, Jean-François voudrait ne pas avoir à personnaliser à ce point son combat pour la dignité des étrangers : «Des gouvernements, j'en ai combattu a la pelle, de gauche comme de droite, au nom de principes sur lesquels je ne transigerai jamais.» Mais depuis quelques mois c'est un peu différent : «J'ai rarement eu le sentiment de me sentir aussi étranger, si j'ose dire. Je ne trouve pas les mots pour dire mon sentiment de sécession avec ce monde, celui de Sarko, qui n'est pas le mien. Il concentre tout ce que j'exècre.» Jean-François vote. Il manifeste parfois. La politique n'a jamais été sa passion. «Quand je vois Sarko, dit-il, je me sens comme ces moines qui affichent leur refus, sec, définitif irrémédiable.» Chacun avec son style. C'était l'autre jour à la télé. Et cette fois-ci on montrait des extraits de la conférence de presse du président de la République. «J'étais tout seul chez moi, rigole Jean-François, et je me suis bouché le nez.» .
Il y a un an, l'ex-responsable du PS analysait la vraie nature du sarkozysme. Avec une rare pertinence sur Sarkozy et la question religieuse. Extrait de son livre.
«Beaucoup n'ont retenu de l'ouvrage de Nicolas Sarkozy consacré à la question religieuse, «la République, les religions, l'espérance» (Ed. du Cerf), que sa suggestion de modifier la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat. Peu nombreux sont ceux qui ont observé que son ambition réelle est bien plus vaste et qu'elle consiste à faire des religions le nouvel outil de régulation de nos sociétés. Exagération de notre part ? Absolument pas ! Il suffit de le lire : «Je suis convaincu que l'esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté» Et d'ajouter, pour être certain d'être bien compris, qu'«on aurait tort de cantonner le rôle de l'Eglise aux seuls aspects spirituels» (1). (...) Cette relégitimation du rôle politique et social des Eglises prônée par Nicolas Sarkozy n'est pas sans danger. Elle s'est tout d'abord traduite par l'intronisation de l'UOIF - une organisation musulmane intégriste et minoritaire - comme représentant officiel de l'islam de France. (...) Cette politique de relégitimation fragilise ensuite l'autonomie des cultes car, en accordant des droits et des obligations aux religions, Nicolas Sarkozy propose en fait de renouer avec le régime bonapartiste du concordat de 1801 qui avait organisé un régime de cultes reconnus par l'Etat. Revenir sur la laïcité, c'est en effet amener l'Etat à faire le tri dans les philosophies, les croyances et les opinions !
Cette politique organise enfin, et de fait, la promotion des mouvements sectaires et des intégristes. En effet, en octroyant un statut aux religions, Nicolas Sarkozy pose inévitablement la question de la définition de la religion. Quelles sont les religions qui pourront prétendre à ce statut ? Que faire avec les mouvements fondamentalistes et avec les < sectes qui revendiquent le statut de religion ? On sait que les Témoins E de Jéhovah ont d'ores et déjà obtenu des tribunaux français le statut de religion. A qui le tour sous l'empire des idées sarkozystes ? (...) Les lignes écrites par Nicolas Sarkozy dans son ouvrage prennent toute leur signification. «Maintenant que les lieux de culte officiels et publics sont si absents de nos banlieues, on mesure combien cet apport spirituel a pu être un facteur d'apaisement et quel vide il crée quand il disparaît» Et pour ceux qui n'auraient pas encore compris, il ajoute encore : «Au bout du compte, l'espérance dans un au-delà meilleur est un facteur d'apaisement et de consolation pour la vie aujourd'hui» Comme aux Etats-Unis, il faut en appeler aux religions pour régler nos problèmes. «Quel est le problème de nos banlieues ? C'est qu'elles se sentent abandonnées, y compris par l'Etat» Fort de ce constat, Nicolas Sarkozy préconise-t-il un retour de l'Etat dans ces quartiers ? Pas du tout ! «Les cadres de l'Eglise en France pourraient susciter une grande réflexion sur la nécessité de construire des synagogues, des églises et des mosquées dans les banlieues. A mon sens, il est aussi important d'ouvrir des lieux de culte dans les grandes zones urbaines que d'inaugurer des salles de sport, elles-mêmes très utiles !» (...)
Et pourquoi alors s'arrêter aux seuls problèmes des banlieues ? Car nul ne sait où s'arrêteront les prétentions politiques et sociales des religions ainsi relégitimées. Viendra le tour de l'enseignement. Quoi de plus normal d'ailleurs puisqu'il faut réhabiliter les valeurs religieuses au sein de notre jeunesse :«Onnepeutpaséduquerles jeunes en s'appuyant exclusivement sur des valeurs temporelles, matérielles, voire même républicaines (...). La dimension morale est plus solide, plus enracinée, lorsqu'elle procède d'une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu'elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain. (...) La morale républicaine ne peut répondre à toutes les questions ni satisfaire toutes les aspirations» L'Education nationale doit donc former des croyants et non des citoyens... Il n'y a pas jusqu'à la politique monétaire qui pourrait être placée sous la protection de Dieu. Pourquoi ne pas écrire sur les billets de la Banque centrale européenne la devise figurant sur les dollars : «Nous avons confiance en Dieu» ? Hier, l'Europe importait des Etats-Unis le jean, le Coca-Cola,»» le rock'n roll ou encore son cinéma. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy nous propose d'importer Dieu ! (c)«Les Inquiétantes Ruptures de M. Sarkozy», sous la direction d'Eric Besson.
Il venait d'être à nouveau désigné comme «le Français préféré des Français». On aurait pu s'attendre à ce qu'il tienne un discours consensuel, qu'il mette un peu de miel sur sa sarkophobie. Il a remis trois louches de fiel ! Yannick Noah est un anti-Sarko épidermique. Il avait annoncé pendant la campagne : «Si Sarkozy est élu, je me casse.» Il ne s'est pas «cassé», mais «casse» le nouveau président à la moindre occasion. Extrait de son interview au «JDD», qui venait de le couronner, le 23 décembre dernier : «Tout me choque [chez lui] ! L'attitude, le ton, l'arrogance me choquent. Le déballage de rigueur, le cynisme me choquent. La désinformation me choque. Tout me choque.» S'il est viscéral, le discours de Noah n'en est pas moins articulé. Témoin, cette mise en exergue du peu de résultats à mettre au crédit du chef de l'Etat depuis son élection : «Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'ait dit ce qu'il avait vraiment fait ! Qu'est-ce qu'il y a eu à part un brouhaha et de la godille ? Quels problèmes ont été réglés ? C'est le roi avec sa cour, et tous les courtisans se mettent à genoux.» Sans surprise, on retrouve sur la ligne Noah un grand nombre de blacks et de beurs. Lilian Thuram, le premier, avait montré la voie du temps où Sarkozy était ministre de l'Intérieur. «Quand il parle de nettoyer au Kàrcher, il ne sait peut-être pas ce qu'il dit, Sarkozy. Moi, je le prends pour moi», avait expliqué le défenseur du FC Barcelone. Le rappeur Joey Starr lui a emboîté le pas : «J'ai trouvé déplorable qu'un homme politique tienne un langage de concierge, contribue à mettre le pays à feu et à sang, et ne s'excuse pas.» Mais nombreux sont les anti-Sarko épidermiques qui appartiennent à la majorité visible. Anémone : «Ce type me fait peur. Son discours est désespérant, bête et démagogique.» Patrick Timsit : «Sarkozy va faire un incendie dans les banlieues. » Eric Cantona : «Napoléon, c'est un géant qui était petit. Aujourd'hui, il est remplacé par le Pen avec un masque : Sarkozy.» La plupart de ces people ont dénoncé l'amendement Mariani instaurant des tests ADN pour les enfants d'étrangers candidats à l'immigration en France. Dans ce combat, les femmes ont été en pointe, en particulier Isabelle Adjani, Josiane Balasko, Emmanuelle Béart et une certaine ... Carla Bruni.
Même dans le «9-2», ces Hauts-de-Seine (petite couronne de l'Ile-de-France), fief historique de la sarkozie, on trouve des grognons. Par exemple, Laurent Martin de Saint-Léon, adjoint au maire d'Asnières, Manuel Aeschlimann (un très proche du président)... Récemment, le chef de l'Etat est venu assister aux voeux du conseil général (qu'il présidait avant son élection à l'Elysée), lançant aux élus : «Je ne vois pas ce qui m'interdirait de venir chez mes amis.» Laurent Martin de Saint-Léon, qui a une haute idée des institutions, s'interroge : «Est-il président de la République ou président des amis ?» L'adjoint a quitté l'UMP pour rejoindre Nicolas Dupont-Aignan, ex-UMP lui aussi, fondateur de Debout la République et député de l'Essonne (grande couronne !). Le gaullosouverainiste, qui reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir renoncé au référendum sur l'Europe dans un livre qui paraît cette semaine («le Coup d'Etat simplifié», Editions du Rocher), dit aussi très haut ce que pas mal d'élus de droite commencent à penser tout bas : «Les Français étaient prêts à accepter le «bling-bling» à condition de résultats. Aujourd'hui, ils ont le «bling-bling» sans les résultats... Quand est-ce que Nicolas Sarkozy arrêtera de jouer à la Game Boy pour devenir enfin un président ?»
Pour payer ses frais d’avocats dans l’affaire Clearstream, Dominique de Villepin, qui ne perçoit plus ses émoluments d’ancien premier ministre depuis le 17 novembre dernier (ils sont versés pendant les six mois qui suivent le départ de Matignon), va vendre sa collection de livres et de manuscrits sur Napoléon. Elle sera dispersée le 19 mars prochain à l’hôtel Drouot par la société d’enchères de Pierre Bergé, “Pierre Bergé & Associés”.
Désormais avocat du Barreau de Paris, Dominique de Villepin a mis plus de trente ans pour constituer cette collection. Parmi les pièces les plus en vue figurent des correspondances de l’Empereur avec Cambacérès, Drouot et Eugène de Beauharnais, ainsi que des lettres de Lucien Bonaparte, de Murat, de Talleyrand et de Chateaubriand.
Dominique de Villepin met aussi en vente quelques ouvrages de l’époque. Par exemple, l’édition originale d’«Adolphe» de Benjamin Constant, “De l’influence des passions” de Madame de Staël et annoté par Roederer, “Le Génie du Christianisme” et “Les Mémoires d’Outre-tombe” de Chateaubriand.
Rappelons que l’ancien premier ministre est l’auteur de trois livres sur l’Empereur, tous publiés aux éditions Perrin : “Les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice” en 2001, “Le Soleil noir de la puissance” en 2007, et “La Chute ou l’Empire impossible” qui paraît cette semaine.
Certains HLM, remarquons-nous, sont réservés à des clientèles spécifiques et assurément solvables. A Neuilly, 30 % des logements sociaux accueillent des jeunes fonctionnaires (contrôleurs et inspecteurs des impôts) du ministère des finances, des personnes âgées et des handicapés dans des résidences prévues pour eux.
L'élu Vert, Thierry Hubert, nous décrit ce qu'il considère comme autant de stratégies de sélection des bénéficiaires : "On impose aux postulants un critère de cinq années de résidence préalable dans la commune. On ne construit pas n'importe quel type de HLM. On loge en priorité des fonctionnaires de la ville. Et on n'applique pas le plan départemental d'aide au logement des personnes défavorisées, en vertu duquel chaque commune est censée faire un effort en faveur des plus démunis." Ce que reconnaît devant nous le maire d'un simple : "Je n'ai pas les appartements pour les loger."
Bref, poursuit Thierry Hubert, "le premier souci de la mairie n'est pas de mener une politique sociale, de répondre à l'enjeu du logement des personnes sans emploi, des travailleurs précaires, des petits salaires du privé. C'est de ne rien dépenser ! De faire en sorte que les opérations qu'elle est obligée de mener sous la contrainte légale soient rentables. Donc, récemment, ce sont essentiellement des logements PLS, le haut de gamme du HLM, qui ont été livrés. La mairie le justifie en disant qu'avec le prix du foncier, ici, c'est la seule façon d'équilibrer les comptes ".
METTRE "FIN AUX ABUS" ?
Et elle peut faire ce choix en toute légalité. Car pour prendre sous son aile des catégories socioprofessionnelles diverses, ce qui est sa vocation, le monde HLM propose plusieurs types d'habitations, avec des niveaux de loyer et des critères d'éligibilité très différents : PLAI (prêt locatif aidé d'intégration) réservés aux ménages à faibles ressources, PLUS (prêt locatif à usage social) correspondant au " HLM standard " auquel peuvent prétendre les deux tiers de la population, et enfin PLS (prêt locatif social), plutôt dédiés aux catégories sociales intermédiaires.
Les PLS représentent un peu plus du tiers du logement social à Neuilly, alors que les PLAI sont trois fois moins nombreux. Au 39, rue de Villiers par exemple, un F3 en PLS se loue 660 euros (charges comprises), un F4 de 85 mètres carrés, 960 euros. Logements bon marché pour Neuilly, mais inaccessibles aux ménages à faibles ressources.
Le maire, qui parle plus volontiers de "logements familiaux" que de HLM, confirme volontiers cette préférence pour le haut de gamme. "C'est tout à fait normal. Nous faisons en fonction de la population de Neuilly, à laquelle nous donnons la préférence. L'idée, c'est d'abord de faciliter l'accès au logement des jeunes nés ici qui démarrent."
LES NEUILLÉENS PEUVENT ÊTRE TRANQUILLES
Comme ces deux locataires du parc social, filles d'un conseiller-maître à la Cour des comptes, ancien conseiller à la présidence de la République. " Avec ce système de gestion, les Neuilléens peuvent être tranquilles, constatent Monique et Michel Pinçon-Charlot, en sortant du vaste bureau du maire. Dans cette ville, ce n'est pas du parc social que pourra venir le danger de la mixité résidentielle. Les HLM reproduisent, un cran en dessous, la structure sociale de Neuilly. "
A tel point que les ménages démunis s'autocensurent, persuadés qu'il ne sert à rien de déposer une demande de logement à Neuilly. "Il y a bien des petites gens à Neuilly, pour servir la soupe des grands, résume, caustique, Michel Laubier, premier adjoint au maire PC de Nanterre et conseiller général des Hauts-de-Seine. Ils nous écrivent, désespérés. Ils nous disent que ça ne sert à rien de demander un logement à Neuilly, et nous en demandent à nous, à Nanterre."
Le 11 décembre 2007, présentant en Meurthe-et-Moselle son plan logement, le président de la République a exigé que de la "transparence" soit "réintroduite" dans les procédures d'attribution des HLM pour mettre "fin aux abus".
Rappelant que 1,5 million de ménages étaient inscrits sur liste d'attente pour accéder à un HLM et que 400 000 logements sociaux étaient occupés par des ménages dépassant les plafonds de ressources, il a plaidé pour que "le logement social joue à nouveau son rôle d'intégration sociale", précisant que "le parc social [devait] accueillir en priorité ceux dont les revenus ne leur permettent pas d'être logés dans des conditions décentes par le libre jeu du marché". Reste maintenant à savoir si la parole du chef de l'Etat sera suivie d'effets dans son fief.
Interrogé par Le Monde 2, David Martinon, porte-parole de l'Elysée et candidat à la mairie de Neuilly, n'a pas souhaité répondre nos questions.
- Sa voix manque aux sarkophobes. Jean-Louis Debré a été le premier à dénoncer Nicolas Sarkozy, le marquant à la culotte pour mieux s'en démarquer, du temps où l'actuel chef de l'Etat était ministre. Aujourd'hui président du Conseil constitutionnel, Debré est astreint à un devoir de réserve. Mais il n'en pense pas moins. Il l'a laissé percer, la semaine dernière, en présentant la loi sur la laïcité comme «un des piliers de la République». «Il fa ut véiller à ce que l'équilibre de cette ici ne sont pas rompu», a-t-il ajouté, manière de critiquer, bien sûr, le cléricalisme rampant de Sarkozy.
A droite et au centre, ils ont été les derniers à contester son hégémonie. Comment s'étonner si ces rivaux d'hier sont aujourd'hui des sarkophobes purs et durs, plus vachards, souvent, que les ténors du PS, pour beaucoup secrètement admiratifs devant le parcours du président de la République. François Bayrou et Dominique de Villepin ne partagent pas cette indulgence. Pour eux, Sarkozy n'a triomphé que parce qu'il a su mettre la main sur l'UMP. Bayrou est sans doute le sarkophobe le plus construit et le plus brillant. Il a flingue à tout-va le candidat Sarkozy, il dézingue en toutes occasions le président Sarkozy. Ses dernières flèches, décochées en 2008 :«Il y a un côté, comment dirais-je, puéril, enfantin dans cette idée qu'on va tout mettre par terre et tout reconstruire, sans réflexion préalable, sans concertation... La politique du tournis, c'est le contraire d'une vraie politique de réforme.» Ou encore : le sarkozysme, «c'est l'alignement de la France sur le modèle américain». Un modèle qui «a trois traits principaux. Il est inégalitaire par principe. Il est matérialiste. Et sa démocratie est dévorée par la «corn»». Villepin est à peine moins critique. Il ne supporte pas que celui qu'il appelait naguère, devant ses collaborateurs, «le nabot» ou «le nain» l'ait écarté du pouvoir et précipité dans les bras de la justice, par le biais de l'affaire Clearstream. Rien ou presque ne trouve grâce aux yeux de l'ancien Premier ministre dans l'action du nouveau président. Il a ainsi fustigé les tests ADN en des termes d'une rare violence : «Ce type de législation n'est pas de mise dans notre pays. Notre mémoire, notre histoire nous conduit à condamner tout ce qui ressemble à ce genre d'arsenal, dans la mesure où nous avons connu les rafles.» Pour le passionné d'histoire qu'est Bayrou, pour le féru de poésie qu'est Villepin, Sarkozy est d'abord un inculte, qui ignore tout de ce qui a façonné la France, à travers les siècles. Son culte de l'argent, son américanophilie en font pour eux une sorte d'apatride.
"ALEXANDRE VOULAIT ÊTRE À NEUILLY. ET NEUILLY, C'EST CHER"
Dernière découverte, au 18-20, rue Garnier : Alexandre Balkany, qui vient à peine de déménager après sept années de présence dans l'immeuble. Il est le fils d'Isabelle Balkany, actuelle vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine et de Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret, ex-vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine (1982-1988), ex-président de l'office HLM du département (1985-1988) et ami de longue date de Nicolas Sarkozy.
Alexandre dirige une petite société de production audiovisuelle, Kawa productions, qui vend une émission de poker à la chaîne Direct 8, installée à Puteaux et appartenant au groupe Bolloré. En 2004, alors qu'Alexandre Balkany occupait déjà son appartement à loyer plafonné de Neuilly, le conseil municipal de Levallois-Perret lui avait octroyé une indemnité d'éviction de 75 000 euros pour récupérer le local de sa société Netconnect (logiciels informatiques) loué à la municipalité et y réaliser… des logements sociaux.
Nous sollicitons Alexandre, c'est sa mère, Isabelle Balkany, qui nous répond : "Mon fils a eu ce logement en 2000, à 20 ans. Il voulait son indépendance mais ne pouvait pas s'assumer financièrement. Or ce sont bien les revenus personnels du demandeur qui comptent. Nous, nous l'aidions autant que nous pouvions mais à l'époque, nous étions dans une situation professionnelle et financière moins facile. Son père n'était plus ni député ni rien…" Mme Balkany souligne la cherté du loyer payé : 950 euros, charges comprises, pour un 35 mètres carrés. Pourquoi, alors, ne pas avoir cherché dans le secteur privé ou dans une ville voisine ? "Alexandre voulait être à Neuilly. Et Neuilly, c'est cher", rétorque-t-elle.
Pour choquante qu'elle soit, cette situation peut parfaitement être en phase avec la loi. Bien des locataires "sélects" habitent des HLM dont l'attribution n'était soumise à aucune condition de ressources au moment de leur entrée dans les lieux. C'est le cas des ILN (immeubles à loyer normal) qui s'élèvent au 28, boulevard du Général-Leclerc et au 17-23, rue d'Ybry. Propriété de l'office HLM des Hauts-de-Seine jusqu'au début 2007, ces bâtiments ont été cédés à la Semine. Une convention vient d'être signée avec l'Etat et les 212 logements sociaux qui se trouvent à ces deux adresses seront, à l'avenir, loués à des particuliers dont les revenus n'excèdent pas un seuil donné.
"GAGNER SUFFISAMMENT D'ARGENT POUR ENTRER DANS LES LIEUX… "
Mais jusqu'alors les critères de ressources n'entraient pas en ligne de compte bien que ces logements soient recensés au titre de la loi SRU de décembre 2000, supposée "garantir un meilleur respect du droit au logement et de la mixité sociale". Le trésorier de l'UMP des Hauts-de-Seine assure avoir obtenu son logement en 1988, alors qu'il n'exerçait aucune fonction politique, dans des conditions " tout à fait normales ". Idem pour le Pdg d'Arthus-Bertrand : "A l'époque, on ne parlait pas de revenu maximal. Il fallait même gagner suffisamment d'argent pour entrer dans les lieux… " Ou pour Hervé Bolze, de l'office HLM des Hauts-de-Seine." M. Bolze s'est vu attribuer un logement qui n'était soumis à aucune condition de ressources. Rien n'interdisait de le lui louer", fait-on valoir à l'office.
La sociologie du peuplement des HLM neuilléens résulte aussi des techniques de financement du logement social. L'apport du conseil général fait de cet organisme un "réservataire" qui dispose d'un contingent d'appartements. Trente agents du conseil général des Hauts-de-Seine sont donc logés dans le parc social de Neuilly, dont six dans les appartements sociaux les plus haut de gamme. La directrice de la communication de l'UMP, ancienne attachée de presse puis directrice de la communication du conseil général, bénéficie d'un appartement social (de 90 mètres carrés pour 1 150 euros) à ce titre, mais nous avoue s'être parfois "posé la question d'un déménagement
" depuis sa prise de fonctions à l'UMP. En revanche, la directrice générale adjointe du conseil général, Halina Grunda-Hendzel, ex-chef de cabinet de Charles Pasqua lorsqu'il présidait le conseil, est logée en dehors de ce contingent. Elle n'a pas souhaité s'exprimer.
Autre explication : le foncier est rare et cher à Neuilly, comme le rappelle sans cesse la mairie. Les bailleurs en sont donc réduits à acquérir des immeubles anciens du parc privé pour les transformer en HLM. Les locataires en place au moment du rachat ont le droit de rester, même avec des revenus supérieurs aux plafonds, du moment qu'ils s'acquittent d'un surloyer. Cinq adresses HLM de la ville sont concernées. En 2000, par exemple, le bailleur social I3F a acheté à la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (Cnav) un ensemble immobilier donnant sur deux rues, au 43, rue de la Ferme et au 125, boulevard du Général-Koenig. Lorsque la transaction a été actée, la plupart des 214 appartements étaient déjà occupés. Il reste encore seize anciens occupants payant un surloyer.
Depuis 2000, 148 nouveaux ménages se sont installés rue de la Ferme et boulevard Koenig, fait-on remarquer chez I3F. La population s'est renouvelée à 70 %, et 20 % des nouveaux habitants bénéficient de l'APL, prestation distribuée aux personnes ayant de faibles revenus. Reste que dans les appartements déclarés sociaux (financés en partie par la mairie, ce qui lui permet d'éviter les pénalités liées à la loi SRU) résident bon nombre d'anciens locataires aisés du secteur privé. Comme ce haut responsable de la télévision publique, originellement locataire du Gan, qui " se tamponne " de voir son appartement figurer dans la liste des logements sociaux de la ville : " Ce ne serait pas normal que pour loger des gens, on en vire d'autres ! " Selon lui, sur la vingtaine d'appartements que compte son immeuble, une moitié est encore occupée par des ex-locataires du privé.
Le maire (UMP) de Neuilly, Louis-Charles Bary, assure au Monde 2 respecter " totalement la loi et les règles d'attribution " : " Nous n'avons jamais donné de logements sociaux à des gens au-dessus des plafonds de ressources. Plafond qui est, au maximum, de 47 000 euros annuels pour un ménage avec enfant. Je le sais puisque quand un logement social appartenant à la ville se libère, ce qui est rare, c'est moi qui l'attribue ! On ne va tout de même pas réunir une commission d'attribution de quatorze personnes pour quelques logements chaque année ! Si les familles déjà installées viennent ensuite à dépasser les plafonds, nous appliquons des surloyers. " Mais en région parisienne, ce supplément de loyer ne comble pas le fossé avec les prix du marché. Insuffisamment dissuasif pour inciter les familles aisées à céder la place.
Faut-il ranger Cécilia à la fois parmi les humiliés de Sarkozy et les sarkophobes ? Parmi les humiliés, sûrement pas : c'est elle qui est partie... Parmi les sarkophobes, la question mérite d'être posée, à l'aune des confidences qu'elle a faites aux auteurs des ouvrages récemment parus sur elle. «Pingre», «sauteur», ne faisant vraiment pas président de la République, Cécilia n'épargne guère Nicolas. Le portrait au vitriol qu'elle trace ravira en tout cas les sarkophobes, pour qui l'objet de leur détestation est avant tout un monstre d'égoïsme.
Ceux-là ont subi à leurs dépens le caractère vindicatif d'un Sarkozy qui n'hésite pas à menacer de représailles quiconque ose lui résister. Ainsi, Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'Egalité des Chances dans le gouvernement Villepin. Il a eu l'imprudence, à propos de l'emploi, fameux, du mot «racaille», de déplorer une «sémantique guerrière». Coup de téléphone furibard de Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur : «Tu es un connard, un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule». François Goulard, également ministre du gouvernement Villepin à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, a eu droit au même traitement. Son crime à lui ? Avoir été le dernier des partisans de la candidature Villepin, en 2007. Sans surprise, on retrouve aujourd'hui Begag et Goulard à la tête de la légion des humiliés du sarkozysme, qui n'hésite pas à faire assaut de sarkophobie. Le premier accuse Sarkozy d'«avoir semé la haine dans les banlieues». Le second s'est interroge récemment pour savoir si l'actuel quinquennat sera «autre chose qu'une suite d annonces tonitruantes et de demi-réformes présentées comme des révolutions». Sarkozy a l'art de se faire, des ennemis dans son camp car il humilie comme il respire. Hier, ses victimes étaient les «petits» ministres. Président, il humilie tous azimuts. Son principal souffre-douleur est sans conteste son Premier ministre, auquel il a subtilisé d'entrée sa résidence de week-end, la Lanterne, et auquel il conteste le moindre de ses pouvoirs. Reconnaissons à François Fillon une certaine force de caractère : un moment au bord de la démission, confiant volontiers à ses proches combien le choque «la vulgarité» du président, il a réussi jusque-là à ne pas verser dans la sarkophobie. Tout en se présentant de plus en plus volontiers comme l'anti-Sarko...
Nous démarrons une tournée pédestre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, habitués à arpenter la ville en tous sens depuis vingt ans. Dix-huit adresses HLM, pour une ville de 61 000 habitants. Des immeubles proprets des années 1920, à façades de brique. Des constructions cubiques des années 1960, avec pare-balcons en verre fumé et jardins intérieurs soigneusement entretenus. Et des nouveautés au classicisme de bon aloi : pierre de taille, balcons en fer forgé, entrées en similimarbre, verre et bois clair… Au 39, rue de Villiers, dernier HLM érigé, la façade offre un arrondi qui doit donner du charme aux salons, et même de grandes terrasses à certains étages. "Pour qui ne dispose pas des adresses, relèvent les deux sociologues, la plupart des HLM sont d'un standing qui les rend indécelables, d'autant qu'ils sont dispersés aux quatre coins de la ville."
Lorsque les concierges et les multiples digicodes nous le permettent, lorsqu'une porte s'entrouvre, nous recueillons le patronyme des habitants sur les boîtes aux lettres ou les interphones à noms déroulants. Monique, d'emblée chaleureuse, a l'art de lier conversation avec les gardiennes ; Michel celui de noter sans en avoir l'air. Premières constatations : nous relevons très peu de noms à consonances africaines ou maghrébines, et remarquons quelques sociétés domiciliées dans ces appartements.
La discussion s'engage parfois avec des habitants. Ici des adolescents confient que leur père est gestionnaire de fortune dans une banque suisse. Là une jeune femme, qui avait déjà vécu en HLM avant d'emménager au 28, boulevard du Général-Leclerc, en bord de Seine, n'en revient pas que ses nouveaux voisins soient si "chics" : "C'est agréable, ici ! Il y a même un jardin intérieur… Et dans le parking, les voitures, ce ne sont pas des voitures de HLM !" Nous y pénétrons avec elle. Peugeot 607, Citroën C5, énorme 4 x 4, BMW, coupé Alfa Romeo de collection…
Autre adresse. "Y a-t-il dans votre immeuble des gens que vous ne vous attendriez pas à voir en HLM ? , demande-t-on à une habituée des lieux. Elle éclate de rire. "Pour être honnête, à part deux ou trois personnes, il n'y a que ça ! On est dans un château ici. Il n'y a que des gens qui ont de bonnes positions, qui sont très exigeants. Que des Blancs. Faut dire, c'est relativement cher, faut avoir l'emploi ou la retraite qui va avec l'appartement. Et puis, il faut pouvoir vivre à Neuilly. Moi, pour faire mes courses, je dois prendre la voiture et aller en banlieue ! Expression savoureuse. Neuilly, ce n'est pas la banlieue.
DU WHO'S WHO AU BOTTIN MONDAIN
C'est un monde à part. Avenue du Roule, une gardienne tirée à quatre épingles nous décrit "ses" locataires : "Il y a de tout ici, on a même d'adorables petits Noirs. Des Cap-Verdiens."
L'immeuble, en pierre blanche, est éclairé par des lanternes à l'ancienne et bordé d'une allée plantée d'arbres. "C'est du HLM de Neuilly, justifie-t-elle. Il fallait bien que ça reste dans le cadre !" Sur Internet, l'annuaire nous fournit d'autres noms : aux adresses des HLM, nous retrouvons tous les détenteurs de lignes téléphoniques fixes qui n'ont pas souhaité se dissimuler sur liste rouge. Et grâce au recensement électoral, nous complétons le tableau. Des centaines de noms que nous passons ensuite systématiquement aux filtres du Bottin mondain, l'annuaire de la haute société, du Who's Who, qui inventorie l'élite professionnelle du pays, et des moteurs de recherche du Web.
Résultat : les membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie occupent une part non négligeable des appartements. Dans le parc social neuilléen, nous retrouvons ainsi une trentaine de familles ou de personnalités qui ont confié leur adresse privée au Who's Who ou au Bottin mondain, publications librement accessibles. Dans ce dernier ouvrage, parmi les 1 463 familles mentionnant Neuilly comme lieu de résidence, 21 ont fourni une adresse qui correspond au parc social.
Au total, nous découvrons sept fils ou filles de comtes et de comtesses. Une douzaine de propriétaires de résidence secondaire ("domaine" au Lavandou, "prieuré" en Suisse…), parfois même de plusieurs, ainsi que six membres de familles qui possèdent au moins un château. De fil en aiguille, nous lisons même sur Internet la petite annonce passée en août 2007 par un bénéficiaire de logement social au nom riche de deux particules, qui met en location un appartement dont il est propriétaire au métro Pont-de-Neuilly…
Les cercles les plus prestigieux et fermés sont représentés : membres du Jockey Club, de l'Automobile Club de France, de l'Association sportive du Cercle du bois de Boulogne (pour ce dernier, les droits d'inscription atteignent 8 000 euros, la cotisation annuelle 800 euros). Tout comme les décorés de la Légion d'honneur, de l'Ordre national du mérite, des Palmes académiques. Autre singularité, la présence de dirigeants de société et de cadres supérieurs d'entreprise. A l'instar de Nicolas Arthus-Bertrand, pdg de la société Arthus-Bertrand, fondée en 1803, installée place Saint-Germain-des-Prés, à Paris, qui emploie 280 salariés et a réalisé 24 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006.
EN TOUTE LÉGALITÉ
Dans les logements sociaux de Neuilly, comptabilisés au titre de la loi SRU, on a encore le loisir de croiser de hauts responsables de chez, entre autres, Nissan, Total ou Veolia environnement, ou de la télévision publique. Une poignée de dirigeants de PME, d'administrateurs de société, de médecins, d'avocats, magistrats, experts-comptables, analystes financiers, inspecteurs des impôts, etc. Un ex-grand secrétaire de la Grande loge nationale française.
On remarque aussi des responsables du conseil général des Hauts-de-Seine et de l'office départemental d'HLM. Comme Hervé Bolze, bras droit du directeur de l'Office, qui fut aussi le directeur de cabinet de Patrick Balkany à la mairie de Levallois. Ou Halina Gruda-Hendzel, actuelle directrice générale adjointe du conseil général. Puis viennent des proches de l'UMP. La responsable de la communication du parti, Sabine Rozier-Deroche. Le trésorier départemental du même parti, Sami Chatila, également conseiller municipal de la majorité à Neuilly. Un ancien conseiller municipal RPR de Neuilly. Et une chargée de mission auprès du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy.
Oh, le p'tit pois, on t'a demandé ton avis ? Eh bien oui, justement, le p'tit pois - entendez le juge, dans le verbe présidentiel - se rebiffe. A la rentrée solennelle de la cour d'appel de Nîmes, le premier président Jean-Pierre Goudon s'est payé le chef de l'Etat. Revenant sur les propos de Nicolas Sarkozy comparant les magistrats de la Cour de Cassation à «des petits pois alignés, même couleur, même gabarit, même absence de saveur», Goudon a ironisé : «Ces propos venant du chef de l'Etat, garant de l'indépendance de la magistrature, ont beaucoup choqué la communauté judiciaire, mais en ce début d'année soyons zen, tout soumis à notre obligation de réserve et respectueux des institutions !» Avant de dénoncer, au passage, le «démon du spectacle, du voyeurisme ou du vedettariat»... Ainsi va l'anti-sarkozysme, qui ne connaît plus de borne, pas même le respect dû au président ? «Ce qui s'est passé à Nîmes est hors norme, reconnaît Dominique Barella, ancien président de l'Union syndicale des Magistrats. Mais le comportement de Sarkozy entraîne cela. Lui-même ne connaissant aucune limite, mélangeant le public et le privé, n'hésitant devant aucun abus de langage, finit par déteindre.» De fait, la rébellion des juges en rappelle d'autres. Celle des rappeurs poursuivis devant les tribunaux (La Rumeur, Sniper) . Celle d'un Lilian Thuram parti en guerre au nom de son enfance banlieusarde après la phrase sur les «racailles». Celle - qui sait ? - de journalistes las d'être taxés de voyeurisme par un exhibitionniste, ou suffoqués par le mépris déversé sur le patron de «Libération», Laurent Joffrin, lors de la conférence de presse présidentielle. «Sarko frappe quand on ne peut pas se défendre, explique Jean-Pierre Havrin, ancien patron des polices de Haute-Garonne, lui aussi stigmatisé en 2003. Taper des fonctionnaires soumis à l'obligation de réserve, c'est facile. Ou lancer au pêcheur de Guilvinec «descends si tu l'oses !» quand on est entouré de gardes du corps, ce n'est pas héroïque !» Sarko, faux dur à la langue trop bien pendue, finit par créer des envies de coup de boule ! Même dans la police... Car Havrin en atteste : malgré la solidarité et la sympathie qui lui sont manifestées depuis quatre ans dans la grande maison rien n'est acquis au chef de l'Etat. «En 2003, Sarko était venu me taper pour des raisons politiques parce que j'avais conçu la police de proximité. Mais en faisant cela il a trahi des policiers courageux, qui ne l'ont jamais oublié.» Havrin n'a jamais digéré la manip : «Une conseillère de Sarkozy était venue préparer sa visite. Mes hommes lui parlaient de lutte contre la délinquance, elle répondait :«Non, ça, on le sait. Le ministre veut parler de prévention !» C'est comme ça qu'un policier a évoqué des matchs de rugby avec des jeunes...» La conseillère avait exulté : «Voilà, c'est ça que vous devrez dire au ministre !» Et face à Sarkozy le malheureux policier, comme prévu, avait parlé rugby, pour se faire aussitôt reprendre de volée devant les télés complaisantes... «Les policiers me regardaient, effarés. Moi, j'étais sanglé en grand uniforme, silencieux. Le devoir de réserve, c'est une chape de plomb.» A la retraite depuis décembre, jubilant de voir Alliot-Marie redécouvrir sa police de proximité - «elle aussi, elle a une revanche à prendre sur Sarko» - et candidat sur la liste de gauche à Toulouse, il se lâche...
Jean-François Kahn et Emmanuel Todd sont habitues a figurer sur les listes de best-sellers. Mais c'est le succès du dernier livre d'Alain Badiou (photo), «De quoi Sarkozy est-il le nom ?» (1), qui sidère aujourd'hui la planète littéraire. A ce jour, près de 20 000 exemplaires ont été écoulés. Preuve que Sarkozy ne fait pas seulement vendre des ouvrages people... Cet agrégé de philosophie, militant maoïste dans les années 1970, avait jusqu'ici multiplié les livres aux tirages confidentiels. C'est dans le cadre du séminaire qu'il anime à l'Ecole normale supérieure qu'est née au printemps dernier, au moment de la campagne présidentielle, l'idée de ce livre. De quoi Badiou est-il le nom ? D'une des expressions les plus achevées de la sarkophobie !
Troublant parallèle que celui qui tenterait certains esprits pervers à la lecture de l’ouvrage que consacre Dominique De Villepin à Napoléon, intitulé "Après les cent jours", en attendant le tome sur "le crépuscule de l’Aigle" (1807-1814) et celui sur "Sainte-Hélène". En tentant de décortiquer un destin, voire un mythe celui de Napoléon, de Lodi, où s’est amorcée la montée d’une étoile à Tilsit, l’apogée du soleil de la puissance et de la gloire, De Villepin analyse les tenants et les aboutissants des métamorphoses qui ont fait d’un obscur petit caporal, gentiment brocardé par ses soldats comme homme de main de Barras chargé en Italie d’une simple opération de diversion, un grand général puis un empereur qui a, un temps, mis l’Europe au pas.
Au fil des pages, Dominique De Villepin narre avec une poignante finesse l’épopée napoléonienne comment du Dupont de Lodi au massacre d’Eylau, de la flamboyante campagne d’Italie aux neiges de Pologne, l’Europe assiste, médusée, à l’irrésistible ascension de Napoléon Bonaparte. Comment le "petit caporal" se mue en audacieux général en 1796 puis en invincible empereur en 1807. Dans "Après les cent jours", Dominique De Villepin narre avec verve et précision, la partie glorieuse du vol de l’Aigle. Mais il décrit aussi un homme rongé par la peur et progressivement et irrésistiblement rongé puis égaré par le feu follet de la puissance et les sirènes de la gloire.
En filigrane, on ne peut ne pas constater que l’ancien Premier ministre livre aussi sa réflexion sur l’ivresse et le vertige du pouvoir.
Lodi, pour Napoléon, dit Dominique De Villepin, c’est la prise de conscience d’un destin… Napoléon fera plus tard référence à l’"étoile de Lodi". Dans cette bataille pour passer un pont, il force le destin. Napoléon dira : "Je voyais déjà le monde fuir sans moi comme si j’étais emporté dans les airs". Et il ajoute : "Je ne me regardais plus comme un simple général, mais comme un homme appelé à influer sur le sort d’un peuple". Plus que le passage d’un tacticien à un stratège, Lodi est le pas sage d’un homme du commun à un homme d’exception. On ne peut ne pas faire le parallèle avec ce jour, au siège des Nations unies, où Dominique De Villepin s’est dressé face à une mégapuissance et a dit Niet à ses desiderata, contrairement à ses pairs de ces grands pays européens qu’étaient l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne… et bien d’autres.
Ce jour-là, Dominique De Villepin a incarné une France debout, tirant sa légitimité de la conscience qu’elle a de sa différence, une grande clef de l’histoire politique. Et l’Histoire, précisément, lui a donné raison d’avoir su rester digne et fort, envers et contre toutes les pressions et les chantages les plus vils.
Ce jour-là, comme Bonaparte, pas encore promu Napoléon, Dominique De Villepin a fait l’exploit de se placer et de placer la France au centre de la scène : son talent politique pour gérer les tensions et les pressions, parler aux foules du tiers monde, toucher les coeurs, à l’échelle du monde arabo-musulman, toutes obédiences confondues, limiter les horreurs de la guerre, éviter l’implication de la France dans les compromis et les compromissions, le distingue.
Nourri des blessures d’amour-propre, debout tel un roc faisant fi de l’opprobre que l’Oncle Sam et ses sbires jetaient alors sur la France, traversant les épreuves diplomatiques dans la solitude, il a, c’est ce qui se dégageait à l’époque, conscience de sa prédestination à un grand destin. Dans le monde arabe en tout cas, tout le monde en était convaincu.
Mais comme Napoléon, il ne s’est pas cru irrésistible. Il a appris, dans l’exercice des missions qui lui ont été imparties, la précarité des choses. Comme Bonaparte dans les prisons de Thermidor ou quand un boulet le frôle ou qu’un cheval est tué sous lui à Toulon, Dominique De Villepin a compris que tout peut basculer. Il a soutenu fermement et sans aucune équivoque, Sarkozy, ministre de l’intérieur quand les banlieues ont flambé à l’automne 2005. Mais sans avoir pris conscience de la volatilité des situations. Il ne l’aura compris que quand, lors de la crise du CPE, Sarkozy ne lui a pas renvoyé l’ascenseur. Alors même que là, il n’a fait qu’exécuter les diktats de l’Elysée. Mais juridique, loyal et loyaliste jusqu’au bout des ongles, cultivant le sens de l’honneur, le sens de la famille politique, il s’est livré tout seul en pâture, sans broncher sans se démarquer de sa hiérarchie à la colère des foules. Une colère savamment orchestrée par certains de sa famille politique, qui n’ont pas caché leur plaisir jubilatoire à le déstabiliser, voire à le déboulonner carrément. Mais on verra bien ce que l’Histoire retiendra de ces journées houleuses où la colère des foules était disproportionnée au motif supposé de leur colère, voire à l’alibi prétexté. Pour notre part, ce que nous avons retenu de ces événements, c’est la force intérieure, le courage et la loyauté d’un homme qui s’est sacrifié par sens de l’éthique, de respect de la déontologie et respect de ses engagements envers sa hiérarchie.
Contrairement à Bonaparte, Dominique De Villepin n’a pas su détecter à temps que le pouvoir a constamment besoin d’un sabre, et qu’il faut savoir n’être pas là dans certains moments de grande tension pour éviter l’opprobre et faire fonction de bouc émissaire. Quitte à savoir comme un certain de ses collègues d’alors transformer l’échec en succès. Il n’échappe en effet à personne que l’ex-président Chirac, ulcéré par la désertion de son ex-protégé Sarkozy en 1995 quand son disciple préféré d’alors l’avait plaqué pour Balladur, a cru offrir à Sarko un cadeau empoisonné en l’affectant Place Beauveau pour le voir y laisser des plumes. Plus malin, Sarko a su, tel un phénix, renaître perpétuellement de ses cendres et damer le pion à ses détracteurs comme à ses faux amis.
Contrairement à Dominique De Villepin, Sarkozy a toujours joué sur son sentiment de fragilité et a su ne pas être dupe de son ascension. Il a compris, lui, que la politique est souvent tapissée d’équivoque et qu’il s’agit de ne pas en sortir. Quels que soient les compromis et les compromissions qu’exige cet exercice sur la corde raide. C’est ainsi que contrairement à Sarkozy, Dominique De Villepin n’a pas su se vouloir la synthèse de toutes les forces, de toutes les sensibilités et de toutes les mémoires. Ménageant les édiles du Cac 40 autant que les lève-tôt et les plus obscurs travailleurs à la chaîne des usines de France et de Navarre, les paysans, autant que les cols blancs. Rassurer les anxieux, se rapprocher des angoissés, flatter les plus frustrés, se renforcer de cette ambiguïté et flairer tous les pièges et les éviter. Ne rien épargner pour conquérir le pouvoir et s’y maintenir. Au risque de signer un certain nombre de forfaits envers ses plus proches avec la conviction qu’ils sont nécessaires pour asseoir son pouvoir. Avec pour seule clé de son parcours l’instinct de survie.
Sur ce plan, Dominique De Villepin est l’anti-Sarkozy. Il a déclaré ainsi dans une des rares interviews qu’il ait donné à un confrère où il parle de puissance et de gloire concernant la France et les Français et en l’occurrence de Napoléon : "Le décalage entre le rêve et la réalité nourrit des entreprises vouées à l’échec, mais qui adviennent parce qu’il y a quelque chose de démiurgique, de prométhéen chez leurs auteurs, qu’ils sont menés, dans leur volonté de gouverner par autre chose que l’intérêt. Notre pays se nourrit d’imaginaire, quand l’Angleterre ou les Etats-Unis se construisent avec davantage de sens du compromis et de pragmatisme. La réalité nous ennuie ; le rêve nous épuise. Nous oscillons donc, souvent, dans l’excès et la démesure".
Mais nous continuons de porter, par notre ambition universelle, beaucoup d’espoirs. N’est-ce pas un résumé succinct des états d’âme et des questionnements qui ont dû égrener le parcours de ce dernier mohican du Gaullisme et de la France humaniste, généreuse et grande de ses faiblesses et de ses fragilités même ?
En collaboration avec les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, " Le Monde 2 " s'est intéressé au logement social à Neuilly-sur-Seine, l'une des plus riches communes de france. Hauts fonctionnaires, cadres de l'UMP, membres des clubs parmi les plus sélects, figures du "bottin mondain" et du "who's who", on est loin du profil classique des occupants de HLM. Enquête dans la ville qui, de 1983 à 2002, a été administrée par l'actuel président de la République.
Au château le week-end, en HLM la semaine. Voilà le mode de vie plutôt singulier de certains bénéficiaires de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine. Dans cette ville, l'une des plus riches de France, celle-là même qu'a dirigée pendant près de vingt ans (de 1983 à 2002) le président de la République Nicolas Sarkozy, rien, ou presque, ne se passe comme ailleurs. Smicards, foyers monoparentaux, familles nombreuses des classes moyennes : la population habituelle des appartements à loyer plafonné s'enrichit à Neuilly de profils plus inattendus.
Familles nobles, PDG ou hauts responsables de l'administration du département des Hauts-de-Seine, souvent propriétaires de résidences secondaires, parfois même de châteaux en province, bénéficient d'appartements dans le parc social locatif de Neuilly.
Ajoutez à cela des cadres supérieurs d'entreprise, professions libérales, fonctionnaires bien placés de la Ville… Une partie des 954 logements sociaux de Neuilly, recensés comme tels au 1er janvier 2007 au titre de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains), n'est pas attribuée à des familles défavorisées, ou qui n'auraient pas les moyens de louer dans le secteur privé. Mais à des Neuilléens qui, à l'abri du besoin, résident dans ce havre de luxe et de verdure francilien pour un coût inférieur à celui du marché.
"ICI, CE N'EST PAS LA TRANSPARENCE "
A l'origine de cet édifiant constat, en pleine crise du logement, une rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot. Tout juste retraités du Cnrs, les deux sociologues, fins observateurs des us et coutumes de la grande bourgeoisie, viennent de publier Les Ghettos du gotha (Seuil), qui détaille les stratégies de concentration territoriale des plus riches. Ils nous avouent une frustration. S'ils parlent longuement de Neuilly dans leur livre, et de ses rares HLM, ils n'ont pas eu le temps de creuser un aspect crucial : qui en sont les occupants ?
On sait que les logements sociaux ne représentent que 3 % des résidences principales de Neuilly, quand la loi SRU impose un objectif de 20 % à l'horizon 2020, mais on ne sait rien de la population qui y réside. Nous nous associons pour mener l'enquête.
Première étape, conversation avec les élus de l'opposition de gauche. Le tour est vite fait : ils ne sont que trois sur les quarante-cinq membres du conseil municipal. Deux PS, un Vert. Quelle est la liste des HLM de la ville ? Combien y a-t-il d'appartements ? De quel type exact de logements sociaux s'agit-il ? Quelles sont les procédures d'attribution ?… Silence. Rien. Ils n'en savent rien.
"C'est mon cheval de bataille depuis vingt-quatre ans… Et je ne sais toujours rien ! lance, désabusée, Lucienne Buton, élue PS depuis 1983. Ici, ce n'est pas la transparence ! J'ai commencé à poser des questions sur les HLM parce que je voyais partir toutes les classes populaires et moyennes. Je me rendais bien compte que Neuilly devenait de plus en plus un ghetto de riches !"
DES HLM D'UN STANDING CERTAIN
Depuis des années, à chaque conseil municipal, elle revient donc à la charge. Interroge sur le nombre de demandes en attente. Réclame la liste exhaustive des logements HLM existants. Des explications sur le mode de fonctionnement de la Semine, la société d'économie mixte détenue à 80 % par la Ville qui joue ici le rôle d'office HLM, et dont le président est le premier adjoint au maire, en charge du logement.
Qui sont les membres de la commission d'attribution ? Quels sont les critères d'attribution des logements ? Peine perdue. "A la mairie, ils savent que nos demandes sont légitimes. Alors, ils nous disent sans cesse : On vous donnera des listes, des chiffres en fin d'année , mais on ne voit jamais rien venir !", s'agace Thierry Hubert, urbaniste, élu Vert depuis 2001.
Comme Lucienne Buton, il a demandé à siéger à la commission d'attribution ou au conseil d'administration de la Semine. Et a essuyé un refus. Une seule fois, en 1995, l'opposition a eu un droit de regard. Grâce à l'Eglise catholique, qui cédait des terrains à la Ville sous condition que soient bâtis des immeubles à caractère social. Ces logements HLM neufs situés avenue du Roule ont été attribués par une commission dans laquelle siégeait l'opposition. Lucienne Buton tempère : " Nous avons siégé, choisi, mais nous n'avons jamais eu la liste finale des 52 locataires… ".
Nous demandons officiellement à la direction départementale de l'équipement (DDE) des Hauts-de-Seine l'inventaire des logements sociaux de Neuilly établi chaque année dans le cadre de la loi SRU. Après plusieurs semaines d'attente, la responsable du service Habitat nous informe que "ces listes ne font pas l'objet à ce jour d'une publication officielle des services de l'Etat", et nous précise qu'elle n'a pas obtenu l'accord de sa hiérarchie pour nous les fournir. Sur le site Internet des Verts de la ville, une liste apparaît bien : ce sont deux étudiantes qui, en 2006, ont obtenu ce document auprès du service de l'urbanisme de la mairie. " Je pense avoir eu de la chance, explique l'une d'elles. Le fait que ce soit un technicien qui me l'ait fourni et non un élu y a sans doute été pour beaucoup… "
DIX-HUIT ADRESSES HLM, POUR UNE VILLE DE 61 000 HABITANTS
Sur la demande pressante des élus de l'opposition, la direction de l'urbanisme à la mairie, puis la DDE acceptent du bout des lèvres de valider la liste des 937 logements sociaux neuilléens au 1er janvier 2006 (à laquelle se sont ajoutés 17 appartements courant 2006).
"L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance." Qu'en auraient pensé, devant le peloton d'exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure - dans la bouche d'un président de la République - eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une "politique de civilisation" ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l'Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n'est pas un islam inféodé à l'Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d'heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme "le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes", oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.
C'est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n'a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou "scientifique". Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l'économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l'instruction publique, le projet républicain d'émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n'est pas réglementaire. C'est une fin en soi, qu'on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.
Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l'au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l'enseignement laïque du fait religieux, que j'avais recommandé, que l'Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n'était pas d'humilier l'instit pour vanter l'iman ou le pasteur. Mais d'étendre les Lumières jusqu'au "continent noir" des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. "La mystique républicaine,disait Péguy, c'était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c'est quand on en vit." Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d'une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l'infirmière, l'institutrice, la chercheuse. Entre l'utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l'on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l'éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n'était pas la religion, mais l'histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d'antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d'espérance aux désespérés ? Après l'opium des misérables, l'alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.
Au forum, la frime, à l'autel, l'authentique ? Dieu pour les âmes, l'argent pour les corps, ceci compensant cela. C'est l'idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d'instruire et d'élever l'esprit public en payant d'exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l'Etre suprême et où l'Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l'Inconnaissable, n'est pas la "One Nation under God". Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés - anglicismes désormais de rigueur. Fin des Chênes qu'on abat, à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. "S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons : ça n'arrive pas tous les matins. - Alors, la civilisation atlantique arrivera..." Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l'honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d'une tradition théodémocratique inexportable.
L'actuel chef de l'Etat s'est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la "modernité", nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l'avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.
Régis Debray est écrivain, directeur de la revue MédiuM.
Un tour de force. Réussir à ulcérer, en même temps, des catholiques, des juifs, des musulmans, des francs-maçons de droite comme de gauche. Tous unis contre le nouvel évangile sarkozyen. Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France, a été le premier à dégainer. En entendant le discours de Latran, le 20 décembre dernier, par Nicolas Sarkozy - une ode aux «racines essentiellement chrétiennes de la France» et une exaltation de la religion face à la laïcité impuissante, selon le chef de l'Etat, à proposer un sens à l'existence -, le frère a aussitôt piqué un coup de sang : «Les anti-Lumières sont en train de prendre leur revanche. Le pacte républicain qui permet à chacun de vivre avec sa foi ou sa non-foi est menacé !» Peu à peu d'autres voix se sont élevées, coalition de «ceux qui croient et [de] ceux qui ne croient pas». François Bayrou, catho de droite : «Cette conception de la religion, fournissant «l'espérance», ce n'est pas autre chose que l'opium du peuple !» Jean-Pierre Mignard, catho de gauche : «A croire que ce qui intéresse Nicolas Sarkozy dans la religion, c'est que le troupeau soit bien gardé. Comme Mourras.» Bernard-Henri Lévy renifle les mêmes relents dans cette «vision du catholicisme fondement du lien social». Une indignation qui ne se limite pas aux sarkophobes patentés. Patrick Klugman, l'ancien président de l'Union des Etudiants juifs de France, s'étonne de ce président qui parle de Dieu à tout bout de champ «alors qu'on sort à peine d'un débat sur les signes ostentatoires religieux». Khalil Merroun, recteur de la mosquée d'Ivry, prévient : «Quand on donne sa préférence à une famille spirituelle, on manque à l'égalité de traitement.» Mais BHL parie sur le «cynisme de Sarkozy» :«B a fait un petit tour chez les catholiques. Il ira en faire un autre très vite du côté des juifs, des francs-maçons ou des musulmans.» Bingo. Le président vient de vanter le rôle «civilisateur» de l'islam. A Riyad, dans la capitale de la théocratie saoudienne qui exporte son wahhabisme (islam dogmatique, sinon radical) dans le monde entier ! Une manière, sans doute, de rééquilibrer son prêche de Rome mais qui grossit encore le rang des opposants au catéchisme présidentiel. Et si à force d'agiter le goupillon, le président provoquait une nouvelle «crispation antireligieuse».
Mon premier a osé la question à la une de ce qui était alors son magazine : «Sarko est-il fou ?» Mon deuxième n'hésite pas à situer le président de la République à droite de Le Pen. Mon troisième va jusqu'à opérer «une analogie» entre sarkozysme et pétainisme. Jean-François Kahn, l'ex-directeur de «Marianne», Emmanuel Todd, le démographe et historien, et Alain Badiou, le penseur phare de la gauche radicale, sont les trois prophètes de l'anti-sarkozysme. Leur regard sur l'hôte de l'Elysée n'est pas critique, il est assassin. Loin de s'en tenir à dénoncer tel ou tel aspect de sa politique, ces grands intellectuels n'hésitent pas à s'en prendre à l'homme. Kahn stigmatise «l'abus, parfois hallucinant, du «je»». Todd a décrit «un président banalement agressif en tant qu'homme» à propos de son face-à-face avec les pêcheurs du Guilvinec. Point commun des trois hommes : leur dénonciation de l'américanolâtrie de Sarkozy. Kahn a écrit et récrit que Sarkozy, s'il avait été à l'époque président, aurait entraîné la France dans l'expédition en Irak. Todd voit dans le sarkozysme «un respect des forts», donc sur le plan international un alignement sur les Etats-Unis, en crise, selon le politologue, mais qui restent «la» puissance dominante pour le président français. Badiou dénonce pareillement un ralliement à un système américain pourtant lui-même«largement décomposé». Il fustige un «positionnement rapide en chouchou de Bush». Pour le reste, à chacun sa sarkophobie. Kahn déplore «la formidable régression» que constitue à ses yeux l'«ultracentralisation de tous les pouvoirs autour d'un monarque omniprésent et omniscient, entouré de sa cour, quotidiennement adoubé par sa télé, qui tranche de tout, choisit en public ses favorites, etc.». Todd juge que le sarkozysme «fonctionne depuis l'origine sur la désignation de boucs émissaires», en particulier «les enfants d'immigrés». Selon lui, Sarkozy ministre de l'Intérieur «a utilisé l'appareil d'Etat pour enflammer les banlieues». Badiou estime qu'avec la mort du communisme «le capitalisme peut à nouveau se présenter comme la solution indépassable, et l'argent être réintroduit comme valeur». «Sarkozy est l'homme de tout ça», ajoute-t-il. Kahn, Todd, Badiou, ou les prophètes de malheur du sarkozysme ...
Une enquête du Monde 2 de ce week-end révèle que nombre d'occupants des rares HLM de Neuily-sur-Seine font partie de l'élite sociale.
On savait déjà la très bourgeoise Neuilly-sur-Seine tout en bas du tableau en matière de logement social: 3% des résidences de la commune, quand la loi SRU impose un objectif de 20% à l'horizon 2020. L'enquête que publie aujourd'hui Le Monde 2 sur les habitants des HLM de Neuilly ne devrait pas arranger l'image de «ghetto de riches» que se traîne l'ancienne ville de Nicolas Sarkozy (maire de 1983 à 2002).
On y apprend que nombre de bénéficiaires du parc HLM de Neuilly, plutôt de type haut de gamme «pour rentrer dans le cadre», occupent des positons sociales plutôt éloignée de celles d'un occupant HLM «classique».
Des noms que l'on retrouve dans le très select Bottin mondain et qui, tout en occupant des HLM, adhèrent aux non moins prestigieux Jockey Club ou à l'Association sportive du cercle du bois de Boulogne (8000 euros de droits d'inscription tout de même).
PDG, hauts responsables de l'administration du département des Hauts-de-Seine, médecins, avocats, magistrats, analystes financiers, hauts responsables de Nissan,Total, Veolia ou de la télévision publique... La liste est longue.
Sont entre autres épinglés Nicolas Arthus-Bertrand, PDG de la société du même nom, Sabine Rozier-Deroche, responsable de la communication de l'UMP, Halina Gruda-Hendzel, directrice générale adjointe du conseil général, Hervé Bolze, bras droit du directeur de l'Office départementa HLM, ou encore Alexandre Balkany, fils d'Isabelle Balkany, vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine, et de Patrick Balkany, député-maire de Levallois-Perret.
Ceux qui ont accepté de s'exprimer sur la question font valoir qu'ils ne commettent aucune infraction puisqu'à l'époque de leur emménagement, le plafonnement de ressources n'était pas le même, voire inexistant.
Quant au maire (UMP), Louis-Charle Bary, il justifie la préférence accordée aux HLM haut de gamme en ces termes : «C'est tout à fait normal. Nous faisons en fonction de la population de Neuilly, à laquelle nous donnons la préférence. L'idée, c'est d'abord de faciliter l'accès au logement des jeunes nés ici qui démarrent». Qui a dit ghetto ?
Je crois qu'il ne faut pas confondre deux niveaux : les religions sont libres de s'exprimer dans l'espace public, elles le font souvent, aussi bien sur des problèmes sociaux - par exemple contestation de la récente loi sur l'immigration - que sur des problèmes de moeurs.
Mais là où les religions n'ont pas accès, c'est la sphère étatique. L'Etat est neutre sur le plan religieux. Et il y a un devoir de réserve des représentants de l'Etat à ce niveau.
Il faut bien séparer dans la sphère publique ce qui est de la société civile ou dont les religions sont partie prenante, et ce qui est de l'Etat où il doit y avoir séparation des Eglises et de l'Etat.
Ouvrir les portes au communautarisme ? Ce serait la porte ouverte au communautarisme si les communautés religieuses ne pouvaient pas librement s'exprimer dans l'espace public. Mais elles le peuvent depuis 1905.
Avant 1905, par exemple, les déclarations de personnalités religieuses devaient avoir l'aval du gouvernement. Ce n'est plus le cas depuis 1905. Les religions s'expriment, participent au débat public.
Mais elles le font à partir d'un modèle associatif, c'est-à-dire d'adhésion volontaire et libre, elles ne le font pas comme des institutions qui auraient un pouvoir sur les citoyens.
Cela me semble être plutôt le contraire du communautarisme. Il y aurait danger de réaction communautariste si l'on voulait réduire les religions au silence, mais ce n'est pas ce qui se passe actuellement.
Si l'on prend la loi de M. Brice Hortefeux sur l'immigration, les diverses religions ont pu dire ce qu'elles en pensaient. Et un certain nombre de religions, dont l'Eglise catholique, ont manifesté publiquement leur désaccord. Et personne ne leur a contesté le droit de le faire.
Catherine T : Le président d'une République laïque se doit d'être laïc en public. Or ce président-là prône, depuis peu, en public, en France et à l'étranger, sa préférence des valeurs religieuses. En droit français est-ce condamnable ?
Clara : Le discours du président est-il anti-constitutionnel ?
Jean Bauberot : Je ne suis pas juriste. Je pense que la parole du président de la République est libre et que ce qui pourrait être attaqué comme anticonstitutionnel, ce serait des actes, des projets de loi, des mesures qui seraient contraires à la laïcité.
Cela dit, sa parole est libre, mais la parole des citoyens l'est aussi, et c'est le droit de tout citoyen, individu comme collectif de citoyens, de contester les propos du président et de dire s'ils leur semblent déroger à la laïcité.
Donc pour le moment, on est en plein dans ce débat où un certain nombre de personnes, comme moi, disent qu'il y a une tentative néocléricale et qu'il faut être vigilant pour savoir ce que cette tentative peut donner au niveau d'actes.
Mais seuls des projets de loi, par exemple, peuvent être déférés au Conseil constitutionnel. Je ne pense pas que des discours puissent l'être.
kostic : Vous même, Jean Bauberot, êtes-vous croyant (protestant) ou athée ?
Jean Bauberot : Je suis protestant. Je ne m'en cache pas. Mais je ne pense pas que ce soit le rôle de l'Etat ou du président de la République de me dire ce qu'il faut croire. C'est un choix personnel qui doit être mis à égalité avec tous les autres choix personnels en matière de convictions.
Et je fais mien la phrase du pasteur de Pressensé : "L'honneur d'une religion est que l'on puisse ne pas la pratiquer".
D'autre part, quand je réfléchis comme historien ou sociologue, mes analyses ne sont pas rattachées à mes convictions religieuses, mais à une démarche de connaissance. Je fais une séparation entre mes convictions, d'une part, et l'usage d'instruments scientifiques pour appréhender la réalité historique et sociale. Et je pense que c'est une façon laïque de vivre, ce qui n'empêche pas de pleines convictions par ailleurs.
Il y là un défi lancé par Nicolas Sarkozy aux laïques, car les laïques ne doivent pas répondre à un discours des racines par un autre discours des racines. Et la façon dont certains sacralisent la référence aux Lumières est également une façon passéiste de voir les choses.
Et il ne faudrait pas qu'on assiste à une sorte de querelle entre modernes et anciens, car Sarkozy se réclamerait d'une modernité et tenterait de faire apparaître ses adversaires comme archaïques.
Il faut construire la laïcité du XXIe siècle qui tienne compte de ce qu'est la société aujourd'hui, et c'est pour cela que j'ai insisté sur un certain nombre de constats. Et à partir de ces constats, on peut donner une autre réponse que celle qui a été donnée notamment par le discours du Latran, où il y a une sorte d'alliance entre la laïcité, la liberté et la diversité.
Alain Finkielkraut «abhorre» l'«hystérie» ou le «rire abject» de ceux qui conspuent le président. Et il sera peut-être furieux de figurer dans ce dossier. Qu'il nous pardonne, mais il illustre à merveille le calvaire de ceux qui espéraient voir Nicolas Sarkozy jouer dans un grand film et qui le regardent, effarés, tous les soirs en direct, se donner en spectacle dans un nouveau feuilleton d'«Elysée Palace». Ou pis encore, pour l'ombrageux philosophe, à la parade de Mickey. «J'ai été le premier à dénoncer la grimaldisation et la berlusconisation du chef de l'Etat», dit le pourfendeur de l'horreur «pipolistique». Finkielkraut a craqué très vite, dès la virée postélectorale du président sur le yacht de Bolloré : «Pendant trois jours, entre Fouquet's, Falcon et palace flottant, le président nous a fait honte.» Depuis, ça ne s'est pas arrangé. Diagnostic de l'intellectuel sur l'Homo sarkozicus : «Cet être totalement décomplexé a aboli tout surmoi culturel et civisationnel.» Bien sûr, le toujours paradoxal Finkielkraut cherche encore des raisons de ne pas désespérer («La suspension des OGM, la possible suppression de la publicité dans le service public...») ou de trouver des circonstances atténuantes au Sarko show («la jet-setisation de la politique a commencé sous Mitterrand»). Mais il est bien obligé de le reconnaître : le comportement présidentiel est l'exact inverse de ce qu'il professe. Offense à la «bienséance» («Il consulte ses textos en présentant des journalistes au pape»), cynisme néo-soixante-huitard («A Rome, il condamne la démesure consumériste, et dès qu'il revient il se comporte comme un enfant gâté»), triste divertissement («Quand on est président, on ne va pas à Disneyland, on fait semblant d'aimer le Louvre») , vision économiste du monde («Les propositions de la commission Attali sont effrayantes») . Et enfin «triomphe de la raison calculante» : «Ce qui est demandé à Hortefeux est scandaleux. L'honneur de l'humanité est d'agir au cas par cas, pas de faire du chiffre») . Un «sarkophobe» qui s'ignore, Alain Finkielkraut ?
Ca vous a pris il y a des mois, plusieurs semaines ou seulement quelques jours. Troubles visuels provoqués par une photo de Carla B. Fortes migraines sans doute dues à une inflammation des «racines chrétiennes». Cauchemars peuplés de dictateurs arabes jouant avec des centrales nucléaires françaises. Et, dans les phases les plus aiguës, crises de nerfs déclenchées par le retour d'un refoulé désormais identifié : cadeau fiscal, 35 heures, pouvoir d'achat... Vous êtes probablement victime d'un début de sarkophobie ! Une épidémie ? Les thermomètres des instituts de sondage attestent des progrès de la contagion. A gauche bien sûr : les urticaires géants de la campagne électorale, un temps masqués par la victoire et l'Etat de grâce, resurgissent, virulents. Mais à droite aussi des allergies se déclarent : députés troublés par le bling-bling et le toc, moralistes déboussolés, libéraux frustrés. La démangeaison se répand dans l'ensemble du corps social. Des chômeurs menacés de sanctions aux magistrats délocalisés en passant par les détenteurs de livret A ou les salariés de l'audiovisuel public. Est-ce grave, docteur ? Les uns se soignent par l'action et l'engagement, les autres par le rire ou par le sarcasme. Et si la sarkophobie n'était plus seulement, comme le diagnostiquaient les thuriféraires du président, la maladie infantile de gauchistes névrosés, d'idéologues hystériques, de socialistes maniaco-dépressifs et en panne de propositions ? Mais plutôt le syndrome d'un grand malentendu entre la majorité des Français et l'«homme nouveau» qu'ils ont porté au pouvoir. Ils ont adoré celui qui leur promettait la rupture, ils risquent de détester celui qui leur avouera son impuissance. Une détestation qui serait alors à la mesure du culte que Nicolas Sarkozy a organisé. Avec son cortège d'accusations nauséabondes ou xénophobes, de bassesses ou d'insultes. Les adorateurs du chef de l'Etat brandissent déjà l'argument à la moindre critique, voyant derrière chaque débat une mise au pilori, faisant semblant de croire que la sarkophobie n'est qu'une haine ad hominem alors qu'il s'agit de plus en plus du rejet d'un style et d'une politique.
Marie-France Etchegoin, Sylvain Courage Le Nouvel Observateur
Klorg : La loi de 1905 n'est-elle pas déjà remise en cause depuis longtemps (subventions à l'enseignement catholique notamment) et ne s'agit-il pas plutôt d'officialiser ouvertement ces pratiques pour les aggraver ?
Jean Bauberot : La loi de 1905 traite des relations religion-Etat, ce n'est pas une loi concernant l'enseignement. La loi de 1959 sur l'aide aux écoles privées a modifié une loi qui date, elle, de 1886. Et c'est un autre problème.
En revanche, la loi de 1905, elle, porte essentiellement sur deux choses. La première, j'en ai parlé, c'est le fait que la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes. Donc une liberté complète dans le cadre d'un ordre public démocratique. Que la République garantisse est un terme fort, elle a une action pour la garantir.
L'article 2 met fin à un régime qui existait au XIXe siècle, le régime des cultes reconnus. Un ensemble de cultes était considéré comme les cultes officiellement légitimes, et d'autres, par contre, étaient simplement tolérés et l'athéisme aussi était toléré, mais pouvait être réprimé dans des périodes de tension politique. L'article 2, donc, met fin à tout caractère officiel de toute religion.
Aujourd'hui, la loi de 1905 a 103 ans, on peut actualiser les conditions de la liberté de culte, et là on peut être ouvert à toute proposition qui garantit la liberté dans les conditions du XXIe siècle. Mais il faut être également très vigilant sur le respect de l'article 2, et ne donner de statut plus ou moins officiel à aucune religion.
Et c'est là qu'on peut avoir certaines inquiétudes, puisque dans le discours du Latran, il est question de "favoriser" l'expression de la religion, ce qui va plus loin que garantir sa libre expression. Quand on favorise quelqu'un, on défavorise quelqu'un d'autre, cela porte atteinte à l'égalité entre toutes les convictions.
Julien : A la question "l'absence de religion conduit-elle à une dérive morale ?", le président semble, avec des pincettes, répondre par oui. C'est son droit de penser cela en tant que citoyen. Mais le problème n'est-il pas que ce débat n'a pas à avoir lieu au niveau politique ?
Jean Bauberot : Je crois qu'il y a une confusion entre deux plans de la morale. Une société n'est pas simplement un ensemble d'individus qui ont des intérêts communs, c'est aussi un ensemble de personnes qui partagent des valeurs communes.
Et c'est le rôle de la morale laïque, de ce qu'on appelle, parfois de manière un peu trop incantatoire, les valeurs républicaines. Il vaut mieux parler de morale laïque et démocratique. C'est ce rôle d'assurer le lien social.
Ces valeurs, d'ailleurs, sont inscrites dans le préambule de la Constitution. Mais cette morale laïque n'a pas à être totalisante. Elle n'a pas à répondre à toutes les attentes et à tous les besoins de sens des citoyens. Parce que l'expérience a montré que cela risque de conduire au totalitarisme.
Il y a un second niveau de la morale, où chacun peut rechercher de façon libre et volontaire les valeurs morales qu'il adopte, qu'il transmet à ses enfants s'il le souhaite. Et ce second niveau moral peut se référer à des croyances religieuses ou à des options philosophiques.
Dans le discours du Latran, il y a confusion entre les deux niveaux. Vous avez raison : Nicolas Sarlozy comme individu a le droit de privilégier une morale religieuse, il n'a pas à le faire en tant que président de la République.
Ben oït : Aborder l'histoire des principales religions dans les écoles telle le judaïsme, le christianisme et l'islam permettrait probablement d'ouvrir les esprits de la génération à venir, qu'en pensez-vous ?
Jean Bauberot : Effectivement, c'est une idée qui existe depuis plusieurs années. Je rappelle qu'en 2002 Régis Debray avait rédigé un rapport en ce sens, à la fin du gouvernement de Lionel Jospin.
Et on souhaiterait que le ministère de l'éducation nationale donne plus de moyens à l'Institut européen des sciences des religions, qui est chargé de former des enseignants dans ce sens.
Il ne faudrait pas que les propos de Nicolas Sarkozy discréditent cette belle idée, parce qu'il est nécessaire qu'il y ait une approche de connaissance des religions assurée par l'école, à côté de l'approche convictionnelle qui, elle, est volontaire et libre et assurée par les religions elles-mêmes.
laicitéouverte : Des lobbyings classiques (FOL, Ligue de l'enseignement, CNAL avec les CDAL, etc.) récupèrent la bannière laïque en développant un prosélytisme athée sous prétexte de laïcité. L'intelligence de la laïcité ouverte est celle qui donne la place dans l'espace public aux grandes religions et spiritualités, historiquement fondatrices avec les Lumières des valeurs des droits de l'homme du 10 décembre 1948. Quand F. Hollande dit dans un meeting de campagne présidentielle à Metz : "Les religions n'ont rien à faire dans une République socialiste", est-ce cela la laïcité ouverte ? C'est aussi ouvrir les portes aux "communautarismes", à faire des religions des "hors-la-loi" dans l'espace public.
Jean Bauberot : D'abord, je crois qu'il y a deux choses. Le discours de grandes associations laïques, le discours du PS sont deux niveaux de discours différents.
La Ligue de l'enseignement ne fait certes pas du prosélytisme athée, elle a engagé un dialogue avec les diverses religions dès les années 1980 et elle comporte en son sein des athées, des agnostiques et des croyants. Elle a engagé par exemple une commission de réflexion sur islam et laïcité qui montre son ouverture à l'égard d'une religion dont l'importance grandit en France.
Je ne connais pas le discours de François Hollande auquel vous faites allusion. Je pense qu'il veut dire que les religions n'ont rien à voir au niveau politique dans une République socialiste. Mais le PS a toujours dit qu'il respectait la liberté religieuse.
PARIS (AFP) - A la veille des municipales, les députés UMP ont une nouvelle fois tapé du poing sur la table mardi, refusant de se faire imposer in extenso les 314 propositions du rapport Attali sur "la libération de la croissance" et exigeant d'être partie prenante du futur débat législatif.
"Le Grenelle de l'environnement a été l'exemple de ce que nous ne voulons pas. On n'a pas digéré d'en être les oubliés. Il ne faut pas que cela se reproduise avec le rapport Attali. Nous ne sommes pas dans l'optique du +tout ou rien+" mis en avant par l'ancien sherpa de François Mitterrand, a averti le patron du groupe UMP, Jean-François Copé.
Outre l'opposition à certaines mesures clefs du rapport (suppression des départements, déréglementation de certaines professions...), ce sont les déclarations de Jacques Attali invitant l'exécutif à ne pas "picorer à sa guise" dans son rapport mais à reprendre l'ensemble de ses conclusions qui ont mis le feu aux poudres.
L'inquiétude des députés UMP est d'autant plus vive que Nicolas Sarkozy avait assuré, en installant la commission Attali : "Ce que vous proposerez, nous le ferons".
Après le récent vent de fronde contre la décision du gouvernement de suspendre la culture des OGM, très mal vécue par les députés UMP, François Fillon a tenté de calmer le jeu dans la majorité.
"N'ayez pas peur de prendre possession des débats. Naturellement, c'est au Parlement de décider" de traduire ou pas dans la loi les recommandations Attali, a lancé le Premier ministre aux députés UMP, qui ont largement débattu du sujet en réunion de groupe mardi matin.
Un peu plus tard, il n'en a pas moins appelé "chacun" à accepter de "remettre en question ses certitudes".
"On a un gugus qui vient dire qu'il faut libéraliser certaines professions, supprimer les lois Galland et Raffarin. A quelques semaines des municipales, c'est génial vis-à-vis de notre électorat... Attali demande aussi la suppression des départements. A quoi ça sert de se présenter en mars aux cantonales ?", dénonce un député UMP.
Très critique, le vice-président du groupe UMP, Jean Leonetti, estime qu'il serait "catastrophique que le Parlement se voie imposer un paquet global dans lequel il n'y aurait pas de droit d'inventaire" et dénonce "quelques provocations très négatives", voire des propositions purement "inacceptables".
"Pas question" donc d'accepter le tout, comme l'a souligné le sarkozyste Frédéric Lefebvre.
Les députés UMP ont ainsi l'intention de peser pleinement dans le débat qui devrait avoir lieu au printemps, à l'occasion de la future loi sur la modernisation de l'économie.
D'où la mise en place, au sein du groupe, de "quatre groupes de travail" thématiques chargés de décortiquer le rapport Attali pour faire le tri entre les propositions à retenir, à supprimer ou encore à rajouter.
De même, le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), qui pense lui aussi qu'il ne faut pas "tout prendre d'un seul coup" dans le rapport, a demandé aux présidents des six commissions permanentes de l'Assemblée d'"évaluer" les conclusions Attali.
Plus généralement, "il ne faut pas, à travers des commissions diverses, déposséder le Parlement. Nous sommes à 100% derrière le gouvernement mais à 100% pour le débat d'idées", prévient M. Copé.
Même le porte-parole de l'UMP, Yves Jégo, se montre des plus circonspects : "Tout n'a pas vocation à être repris, c'est un viatique pour l'action publique sur le long terme".
Avant la sortie prochaine de "Hôtel de l'insomnie" et après "Les Cents Jours" et "Le Soleil Noir de la Puissance", les deux premiers ouvrages de la quatralogie sur Napoléon.
Jean : Quel contenu accorder au mot 'laïcité' ? Pour certains, cela se traduit encore aujourd'hui par anti-cléricalisme pour d'autres par neutralité en matière religieuse. Dans cette seconde acceptation Sarkozy remet -il véritablement en cause la loi de 1905 ?
Jean Bauberot : La réponse ne peut pas trancher entre les deux, car l'instauration de la laïcité nécessite la plupart du temps un moment anticlérical, dans la mesure où il s'agit de mettre fin à une sorte de domination d'une Eglise ou d'une religion sur l'Etat et la société. Il y a donc un moment d'émancipation anticléricale.
Mais l'objectif n'est pas de combattre la religion en tant que telle, c'est de combattre une domination religieuse, donc l'objectif est bien la neutralité. Et j'ajouterai : la neutralité qui permet la diversité.
Une neutralité active, puisque selon l'article 1er de la loi de 1905, la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.
Le discours de Nicolas Sarkozy porte atteinte à la laïcité dans la mesure où il n'est pas philosophiquement neutre, mais privilégie les convictions religieuses au détriment d'autres convictions, au lieu de respecter toutes les croyances, toutes les convictions, comme cela est dit dans le préambule de la Constitution française.
lilith : Comment le président d'une république peut-il parler d'un laïcité "positive" ? La Laïcité n'est ni positive, ni négative, elle EST, garante des libertés de penser et des règles équitables de vie collective tout en préservant la diversité ! Moi, je lis son discours, je ne reprends pas à mon compte sa terminologie. Mais dans le discours du Latran, il retrace l'histoire en deux parties : une première partie qui porte sur les rapports entre la France et l'Eglise catholique au cours des siècles. Là, il ne retient que les aspects positifs de ce qu'il appelle l'héritage. Puis, il en arrive à la laïcité.
Jean Bauberot :
Et là, il a trois jugements négatifs :
1) sur la loi de 1905 qui n'aurait été que rétrospectivement une loi de liberté, donc qui n'était pas une loi de liberté à son époque ;
2) sur la réconciliation des deux France qui ne serait due qu'à l'attitude exemplaire des catholiques pendant la guerre de 1914-1918, et non à la laïcité elle-même ;
3) sur le fait que la laïcité aurait voulu couper la France de ses racines chrétiennes.
C'est évidemment à partir de ces jugements négatifs sur la laïcité telle qu'elle a existé historiquement qu'il parle de "l'avènement d'une laïcité positive".
Je ne suis pas d'accord avec la manière dont il raconte l'histoire. Dans un héritage, il y a de l'actif et du passif, et il ne parle que de l'actif.
J'ai déjà expliqué pourquoi il y avait eu un moment anticlérical dans la laïcité, qui était nécessaire. Mais la loi de 1905 elle-même, dès cette époque, mettait fin à ce mouvement anticlérical, même si les choses ne sont ensuite allées que progressivement, naturellement.
Donc j'estime qu'il parle de laïcité positive à partir d'une conception de l'histoire qui n'est pas de l'histoire scientifique.
fregono : Pour N. Sarkozy, affirmer comme Benoit XVI qu'il n'y a pas d'espérance en dehors de la religion n'est-ce pas nier l'héritage des Lumières et nier également pour ceux qui ne croient pas, la possibilité d'espérer en l'amélioration morale et intellectuelle de l'humanité ? Je crois qu'il y a deux éléments de réponse. le premier élément, c'est que Nicolas Sarkozy part d'un constat que beaucoup partagent même s'ils ne sont pas de son avis quant à la solution à apporter à ce constat, qui est un certain désenchantement par rapport aux Lumières. Pour dire les choses très rapidement, les Lumières correspondent à un moment de l'histoire où on s'est rendu compte que la science n'était pas seulement une spéculation ou un amusement, mais pouvait aussi améliorer la condition humaine. Ce qui a été fait.
Jean Bauberot :
Mais au XXe siècle, on s'est rendu compte aussi que le progrès scientifique et technique pouvait être porteur de mort. Ce sont les deux guerres mondiales et les totalitarismes. Puis ces dernières décennies, on s'est rendu compte que même le progrès pacifique était ambivalent : problème de biodiversité, de réchauffement de la planète, etc. Donc effectivement, on ne peut pas passer outre ce constat.
A partir de là, je pense qu'un président de la République ès qualités doit insister sur la pluralité des espérances : certaines se réfèrent à des religions, d'autres à d'autres options philosophiques. Et donc ce n'est pas le constat que je mets en question, mais c'est une réponse néocléricale à ce constat qui privilégie des espérances religieuses sur d'autres espérances, au lieu de laisser la question ouverte et de dire que c'est à chaque citoyen de choisir librement ce qu'il croit et ce qu'il espère.
urbich : A quoi sert de rappeler les racines chrétiennes de la France sans arrêt si ce n'est à atiser les tensions , quel est le but a votre avis recherché par Sarkozy ici ? Là aussi, je pense qu'il part d'un constat qui s'emboîte dans le constat que je viens de faire dans ma réponse précédente, qui est les incertitudes actuelles quant à l'avenir.
Jean Bauberot :
Les grandes utopies politiques qui permettaient de se projeter dans l'avenir se sont effondrées, et l'avenir apparaît lourd d'incertitudes, parfois même de menaces.
Voilà le constat. Là encore, il y a une réponse qui me semble conservatrice, celle de privilégier un discours sur les racines, un discours sur le passé.
Que l'on dise que toute société a une dimension historique est une chose, mais le rôle du politique est avant tout de répondre aux préoccupations du présent et de contribuer à façonner un avenir collectif. Là encore, donc, un constat qui est juste, une réponse politiquement contestable, voire dangereuse.
Titres en une, chroniqueurs, angles des dossiers… L'hebdomadaire de Franz-Olivier Giesbert reprendrait-il du poil de la bête face à un Président de plus en plus décrié ?
Raté ! C'est bel et bien Sylvie Pierre-Brossolette, rédactrice en chef du service politique du Point qui a tenu la plume de ces quelques lignes assassines. Au milieu du numéro 1844 qui titrait sur Sarkozy « L'acrobate », on aurait pu croire à un moment d'égarement, à un lâcher de nerfs occasionnel. Dans le même numéro, la charge de BHL contre son « ami » Sarkozy sur le thème de la laïcité a été d'une violence telle que Marianne2 l'a repris cette semaine.
Le numéro 1845, paru mercredi 16 janvier, contredisait cette intuition : avec une question aussi frontale que « Le sarkozysme est-il une monarchie ? » en une, le magazine de Franz-OlivierGisbert s'aligne dans la critique sur Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération ! Page après page, les chroniqueurs vident leur sac :
-Patrick Besson, page 13, aligne les conseils au Président « en vue de ses noces avec Mademoiselle Bruni », comme « éloigner votre fils aîné de votre nouveau couple », ou bien « un bouquet de fleur à Laurent Fabius serait fairplay » !
-Christophe Ono-Dit-Biot, page 35, introduit les bonnes feuilles de la « Chronique du règne de Nicolas Ier », satyrique description de l'ère Sarkozy à la manière du Saint-Simon Grand siècle où Georges-Marc Benamou est élevé au rang de petit Marquis et Rachida Dati faite baronne aux dents longues.
-Le Président est qualifié « d'usurpateur » par Max Gallo, dans sa chronique en page 40. Dénonçant la Cour de pacotille qu'il a réuni autour de sa personne, l'historien pousse la colère jusqu'à citer l'hebdomadaire altermondialiste Politis !
-Même le très libéral Nicolas Baverez délie la langue pour piquer Sarkozy : « on peut faire à peu près tout avec une civilisation, sauf une politique ! », attaque-t-il avant de plaider pour une modernisation effective de la France et non pas pour « une politique de civilisation chimérique ».
-Dernier artilleur, Jacques Marseille s'en prend au nouvel indicateur de développement préconisé par le Président pour se substituer au PIB. Soulignant « une démarche de bon sens » mais qui se heurte notamment à la multiplicité des mesures qui mettent la France bien bas dans les classements internationaux d'épanouissement individuel. « Travailler plus pour gagner plus, un slogan désuet datant manifestement du siècle dernier », balaye Jacques Marseille avant de suggérer un « travailler autant » ou même « travailler moins » mais un « vivre mieux »… slogan traditionnel des partisans de la décroissance !
Le Point va-t-il changer de rive ? N'exagérons rien : la désaffection populaire pour le Président, son image de moins en moins flatteuse pour la droite et une saturation des effets d'annonce peuvent expliquer la nouvelle réserve d'un hebdomadaire qui continue de défendre des valeurs sensiblement conservatrices. S'éloigner d'un Président que tout le monde lâche pour conserver un lectorat de plus en plus sceptique, c'est ce qui s'appelle voler au secours de la victoire. Ce changement de pieds permet en tout cas à Franz-Olivier Giesbert de se moquer de Christophe Barbier, le directeur de la rédaction de l'Express, qui accuse Le Point d'être un journal sarkozyste. Sarkozyste Le Point ? la bonne blague, peut ricaner FOG…
Qui mettre en avant désormais comme figure du « positivisme » libéral et réformateur ? Allez, un pari : sous peu, François Fillon, sacré grand sauveur de la droite libérale, fera la une du Point.
Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas d'animal politique qu'il s'agit, ni d'homme embourbé dans les méandres politico-judiciaires. Dominique de Villepin, ex-Premier ministre et nouvel avocat du barreau de Paris, se distingue par un nouvel écrit, Hôtel de l'insomnie. Une oeuvre réussie, où transparaît son goût du romantisme, incarné dans les poètes dont il se fait le laudateur.
Les tempêtes. Ceux qui ne l'aiment pas affirment qu'il les provoque; ceux qui l'aiment soulignent qu'il les affronte. On s'accordera à dire qu'il n'observe pas la grêle dévaster des champs de vie entière derrière une fenêtre à double vitrage. Dominique de Villepin, Premier ministre de la France de 2005 à 2007, ne sait pas vivre les bras croisés. Il est ainsi fait. Orgueilleux, singulier, excessif, tourmenté. La victoire l'exalte (comme tout le monde); la défaite l'exhorte (comme personne). C'est sa faille et sa force. Un goût du romantisme hors cadre. On sent bien qu'il accepterait d'être mis à terre mais uniquement par un désastre tombé du ciel. Il est entré dans le monde politique, certain de tutoyer grands hommes et hauts faits. Il a découvert avec fracas, à force de croiser valets et pantins dans les allées du pouvoir, que les êtres de chair et de sang se rencontraient avant tout en littérature. Il revient donc, aujourd'hui, avec Hôtel de l'insomnie. On n'y trouve aucun propos sur ses désastres (la dissolution de l'assemblée nationale en 1997), ses réussites (la baisse du chômage), ses échecs (la crise du CPE), ses gloires (le discours antiguerre à l'ONU en 2003), ses orages (l'affaire Clearstream). Mais, en même temps, tout est là. L'auteur du Soleil noir de la puissance (Perrin, 2007) y parle, à travers Borges, Bataille, Baudelaire, Pascal, Césaire, Kafka et beaucoup d'autres, de la littérature comme d'une poigne intérieure.
"Pour rester vivant, il faut se transformer"
Dominique de Villepin, assis dans son bureau du Centre de conférences internationales, converse avec les mains. Comme tous ceux dont une courtoisie d'adulte peine à éteindre une colère d'adolescent. Il évoque son lien fou et fort avec la littérature. "Je ne mets pas la beauté et le talent sur une étagère. Les grands auteurs sont au rendez-vous des moments importants de notre vie. J'ai écrit Hôtel de l'insomnie durant ma deuxième année d'exercice à Matignon, en début de nuit. C'est une année de questionnement. J'ai voulu établir une continuité humaine avec mon action d'homme politique. C'est-à-dire rester sur un travail de conscience. Je serais incapable d'écrire un livre d'anecdotes politiques pour distribuer les bons et les mauvais points. Je ne l'ai jamais fait; je ne le ferai jamais. Ce n'est pas mon rapport à la littérature. Hôtel de l'insomnie est un livre de nécessité. J'avais besoin de l'écrire pour être capable d'aller au jour suivant."
Hôtel de l'insomnie, bien loin du trop pompeux et trop fougueux Eloge des voleurs de feu (Gallimard, 2003), se révèle une réussite. Dominique de Villepin y raconte, à voix haussée et à voix cassée, des vies et des oeuvres d'écrivains soudées par le courage. Comment affronter la peur de soi et des autres dans un monde déchiré? Chacun des auteurs choisis aide à rester à vif. "Il faut être une conscience qui réfléchit et qui agit. Ne pas s'installer. Etre dans la prise de risque. Savoir dépasser les frontières dans lesquelles on est enfermés. Pour rester vivant, il faut se transformer. Je veux montrer, dans mes livres, comment un homme arrive à changer et comment, quand il ne peut plus changer, il dépérit. Le mauvais sort peut parfois être une bonne chose. Les épreuves permettent d'aller au bout de soi-même."
"La poésie est une manière de se désinstaller"
On croise sans surprise, dans Hôtel de l'insomnie, Rimbaud, Darwich, Artaud, Char. Les plus belles pages sont celles consacrées à Fernando Pessoa. L'auteur du Livre de l'intranquillité, aux multiples noms d'emprunt, incarnation de la "grandeur obscure". Dominique de Villepin, homme aux visages contrastés, complexes, contrariés, contradictoires, saisit avec fulgurance ce que c'est que d'avoir plusieurs personnalités en une seule. Une paix intérieure toujours au bord de la guerre extérieure. L'amour de la littérature aide à être mais pas forcément à faire.
Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, raconte les années Matignon 2005-2007 dans Des hommes d'Etat (Grasset, 2008). Il y a cette scène où Nicolas Sarkozy (trop de son temps) somme, sur le mode humoristique, Dominique de Villepin (pas assez de son temps) de choisir entre la poésie et la politique. Ça sera la poésie parce que la beauté peut être l'affaire d'une vie entière. Dominique de Villepin nie, bien sûr, avoir à choisir entre les deux. "Je ne vis pas dans la nostalgie d'un ailleurs. Je veux vivre mon siècle et mon pays. La poésie est une manière de se désinstaller. Comment éviter, lorsque l'on est au pouvoir, d'être son propre objet d'ambition? La politique est pleine de miroirs. On devient vite prisonnier du regard des autres avec le risque de ne plus s'appartenir. Il faut se ressourcer. Etablir une pudeur, un silence, un mystère. On se retrouve sinon coupé de sa réalité: on n'est plus qu'un reflet."
Hôtel de l'insomnie ne contient aucun règlement de comptes. C'est presque pire. Le livre tout entier, par les auteurs vénérés, définit une conduite de vie. "J'ai été marqué, dès la cour de récréation, par tout ce qui touche à l'ironie et à la dérision. Je suis porté par le partage. J'ai choisi, dans Hôtel de l'insomnie, des êtres rugueux, ancrés dans la réalité, courageux, qui ne jouent pas avec les idées et les mots. Des êtres qui paient comptant."
"Je ne m'aime pas, je me suis assumé"
Dominique de Villepin y cite le télégramme de l'explorateur Jean Charcot envoyé à l'Académie des sciences: "Avions rêvé davantage. Avons fait du mieux possible." Hôtel de l'insomnie n'est pas un adieu à la politique. "On peut vivre de mille regrets. Mais j'ai poussé à l'extrême ce que je pouvais donner, j'ai eu la conscience tragique de l'action que je menais. La politique a des travers. Car parfois, pour atteindre un but, il faut prendre des chemins détournés." Dominique de Villepin, qui vient de prêter serment pour devenir avocat, se retrouve à un tournant de sa vie. Mais il donne l'impression de s'aimer beaucoup trop pour ne pas penser que seuls les autres ont tort. "Je ne m'aime pas. Je me suis construit à partir d'épreuves et de déchirures. Je me suis assumé, dès enfant, dans ma différence. On n'est pas tous pareils. Je peux paraître hautain parce que je ne me donne pas d'emblée. Mais, pour employer un mot que je déteste, je ne deale jamais. Je mets du poids dans ce que je fais."
On n'entend pas tout et le contraire de tout sur lui. Il se lie et se délie dans l'éclat. De la meilleure amie (la réalisatrice Danièle Thompson) au meilleur ennemi (le journaliste Franz-Olivier Giesbert). On dit Dominique de Villepin fidèle et rancunier. "Mes rancunes ne bronchent pas. Mais comment est-ce qu'on réinvente une relation avec quelqu'un, quand on a le sentiment d'avoir été trahi? C'est difficile mais pas impossible."
Hôtel de l'insomnie est écrit pour éloigner rancunes et amertumes. Dire son admiration (René Char); faire partager (Paul Celan). Dominique de Villepin jure ne pas (ne plus) avoir besoin de reconnaissance. "C'est un des fossés entre Nicolas Sarkozy et moi. Je lui ai dit, dès le premier jour, que je ne serai pas candidat. Il ne m'a pas cru. Il n'a jamais voulu comprendre que je ne voulais rien." Dominique de Villepin assure que l'on peut vivre une vie d'homme sans aucune gloire. "La discrétion est une qualité essentielle. Je regrette de ne pas avoir été plus discret par le passé." On ne sait s'il dit faux, s'il dit vrai, s'il a changé, s'il a encore changé. Il a découvert de nombreuses fois de petites plaquettes de poètes inconnus aux mots bouleversants. Il a vu de nombreuses fois des plaques de résistants morts pour la France dont on ne sait plus rien aujourd'hui. On passe sa vie sans laisser de trace et ça n'a aucune importance. Ça ne se joue pas comme ça. Dominique de Villepin dit que les raz de marée assumés et regardés bouleversent en profondeur un homme. On rencontre d'autres gens; on entend d'autres voix; on voit d'autres paysages. Car c'est uniquement ça qu'il ne faut pas: que la vie passe sans laisser de trace.
Hôtel de l'insomnie, de Dominique de Villepin. Plon. 200 pages, 19 euros (en vente le 30 janvier).
Villepin est en passe de devenir un auteur à succès. Son dernier roman historique consacré à Napoléon a fait un tabac.
Son ancien directeur de cabinet lui aura grillé la politesse en publiant lundi 8 janvier Des hommes d'État. Dominique de Villepin a différé la sortie de son dernier livre au 31 janvier. Lui aussi a décidé de raconter son expérience à Matignon mais sous un angle à cent lieues de la politique. Le titre de ce journal de bord : Hôtel de l'insomnie, qui sortira chez Plon. L'ex-premier ministre raconte ses nuits de travail dans l'enfer de Matignon où il n'a tenu, de son propre aveu, que grâce à la lecture assidue de ses poètes et écrivains favoris : Rimbaud, Baudelaire, Césaire, Darwich ou Lorca. Villepin est en passe de devenir un auteur à succès. Son dernier roman historique consacré à Napoléon (Le Soleil de la puissance, Perrin) a fait un tabac. Il prépare le tome III. Sa bonne fortune éditoriale tranche avec ses déboires judiciaires. Mis en examen dans l'affaire Clearstream, il enchaîne depuis sa sortie de Matignon les rendez-vous chez les juges en attendant un lointain procès. Pour l'heure, cette instruction l'entrave au point de lui interdire tout contact avec Jacques Chirac et… Bruno Le Maire. Voilà qui devrait compliquer la promotion de leurs livres.
D'après le classement Ipsos/Livres Hebdo, qui établit les meilleures ventes de livres pour la semaine du 7 au 13 janvier, Madame, Monsieur bonsoir... : Les dessous du premier JT de France, livre collectif dénonçant les méthodes d'information utilisées à TF1 écrit par des journalistes de la chaîne restés anonymes, est quinzième du classement. Il est paru le 10 janvier aux éditions du Panama.
Il est suivi par Des Hommes d'Etat, de Bruno Le Maire. L'auteur y relate au jour le jour les relations entre Jacques Chirac, son ancien Premier ministre Dominique de Villepin, et Nicolas Sarkozy, alors qu'il exerçait lui-même les fonctions de directeur de cabinet de Dominique de Villepin.
Le conseiller spécial de Villepin était aux premières loges pour observer l'affrontement entre son patron et Sarkozy. Résultat : des scènes inédites et un portrait parfois cruel de l'actuel président Extraits (p. 111 et 353).
12 juillet 2005, Paris, jardin du musée Rodin
Nicolas Sarkozy, que je raccompagne sur le perron de Matignon, me prend par le bras : «Venez ! On va faire quelques pas ensemble ! Venez !» Nous remontons la rue de Varenne. Le trottoir est étroit, encombré de cars de CRS et d'échafaudages. Nous avons du mal à marcher de front. Il salue les passants, les policiers. Quand il s'appuie sur mon épaule, je remarque que le rythme syncopé de sa démarche épouse le rythme de ses phrases, comme un déséquilibre léger, un déhanché qui le porterait toujours, lui et sa parole, vers l'avant : «Bon, Bruno, tout cela ne se passe pas trop mal avec Dominique. Il y a un débat, la presse nous oppose, mais cela reste correct.» Et comme s'il voulait s'assurer de nos intentions pour, le cas échéant, ajuster les siennes : «Personne ne franchit la ligne jaune, hein ?» Il regarde à droite, à gauche, me donne parfois de légères bourrades dans les côtes, il parle et salue alentour. Nous sommes arrivés à l'entrée du musée Rodin : «C'est pas mal ici. On peut rentrer, non ? Allez, on rentre.» Il me parle et il ne me parle pas, il glisse des avertissements, il évalue l'adversaire et ses conseillers, il séduit, questionne, affirme, avance au pas de charge sans un regard pour La Porte de l'Enfer ou Les Bourgeois de Calais. Ici, pour la première fois, je remarque qu'il est tout entier à sa conquête. Il a sacrifié ce que Dominique de Villepin ne sacrifiera pas, que je ne saurais pas définir, qui n'a pas de nom sans doute, la part de soi-même qu'on abandonne sur le chemin du pouvoir. Nicolas Sarkozy n'est pas dans le jardin du musée Rodin, dont il se moque comme d'une guigne, pas davantage avec moi, dont il a épuisé l'intérêt en quelques mètres, mais déjà ailleurs et après. 26 juillet 2006, Ravello Admirant la vue d'un petit chemin dallé qui conduit à la villa Cimbrone, seul, un peu avant midi, mon portable sonne. «Monsieur Le Maire ? Je peux vous passer le ministre d'Etat ? [Nicolas Sarkozy. NDLR]» En dessous de moi se trouve un potager. Face au petit chemin, de l'autre côté de la vallée, à une centaine de mètres à vol d'oiseau, une église romane. «Bruno ? Dites-moi, le numéro de Goulard et Mariton, les deux qui me prennent en tenaille le dimanche et le lundi, vous croyez que ça m'a échappé ?» Un peu surpris, ignorant de quoi il retourne, je répète deux ou trois fois, assommé de soleil : «Je vais regarder, je vous assure qu'il n'y a rien de concerté, je vais regarder, tout cela me paraît très surprenant.» Deux garçons d'une trentaine d'années, moulés dans des jeans étroits, s'arrêtent à ma hauteur. «C'est ça, regardez, Bruno ! Regardez bien ! Mais je vous le dis, vous n'avez pas fini d'en entendre parler !» Ils montrent du doigt un légume de forme allongée, le plus jeune demande sur un ton lent et faussement innocent : «C'est quoi ça, à ton avis ?» Dans le portable la voix devient plus grave : «Votre fusion Gaz de France, je peux vous dire, si vous continuez comme ça, vous allez voir, ça va être rock'n roll !» «Une courge ! Tu vois bien que c'est une courge, grand nigaud !» Ils pouffent de rire tous les deux. «Je vous le redis, rock'n roll.»
Notre avis. Il faut toujours se méfier d'un normalien. Tôt ou tard, même chez ceux qui ont abandonné la littérature pour la politique, les démangeaisons d'écriture l'emportent sur toute autre considération. Comme la déontologie à laquelle sont censés se soumettre les conseillers ministériels. On n'en voudra pas trop à Bruno Le Maire, témoin direct d'un affrontement de dix-huit mois au sommet de l'Etat, d'être passé outre à son devoir de discrétion. Car non seulement le conseiller spécial de Dominique de Villepin à Matignon tire profit d'une matière riche - il retranscrit de nombreuses scènes dont il a été le seul témoin ou presque, jouées par Chirac, Villepin et Sarkozy, de 2005 à 2007 -, mais, en plus, il a du style. Un réel talent pour s'effacer tout en se mettant en scène, montrant la vanité de la vie politique en regard de sa vie familiale sacrifiée. La politique qu'il a finalement choisie comme carrière en devenant député...
" Nous voici à ce point crucial où s'entrevoit la possibilité d'une réconciliation entre la puissance et la grâce, entre le ciel et la mer, entre le requin et la mouette, parfaite alliance des contraires célébrée par les philosophes et les poètes. Oui, une nouvelle fraternité est possible. Un sens est possible. Des valeurs existent, qui méritent d'être défendues. Ce livre n'a pas d'autre objet que d'évoquer notre parcours commun pour progresser d'un pas plus sûr dans la voie de demain. " Dominique de Villepin
L'ancien Premier ministre français était l'invité de la rédaction du Soir, quotidien belge. L'occasion, sans avoir l'air d'y toucher, de poser un regard critique sur la crise politique belge et sur Nicolas Sarkozy...
La Belgique ? Une étape dans la promotion de son dernier livre sur Napoléon, bien sûr. Mais pas seulement. Dominique de Villepin entretient, dit-il, un lien affectif avec la Belgique. Son père y est né... L'ancien premier ministre français a passé deux heures hier matin au cœur de la rédaction, commentant tous les sujets de l'actualité du jour. La Belgique et ses revendications identitaires « qui peuvent paraître complexes quand on entre dans la logique interne mais dérisoires quand on les regarde de l'extérieur », dit-il. Les élections américaines, la situation au Darfour, le conflit au Proche-Orient.
Mais celui qui a prêté mercredi serment d'avocat au barreau de Paris s'est évidemment longuement étendu sur la politique française. En n'esquivant aucune question. Du « off » ? « Pour quoi faire ? », a courtoisement décliné Dominique de Villepin. Se définissant lui-même comme un « homme à part » sur l'échiquier politique et disposant de toute sa liberté de parole depuis qu'il a quitté le pouvoir, l'ancien hôte de Matignon ne s'impose aucun devoir de réserve.
Souvent présenté comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy en l'absence d'une gauche offensive, Dominique de Villepin refuse l'étiquette qu'on lui prête. Mais cela ne l'empêche pas de poser un regard critique sur les premiers mois de mandat du chef de l'Etat.
La « politique de civilisation » désormais chère au Président ? Dominique de Villepin fronce le sourcil. « J'ai beaucoup d'estime pour Edgar Morin (le philosophe auquel le concept est emprunté), mais j'aimerais mieux que l'on parle d'une politique “des” civilisations. Il n'y a pas de droit à s'arroger “la” civilisation. »
L'ancien premier ministre sait gré à son ancien rival d'avoir engagé des réformes importantes. « Revoir le temps de travail, c'était nécessaire », dit-il. Il l'encourage à aller de l'avant pour réformer l'éducation, la recherche, les universités. Mais pour aussitôt mettre le Président en garde contre une boulimie de réformes menées tambour battant. « La France est dans une période difficile de son histoire. Il faut toujours s'assurer que les Français gardent confiance. Le risque, si on se disperse, c'est de susciter l'inquiétude, surtout si l'on s'attaque à des réformes qui peuvent dresser une partie de la France contre l'autre. Et un pays qui a peur, c'est un pays qui se crispe. La difficulté, c'est de vouloir tout réformer en même temps. D'autant que les résultats ne sont jamais immédiats. »
A propos de résultats, Dominique de Villepin ne cache pas le peu d'enthousiasme que lui inspire le principe de faire évaluer les ministres du gouvernement par un cabinet privé. « Un ministre doit lui-même se livrer à un exercice quotidien d'autoévaluation. L'évaluation, ce n'est certainement pas quelque chose que l'on peut confier à un cabinet privé. De toute façon, au bout du compte, c'est le peuple qui juge », tranche-t-il. Avant que l'ancien premier ministre se fasse encore beaucoup plus piquant. « Quand je dirigeais le gouvernement, c'est simple, j'ai pu constater que les ministres les plus populaires n'étaient pas toujours les plus efficaces. » Il ne dira pas, bien entendu, s'il fait allusion à son ancien ministre de l'Intérieur...
Dominique de Villepin met actuellement la dernière main à un livre qui racontera ses deux ans à Matignon. Le titre s'annonce déjà révélateur : L'hôtel de l'insomnie. C'est que l'homme plaide pour un « devoir de gravité » en politique et décrit un climat d'inquiétude intérieure permanente dans l'exercice du pouvoir. Un concept qui paraît en total décalage avec le style du nouveau locataire de l'Elysée.
Comment juge-t-il d'ailleurs la « pipolisation » actuelle et la communication faite autour de la vie privée de Nicolas Sarkozy ? Sans langue de bois. « Si vous appréhendez Napoléon sous le seul angle de Joséphine ou de Marie-Louise, vous n'irez pas très loin. S'attarder à ces choses-là permet peut-être de mieux comprendre l'homme. Mais cela ne dit rien de son action. Vingt ans après, au regard de l'histoire, il n'en reste que de l'écume. » Et de se faire plus vif encore : « La communication, ce n'est pas de la politique. C'est une vérole. Il faut mettre de côté ces écrans de fumée, ces volûtes. Distinguer l'essentiel de l'accessoire. »
Et puisque le voici dans la peau du rédacteur en chef d'un jour, il pose son regard sur la presse française. Un problème d'hyperconcentration et de mainmise des groupes industriels ? Il acquiesce. « Ce qui donne une oscillation permanente entre un excès de servitude et un excès de lynchage. » Mais que l'on n'en conclue pas qu'il parle d'expérience, depuis sa mise en examen dans l'affaire Clearstream…
Source : Le Soir
Dominique de Villepin: "La responsabilité des hommes politiques, c'est de ne pas céder aux tentations de la vie partisane"
Entretien entre Dominique de Villepin et le journal La Libre Belgique. L'ancien Premier Ministre parle de Napoléon Bonaparte et de Nicolas Sarkozy, évoque la difficulté d'exercer le pouvoir et donne sa conception de la place de la France dans le monde...
Qu'est-ce qui vous fascine dans le destin de Napoléon ? Fut-il le sauveur ou le fossoyeur de la Révolution française ?
L'intérêt, je le porte à l'homme lui-même et plus encore à l'importance de cette période pour l'Histoire de la France et de l'Europe. La préoccupation de Bonaparte est tout d'abord de chercher à réconcilier les Français et à ramener dans son lit la Révolution sans pour autant la renier puisqu'il est celui qui asseoit la propriété, l'égalité, celui qui cherche à développer le mérite.
Il est vrai que ceci se fait en grande partie au détriment de la liberté. Mais sans doute davantage dans les années qui suivront que dans les premières années consulaires, parce que le pouvoir personnel se renforcera. Plus le régime se fragilisera, plus les difficultés seront nombreuses, plus cela se fera au prix des libertés, de l'avènement d'une cour et d'une concentration du pouvoir.
Il faut quand même souligner ce génie de Bonaparte qui consiste à être capable de refonder le pacte entre le pouvoir et la société et à doter la France d'un certain nombre de grandes institutions modernes : le Code civil, le Concordat, la situation préfectorale, la refonte économique et financière. Tout ceci permet d'asseoir la France nouvelle.
Napoléon Bonaparte réussit l'alchimie des contraires. C'est un homme de pouvoir et de conquête et un homme qui a conscience de la fragilité, de la précarité de tout. Il sait en même temps réussir cette alchimie entre le chef de guerre et l'homme politique. C'est un homme qui a une intuition, une compréhension, une philosophie du pouvoir.
Y a-t-il du Napoléon dans Nicolas Sarkozy ? Vous écrivez à propos de Napoléon cette phrase qui, pour partie, pourrait décrire Nicolas Sarkozy : "Nul mieux que Napoléon n'incarne cette course contre le temps, cette lutte contre l'esprit de cour et les conservatismes qui incombe au responsable éphémère du destin d'un peuple".
Certaines situations de pouvoir peuvent être comparables; on s'enrichit toujours d'une réflexion historique. Mais les comparaisons ne doivent pas conduire à des caricatures; on est dans un autre temps de l'Histoire et devant des tempéraments politiques tout à fait différents. On est devant des hommes dont le rapport à l'Histoire, au pouvoir, n'est pas du tout comparable.
Ce qui est vrai, c'est que les enjeux de pouvoir vous confrontent souvent à des situations qui, elles, peuvent être comparées et dont il faut s'instruire. Que le pouvoir ait tendance à vous isoler, à vous couper d'un certain nombre de réalités ou de forces; que le rôle de la cour reste puissant parce qu'il se développe dans l'entourage du pouvoir, cela me paraît être une constante. C'est vrai en France et ailleurs.
Tout homme politique est bien inspiré quand il essaye d'éviter un certain nombre d'effets pervers, de situations dangereuses et quand il prend en compte des aspirations profondes. En politique, il faut savoir se référer à des principes, à des exigences et constamment se remettre en question. C'est un travail incessant parce qu'il est vrai que la tentation naturelle du pouvoir est de perdre de vue un certain nombre de ces exigences. Il faut se les rappeler et il faut être capable de s'entourer de gens qui vous les rappellent. C'est difficile car c'est aller contre les flatteurs et contre ceux qui ont intérêt à avoir une prise sur vous.
Vous qui avez été le ministre des Affaires étrangères d'une France qui s'est opposée aux Etats-Unis sur la guerre en Irak, n'êtes-vous pas heurté par une certaine complaisance de la diplomatie française actuelle à l'égard de la politique américaine ?
Loin de moi l'idée de faire de quelconques procès d'intention au Président de la République ou au gouvernement, ce qui m'importe, c'est l'action. Dans les responsabilités qui ont été les miennes et qui sont les miennes aujourd'hui, il y a l'exigence de vigilance.
Ce que je souhaite, c'est que mon pays n'oublie pas les réalités du monde d'aujourd'hui et les grands principes qui fondent notre diplomatie : la paix, la justice et l'indépendance. Il faut savoir dans quelles circonstances et dans quelles situations, la France peut être le plus efficace.
Je ne crois pas, par exemple, que ce soit en revenant dans les instances militaires de l'Otan que la France soit le plus crédible, le plus efficace et le mieux entendue.
De la même façon, je crois que la France a la chance d'être comprise, attendue, espérée dans un certain nombre de régions du monde vis-à-vis desquelles nous avons des responsabilités. La France a toujours été à la croisée des différents mondes, à la croisée du Sud et du Nord. Le général De Gaulle avait très bien compris que la France avait cette vocation charnière. Dans le monde d'aujourd'hui, quand on est porteur de cette diversité, c'est une chance. Le monde a besoin de médiateurs, de gens qui permettent à l'esprit de tolérance et de dialogue de se développer.
Je pense que la Belgique, de la même façon, a cette expérience, cet héritage de la diversité, la connaissance de l'Afrique, que nous partageons. Cette diversité culturelle qui vous incarne et que vous représentez, c'est une chance pour la Belgique. Il est vrai que dans des moments de difficulté, la tentation peut être à la division, à la récrimination et à la frustration. Il faut être plus fort que cela. La responsabilité des hommes politiques, c'est de ne pas céder aux pulsions, aux tentations de la division, aux tentations de la vie partisane... C'est au contraire de s'élever.
Vous évoquez, dans votre livre, la solitude du pouvoir. Etes-vous confronté aujourd'hui à la solitude d'une personnalité mise en cause dans une affaire judiciaire, l'"affaire Clearstream" ?
Non. Quand on est un homme public, la première chose qu'il faut éviter de faire, c'est de s'attarder sur soi-même. Je n'ai jamais voulu, tout au long de ma vie, m'attarder sur des sentiments comme l'amertume, le regret. Il faut au contraire rester soucieux de l'action, de la réflexion, et apporter des réponses.
Quand on est confronté, comme c'est le cas que vous évoquez, à une situation où, bien que vous ayez fait votre devoir, on veut malgré tout vous mettre en cause, votre responsabilité, c'est d'expliquer les choses.
Je ne suis pas dupe de certaines exploitations politiques ou médiatiques dans un dossier comme celui-ci. Ce que je sais, c'est que la mise en cause est infondée et que la réalité de ce dossier n'a rien à voir avec ce qui est dit. C'est un dossier d'une tout autre nature, internationale, industrielle. C'est une tout autre histoire que celle qu'on a voulu raconter. Je n'ai fait que mon devoir de ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères.
En déplacement à Saint-Brieuc puis sur France 2, l'ex-candidate socialiste appelle elle aussi à faire des municipales «un test national». «Nicolas Sarkozy aime bien qu'on le prenne au sérieux. Eh bien, moi je dis: topons-là. Prenons Nicolas Sarkozy au sérieux et faisons de ces élections municipales un test national». Ségolène Royal a lancé samedi soir sur France 2 un défi au chef de l'Etat.
Nicolas Sarkozy a dit et répété, notamment lors de sa conférence de presse mardi dernier, qu'il s'engagerait personnellement dans la campagne des municipales, «pour mobiliser notre électorat et pour dire que les forces du changement, du mouvement, que les forces de la modernité se rassemblent et s'expriment».
Ségolène Royal donc choisi de le prendre au mot, en attaquant sa politique, notamment sur ce qu'elle appelle plus volontiers la «vie chère», le pouvoir d'achat. «Si nous pensons qu'il a été le président du pouvoir d'achat» comme il l'avait promis lors de la campagne présidentielle, «alors prenons-en acte. Et si ça n'est pas le cas, votons donc massivement pour la gauche»,
Présentation de l'éditeur Napoléon, Moise, Martin Luther King, John Fitzgerald Kennedy, Mère Teresa, prophètes, chefs d'Etat ou religieuse, ils font partie de ces grandes figures qui ont su trouver aux moments cruciaux de l'histoire les mots pour changer les choses...
Biographie de l'auteur Kevin Labiausse est professeur certifié d'histoire géographie, rédacteur pour la revue Historiens et Géographes et collaborateur aux publications scolaires chez Hachette Education.
François Bayrou ne s'est pas rendu à l'Elysée, mercredi 9 janvier, pour assister à la cérémonie des voeux à laquelle Nicolas Sarkozy avait convié les parlementaires. "Comme vous le savez, j'ai refusé d'appartenir à cette majorité, a rappelé le député (non inscrit) des Pyrénées-Atlantiques lors de sa propre présentation des voeux à la presse. Tous les jours qui passent, je vérifie ce que cette intuition avait de fondé."
Le président du Mouvement démocrate dresse un bilan univoque de l'action du chef de l'Etat : "confusion", "tournis", "une politique de l'éphémère entièrement concentrée sur la communication"... M. Bayrou cite à l'appui de sa démonstration la succession des annonces en matière de pouvoir d'achat. "On a une impression d'improvisation, d'influences contradictoires, de foucades, toujours assénées sur le même ton volontariste. Mais où est la logique ?, s'interroge-t-il. Entre le "tout est possible", ce qui était évidemment un leurre, et "les caisses sont vides", ce qui est la vengeance de la réalité, entre "heures supplémentaires" et "fin des heures supplémentaires", il ne s'est pas écoulé huit mois."
L'ancien candidat à l'élection présidentielle décrit en ces termes la psychologie de celui qui l'a emporté : "Il y a un côté puéril, enfantin, dans cette idée qu'on va tout mettre par terre et tout reconstruire, sans réflexion préalable, sans concertation." M. Bayrou discerne un comportement "régressif". "C'est la sagesse qui aujourd'hui manque le plus", déplore-t-il.
Reprochant au chef de l'Etat de vouloir "décider de tout au sommet", M. Bayrou relance l'accusation que M. Sarkozy avait rejetée lors de sa conférence de presse du 8 janvier : "Le pouvoir d'un seul homme, c'est bien cela qu'on appelle monarchie, pouvoir d'un seul, et pas hérédité. Simplement, il y a des monarchies héréditaires et des monarchies électives", précise-t-il.
Autre reproche adressé à M. Sarkozy : sa "dépendance" vis-à-vis des "puissances". "Le président de la République ne doit pas être l'obligé, pour ses déplacements et ses vacances, ou son confort, de l'une ou l'autre des puissances financières ou étrangères qui peuvent avoir intérêt à ces liens d'obligation", souligne le président du MoDem.
M. Bayrou se dit convaincu que ces "dérives" vont provoquer un mouvement de "résistance". "La France éternelle est en désaccord avec celui qui la gouverne", assure-t-il. "Le jour viendra où les Français comprendront qu'ils sont victimes de ce perpétuel abus de pouvoir, affirme le président du MoDem. Nous serons au rendez-vous."
Une discrète bataille se joue entre les assureurs privés et les promoteurs d'une garantie universelle pour couvrir le risque d'impayés de loyers. Le 29 novembre 2007, Nicolas Sarkozy avait annoncé l'ouverture de "négociations" pour instaurer un système de "mutualisation publiquequi permette de ne pas demander de caution". Le 11 décembre, le chef de l'Etat était allé plus loin en évoquant une "mutualisation des risques pour tous".
Jusqu'ici, la "garantie des risques locatifs" (GRL) ne s'applique qu'aux locataires ne présentant pas les critères de solvabilité exigés - les assureurs privés gardant le marché des locataires aisés. Les bailleurs qui acceptent de louer leur logement à des personnes modestes peuvent souscrire un contrat d'assurances contre les risques d'impayés auprès d'un assureur conventionné "GRL". Les assureurs conventionnés bénéficient, en cas de sinistre, d'une compensation versée par un fonds de garantie universelle des risques locatifs.
Mais, à terme, il est envisagé de permettre à chaque bailleur qui le souhaite d'y souscrire, que son locataire soit pauvre ou riche. Ainsi, disent les partisans de cette "universalisation", le risque de stigmatisation des locataires fragiles serait atténué et le fonds trouverait plus facilement son équilibre financier.
MAUVAIS PAYEURS
Mais les assureurs privés ne sont pas d'accord. Ils refusent de perdre un marché énorme, tout nouveau. Et rentable : le risque d'impayés est évalué à 2 % ; "autrement dit, 98 % des locataires ne posent pas de problème", explique Reine-Claude Mader, de l'association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV). Des assureurs ont menacé d'attaquer la France devant la justice européenne pour "concurrence déloyale".
Pour Jean-Luc Berho, vice-président du "1 % logement", il n'est pas acceptable de vouloir "mutualiser les risques et privatiser le profit".
Dans ce contexte, la CLCV appelle à la création d'un "fonds de garantie universel et mutuel" pour tous et démontre sa viabilité économique. "Ce fonds pourrait être financé par le dépôt du mois de garantie versé par les locataires, par une contribution des bailleurs évaluée à 0,75 % du revenu locatif et par l'Etat." Il permettrait de couvrir le risque d'impayés et de dégradation du bien loué, indique la CLCV, qui évalue le besoin annuel de financement à 487 millions d'euros.
L'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) se range elle aussi dans le camp des promoteurs d'une GRL universelle. A condition, souligne Jean Perrin, son président, que le coût soit également supporté par le locataire et l'Etat. " Et le fonds doit rester assurantiel, je ne fais pas confiance à l'Etat pour faire la chasse aux mauvais payeurs", dit-il.
Pour aboutir sur ce dossier sensible, deux personnalités ont été chargées par le gouvernement de rendre des propositions d'ici au 31 janvier. L'enjeu est de trouver un montage qui sécurise tout le monde : le bailleur qui craint de louer son bien à un locataire indélicat et le candidat modeste à la location qui ne parvient pas à accéder à un logement.
Selon une source judiciaire, Dominique de Villepin a demandé son inscription au barreau de Paris. Celle-ci doit être examinée mercredi 9 janvier. L'ancien premier ministre pourrait même prêter serment dans la foulée.
Le site Internet de L'Express affirmait mardi que ce diplomate de carrière, chef du gouvernement de 2005 à mai 2007, "va endosser sa robe lors de la cérémonie solennelle qui se déroule chaque année dans les locaux de la première chambre de la cour d'appel de Paris", en présence du bâtonnier de Paris, Me Christian Charrière-Bournazel. Contacté par l'AFP, le bâtonnier n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.
Selon le magazine, M. de Villepin deviendrait avocat "sur dossier", sur la base de ses diplômes – notamment celui de l'ENA –, de son expérience professionnelle et grâce à la recommandation de deux membres du barreau.
M. de Villepin, qui n'avait pas pu être joint mardi soir, a été mis en examen fin juillet dans l'affaire Clearstream pour "complicité de dénonciation calomnieuse".
Cinq mois après Le Soleil noir de la puissance (Perrin), l'ancien Premier ministre, met la dernière main à son prochain livre, qui paraîtra début février. Il s'agit d'une réflexion sur l'exercice du pouvoir, s'inspirant de ces deux années à Matignon, dans un genre... poétique. Il y raconte notamment ses nombreuses insomnies et la peur qui le tenaillait face aux charges de sa fonction. Peur qu'il considère comme une valeur devant être réhabilitée en politique.
L'ouvrage de l'ancien Premier ministre s'intitulera
Hôtel d'insomnie (Plon)
On ne sait pas grand-chose de leur contenu, tant le secret est de rigueur. Mais nous avons recueilli quelques informations sur ces livres. Inutile de dire que le prochain roman d'Anna Gavalda est attendu par ses milliers de fans (Ensemble, c'est tout a dépassé le 1,5 million d'exemplaires vendus toutes éditions confondues). On sait qu'il devrait être publié pour le 11 mars, au Dilettante, et que la romancière travaille encore sur le texte, dont le titre n'est toujours pas arrêté. L'histoire ? L'auteur l'a résumée en quelques mots : «Charles Balanda, 47 ans, architecte à Paris, apprend incidemment la mort d'une femme qu'il a connue quand il était enfant et adolescent. Perd l'appétit, le sommeil, abandonne plans et projets et va essayer de comprendre pourquoi tout se fissure en lui. Et autour de lui.»
L'autre star de la rentrée de janvier est Jonathan Littell. Le Goncourt 2006 fera deux fois l'actualité au premier trimestre 2008. La sortie des Bienveillantes en édition de poche (début février en collection Folio) sera concomitante de la parution d'un essai biographique, Le Sec et l'Humide (Gallimard, «L'Arbalète»), où l'auteur évoquera Léon Degrelle, le leader rexiste belge, mort en 1994, après avoir servi dans la Waffen SS.
Enfin, le prochain livre de Dominique de Villepin est fortement attendu. Il devait s'intituler Journal d'insomnie, avant que l'auteur n'opte pour Hôtel d'insomnie (Plon), parution le 31 janvier. Au dire de Villepin, ce livre met en lumière les écrivains et les poètes qui l'ont accompagné durant son séjour à Matignon : «Aujourd'hui comme hier, la calomnie frappe avec un seul but, déchirer l'homme. Jeux anonymes, jeux de foule, mouvements de houle qui suit la rumeur. Écrire, non pas une chronique de la peur, mais le journal d'une veille sans répit, un journal contre la peur, enrichi du regard de fidèles compagnons de route.» On ne manquera pas de le lire entre les lignes.