Pour Dominique de Villepin, une véritable révolution à l'américaine consisterait, pour l'Elysée, à tenir un point de presse quotidien et, surtout, à "faire des réponses au fond" au lieu de s'efforcer de "corriger le tir."
"Ce qui est important en matière d'information journalistique, c'est d'apporter des éléments de fond aux journalistes et de ce point de vue, je crois qu'il y a encore du chemin à faire", a-t-il dit.
L'intégralité du débat avec Jean-Louis Missika, enseignant en communication politique à l'Institut d'études politiques de Paris, mercredi 05 septembre 2007
Politeia : La communication médiatique du paraître de M. Sarkozy marque-t-elle une conception nouvelle du métier de politicien ?
Jean-Louis Missika : La nouveauté n'est pas dans le paraître, parce que la politique, dans les démocraties, passe par un dialogue permanent entre gouvernants et gouvernés, notamment pendant les campagnes électorales par un travail de séduction et de conviction des candidats auprès des électeurs. Donc le paraître est consubstantiel à la politique. Mais Nicolas Sarkozy a poussé à son paroxysme cet usage des médias pour en faire un de ses principaux instruments de gouvernement.
Maxitof : La stratégie de Nicolas Sarkozy ne s'apparenterait-elle pas plus à du marketing politique qu'à de la communication politique ?
Jean-Louis Missika : C'est subtil, comme distinction. Marketing et communication dans l'entreprise ont toujours été liés. Le marketing politique fait référence à l'idée que la sphère politique est un marché dans lequel il y a des consommateurs de politique qui peuvent être analysés par cible et par catégorie, pour lesquels on va fabriquer des produits et une communication politique adaptés. Comme je viens de le dire, Nicolas Sarkozy a tendance à pousser à son extrême cette conception de la politique. Il n'empêche que la politique ne se réduit pas à ça et qu'à trop vouloir la faire entrer dans ce cadre, on peut avoir de mauvaises surprises.
gaetan : Selon vous, Nicolas Sarkozy peut-il tenir la distance ? Continuer à surenchérir en communiquant et en se montrant toujours plus ? Peut-on prévoir un revers de médaille prochain ?
Jean-Louis Missika : Il est clair qu'il ne pourra pas non seulement tenir ce rythme, mais surtout bénéficier durablement de l'effet de nouveauté qu'ont provoqué sa conception du rôle présidentiel et cette surmédiatisation. Il y a bien sûr un revers évident à la saturation médiatique, c'est l'usure de l'image et de la parole, la banalisation de la parole, et le risque de se contredire. On voit très bien qu'il sera plus difficile à Nicolas Sarkozy, s'il y a un deuxième acte pédophile qui se produit en France et qui émeut les Français, de tenir une position médiatique et un discours semblables à ceux qu'il vient de tenir dans l'affaire du petit Enis.
NICOLAS SARKOZY EST UN "VOLEUR DE LUMIÈRE"
Isabelle : A raison d'une intervention ou d'une proposition tous les jours, sur tous les sujets, n'y a-t-il pas un risque que rien ne reste au final des messages ?
Jean-Louis Missika : Nicolas Sarkozy est un homme politique intelligent, il a pesé les risques de sa stratégie médiatique. Je pense que le raisonnement qui sous-tend sa démarche est le suivant : aujourd'hui, l'événement, l'actualité, écrase tout le reste. Si un homme politique veut exister médiatiquement, il doit en permanence surfer sur l'événement et l'actualité. Un bon exemple est la lettre qu'il a envoyée à Angela Merkel à propos de la crise du "subprime" et de la nécessaire transparence des marchés financiers. Il a envoyé cette lettre dans un timing médiatique excellent, au sommet de la couverture médiatique de la crise. Du coup, il a été repris dans tous les médias, non seulement français, mais internationaux. Mais il a beaucoup irrité Mme Merkel parce que celle-ci avait mis le sujet à l'ordre du jour du G8 plusieurs mois auparavant, et a eu le sentiment que l'on se moquait d'elle. Nicolas Sarkozy est un "voleur de lumière" et il irrite aussi bien son premier ministre que la chancelière allemande. Et cela finira par avoir un coût politique.
arno50 : Le danger de répondre par une intervention médiatique à chaque fait divers n'est-il pas de se faire dicter sa politique par les médias ?
Jean-Louis Missika : A mon sens, il ne se fait absolument pas dicter sa politique par les médias, il se sert de l'actualité pour "dialoguer" avec les Français, montrer qu'il est sensible à leurs émotions et qu'il les partage. C'est ce que j'ai appelé avec d'autres la politique compassionnelle. Les médias, en l'occurrence, sont instrumentalisés, ils ne dictent rien du tout.
nelson : Est-ce que, à travers le monde, dans une démocratie, il y a un exemple similaire à Nicolas Sarkozy ? Un leader aussi dynamique, aussi omniprésent, qui veut être présent sur tous les fronts à la fois ? Combien de temps cela peut durer avant une "overdose" Sarkozy, avant que la popularité du personnage ne se retourne contre lui ?
Jean-Louis Missika : Le meilleur exemple à mon sens est Tony Blair, qui, lors de son premier mandat, a été omniprésent dans les médias. On se souvient par exemple du rôle qu'il a joué lors de la mort de la princesse Diana. Le film de Stephen Frears en a donné une lecture très intéressante. On voit d'ailleurs là un exemple typique de la politique compassionnelle, c'est-à-dire que Tony Blair avait compris, contrairement à la famille royale, la charge émotionnelle qu'a provoquée cette mort sur l'opinion publique anglaise, et a cherché à trouver le ton juste pour y répondre et s'en faire l'écho. La différence essentielle est que Tony Blair n'a jamais eu tous les pouvoirs comme Nicolas Sarkozy. Il avait en face de lui Gordon Brown dans son propre camp, dont on ne voit pas l'équivalent en France. Il y a deux manières de tirer des enseignements de l'exemple Blair : soit se focaliser sur ses trois réélections, soit examiner sa cote de popularité au moment où il a quitté le pouvoir. Cette cote était mauvaise et son conflit avec les médias anglais était d'une violence inouïe. Il les a même traités de "bêtes sauvages".
vinc : La technique de communication de Nicolas Sarkozy peut-elle être comparée à celle de M. Berlusconi, qui avait toujours son mot à dire sur tout ?
Jean-Louis Missika : La comparaison Sarkozy-Berlusconi me paraît moins pertinente que celle entre Sarkozy et Blair. Silvio Berlusconi est un cas exceptionnel d'un magnat des médias qui conquiert le poste de premier ministre tout en continuant à contrôler et gouverner son empire médiatique. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, pas de contrôle direct, mais des "amitiés", un peu comme on a parlé de l'amitié entre Blair et Murdoch. En revanche, je ne comparerai pas la façon de Berlusconi de commenter l'actualité sans nécessairement vouloir apparaître comme un homme d'action qui veut changer cette actualité, avec celle de Sarkozy qui, lui, intervient sur un événement, notamment un fait divers, a tendance à présenter des mesures d'urgence et un plan d'action.
Maxitof : La perception de Nicolas Sarkozy à l'étranger est différente de ce qu'elle est en France. Est-ce qu'on peut dire que les médias français sont incapables d'avoir du recul sur les discours et les sujets politiques du moment ?
Jean-Louis Missika : D'abord, la perception de Sarkozy dans les médias étrangers est très contrastée. Il a été très critiqué en Allemagne et dans quelques autres pays européens pour son "cavalier seul" en Libye. La presse économique européenne se méfie de son discours anti-Banque centrale européenne et de son étatisme plus que de son libéralisme. Les journaux américains sont encore sous le charme. Quant à la presse française, elle est tiraillée entre plusieurs problèmes : d'abord, le rythme infernal des apparitions médiatiques et des sujets traités par Nicolas Sarkozy. Comment, par exemple, parler durablement de la crise de la Sécurité sociale ou de la compétitivité de la France lorsqu'il publie une lettre à 800 000 enseignants ? Ensuite, il y a la prolongation de l'état de grâce. L'opinion publique française est encore largement favorablement disposée à l'égard de Nicolas Sarkozy. Enfin, il y a la difficulté à trouver le bon angle d'attaque, à trouver la piste critique qui va faire sens et montrer une des failles du système.
Fantasio : Aux Etats-Unis, le président communique bien plus que les présidents français jusqu'à présent. Les journalistes français ne se posent pas la question de "trop de communication" dans le cas des Etats-Unis. Nicolas Sarkozy, dans son style, ne se rapproche-t-il pas tout simplement de cela ? Le problème n'est-il pas plus institutionnel que sur l'efficacité de la communication de Nicolas Sarkozy ?
Jean-Louis Missika : Oui, le problème est institutionnel. La France n'est pas dans un modèle de Constitution semblable à celui des Etats-Unis, où les contre-pouvoirs se situent du côté de l'appareil judiciaire et législatif. En France, par exemple, le temps de parole du président de la République n'est pas compté dans celui de la majorité par le CSA pour calculer l'équilibre des temps de parole en période non électorale. La voix du président de la République est considérée comme au-dessus de celle de la majorité et de l'opposition, et n'est donc pas décomptée de façon partisane. Mais qu'advient-il lorsque le président de la République est aussi un super-premier ministre qui prend parti, polémique avec l'opposition et présente les décisions gouvernementales ? En outre, dans le système américain, sauf dans une période d'exception comme celle d'après le 11-Septembre, les médias ont suffisamment de puissance et de pouvoir pour négocier l'agenda politique avec le président et le Sénat. A mon sens, ce n'est pas le cas en France.
alex : Que penser de la réforme constitutionnelle désirée par Nicolas Sarkozy visant à lui permettre de pénétrer dans l'Hémicycle pour "communiquer" directement avec l'Assemblée ? M. Sarkozy y voit là le ressort d'une meilleure interaction entre le législatif et l'exécutif. Mais n'y a-t-il pas un risque que ses interventions viennent court-circuiter l'activité parlementaire ?
Jean-Louis Missika : Il est clair que cette réforme irait dans le sens d'une présidentialisation du régime. Le risque, bien sûr, est que cette présidentialisation ne se traduise pas par un renforcement des pouvoirs du Parlement et de sa capacité à négocier l'agenda politique avec le président, à enquêter sur l'exécutif et à être indépendant de celui-ci. Il me semble, par exemple, que cette présidentialisation devrait nécessairement passer par une suppression du pouvoir de dissolution de l'Assemblée par le président.
"SA MANIÈRE DE COMMUNIQUER ILLUSTRE ASSEZ BIEN (...) LA PRÉFÉRENCE FRANÇAISE POUR L'IDÉOLOGIE"
stephane93 : Je ne vois pas vraiment en quoi la façon de faire de Nicolas Sarkozy est si nouvelle. De Gaulle avait déjà cette vision du chef de l'Etat qui décide et dirige au premier plan. Quant à la communication, on a bien eu Giscard et ses parties de foot, son accordéon, ses petits déjeuners avec les éboueurs ou ses repas à domicile chez les Français.
Jean-Louis Missika : Je partage partiellement votre point de vue. Il est clair que Nicolas Sarkozy n'a pas inventé la communication politique, la recherche de la proximité, ni même l'exercice solitaire du pouvoir. Simplement les temps ont changé, nous vivons une période de "pipolisation" de la politique, une période où les états d'âme du dirigeant deviennent non seulement une matière première pour la presse people, mais également un fait politique en tant que tel. Et bien sûr une période où l'identification partisane des citoyens a tendance à s'affaiblir pour une conception plus consumériste et plus individuelle de la relation du citoyen au pouvoir. C'est dans ce contexte-là qu'il faut analyser la stratégie médiatique de Nicolas Sarkozy. Les visites impromptues de Giscard d'Estaing chez les Français moyens ont fait long feu. Il s'est ensuite enfermé dans une conception beaucoup plus aristocratique, voire monarchique, de la fonction présidentielle. Nous verrons si Nicolas Sarkozy suit la même trajectoire.
savonarole : On reproche à la communication de M. Sarkozy de ne demeurer que communication, mais ne constitue-t-elle pas paradoxalement un acte politique ? Elle force les autres à se positionner, à réagir, donc à alimenter le débat démocratique.
Jean-Louis Missika : Je partage ce point de vue depuis très longtemps. Je n'ai jamais considéré qu'il y avait d'un côté la communication et de l'autre l'action politique. L'action politique étant propre et la communication sale. En politique, communiquer, c'est agir, et agir, c'est communiquer. Quand Nicolas Sarkozy adresse une lettre à tous les enseignants pour définir sa conception de l'école, il pose un acte politique qui est aussi un acte de communication. Et cet acte de communication a des effets politiques. On l'a bien vu en lisant la presse ce matin : réactions des syndicats, des partis d'opposition, des enseignants eux-mêmes. Un débat est lancé. Je dirai simplement que sa manière de communiquer illustre assez bien ce qu'on pourrait appeler la préférence française pour l'idéologie. Sa lettre est plus idéologique que pragmatique, et les réponses des autres acteurs ont tendance à se situer elles aussi sur le plan de l'idéologie.
yves : On n'imagine pas M. Sarkozy seul ayant l'initiative de toutes ces communications. Comment s'organise au quotidien cette communication ? Y a-t-il un staff dédié, comment est-il structuré ? Qui propose des communications ? Qui décide ? Y a-t-il un plan de com' établi ?
Jean-Louis Missika : Je ne suis pas un spécialiste de l'entourage proche de Nicolas Sarkozy. Bien évidemment, il y a des gens qui écrivent des discours. Le livre de Yasmina Reza montre très bien, par exemple, la relation entre Henri Guaino et Nicolas Sarkozy. Il y a des gens qui suggèrent des interventions. Mais on sait aussi que Nicolas Sarkozy se fie beaucoup à son instinct. Il a dit à plusieurs reprises que sa principale mission était de réagir aux événements comme l'ensemble des Français. Pendant la campagne et après la campagne, il est obsédé par l'idée de refléter le nuancier de toutes les émotions que peuvent éprouver les Français en prenant connaissance de l'actualité. Est-ce là la tâche d'un président de la République ? C'est toute la question.
stephane93 : La communication du président Sarkozy ne ressemble-t-elle pas à celle du candidat Sarkozy ?
Jean-Louis Missika : Absolument. On a parfois l'impression que la campagne électorale ne s'est pas arrêtée le 6 mai. La façon qu'il a de s'emparer des dossiers et de promettre le changement ressemble à s'y méprendre à ce qu'il avait fait pendant sa campagne. De la même façon, le rythme médiatique qu'il impose est plus un rythme de conquête du pouvoir que d'exercice du pouvoir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tout le monde s'interroge sur les risques d'essoufflement de celui qui parle et de lassitude de ceux qui écoutent.
Garibaldo : Depuis peu, on voit un Nicolas Sarkozy qui communique plus sur l'idéologie (Lettre aux éducateurs, discours du Medef) que sur les propositions concrètes. Est-ce, selon vous, un revirement ?
Jean-Louis Missika : Ce n'est pas un revirement, c'est pour moi une nécessité politique. Lorsque vous avez fait un paquet fiscal de 15 milliards d'euros, il est difficile d'en faire un autre instantanément... Au Medef, il a tenté de répondre aux critiques de ceux qui disaient qu'il faisait une politique de la demande alors que le problème de la France était celui de la compétitivité internationale. Mais il n'avait pas grand-chose à offrir en termes de mesures concrètes, et donc il a replacé le débat sur le plan idéologique. Quant à la lettre sur l'éducation, elle manifeste bien ce qu'est la pensée de Nicolas Sarkozy. Il est convaincu que le volontarisme politique, que la faculté d'impulsion d'une parole forte peut avoir des effets aussi importants, voire plus importants, qu'un ensemble de mesures composant une réforme classique de l'éducation nationale. De la même façon, son discours sur la confiance économique des Français qui va permettre de respecter la prévision de croissance relève de ce volontarisme politique. Le risque qu'il prend est majeur car là, la réalité des faits donnera une réponse assez rapide à cette conception de la toute-puissance de la volonté politique.
"LES JT COURENT APRÈS LA LOCOMOTIVE SARKOZY"
momo : Ne risque-t-il pas d'asphyxier son gouvernement ?
Jean-Louis Missika : En tout cas, il semble que François Fillon manque d'oxygène, puisqu'il a tenu à préciser, à juste titre, qu'il n'était pas un collaborateur du président, mais un homme politique à part entière. Et l'on voit bien que la dualité de pouvoir entre M. Guéant, secrétaire général de l'Elysée, et M. Fillon, premier ministre, pose un problème de gouvernance malgré la souplesse des institutions de la Ve République.
stephane93 : Pourra-t-il tenir ce rythme effréné et ce style si dans quelques mois les résultats ne sont pas au rendez vous ? Ou au contraire les difficultés pourraient-elles l'inciter à se préserver davantage en utilisant enfin son premier ministre ?
Jean-Louis Missika : Il aura du mal à utiliser son premier ministre comme fusible dans la configuration que nous connaissons aujourd'hui. Il est clair qu'il a choisi délibérément d'être en première ligne, et donc de n'être pas protégé vis-à-vis de l'opinion publique ni par ses ministres, ni par son premier ministre. Effectivement, il y aura une heure de vérité, qui se jouera sans doute sur le plan économique et financier. Nicolas Sarkozy est un acrobate, il trouvera peut-être une réponse au problème pour conserver sa popularité et son dynamisme, ou alors il sera confronté à une difficulté majeure, et la question de l'individuel et du collectif dans l'exercice du pouvoir se posera de façon criante.
yan : L'omniprésence du président n'est-elle pas causée par le manque de discernement des médias ?
Jean-Louis Missika : La question est : quels médias ? La "une" du Figaro de ce matin, qui semble tracer un parallèle entre Jules Ferry et Nicolas Sarkozy, peut prêter à sourire. Il y a aussi des journaux très critiques, comme Marianne ou Libération, et des journaux qui cherchent à maintenir une distance, comme LeMonde ou LeNouvel Observateur. Dans le domaine de la télévision, les choses sont plus compliquées, parce qu'ils sont asphyxiés par les propositions de sujets et de thèmes émanant de l'Elysée et ils courent après la locomotive Sarkozy. Pour caricaturer le trait, je dirais qu'on se demande parfois qui présente le journal télévisé : Nicolas Sarkozy ou Patrick Poivre d'Arvor ?
Pour Dominique Reynié, le style de Nicolas Sarkozy est en rupture avec le style des présidents précédents. Mais l'univers "people" qu'il véhicule pourrait se heurter aux réalités économiques et sociales.
"Nicolas Sarkozy met en scène la fiction de l'action"
Pour Dominique Reynié, chercheur au Cevipof, Nicolas Sarkozy "est moins dans l'action que dans la communication". "Il se saisit de l'actualité, enchaîne les déclarations d'intention et se comporte comme si le problème était réglé", explique le politologue.
Interrogé sur Canal+, l'ancien Premier ministre a critiqué l'UMP, qui "n'a plus de chef", la politique d'ouverture, le cumul des mandats envisagé par le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, ainsi que la "déontologie" de l'exécutif.
Dominique de Villepin (Reuters)
L'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, interrogé sur Canal + dans l'émission "Dimanche+" s'est montré très critique envers la majorité, notamment sur la question du cumul des mandats, de la stratégie d'ouverture ou encore sur l'organisation interne de l'UMP.
"Plus de chef"
L'UMP "a perdu le rôle fondamental" qu'elle "avait pu avoir durant les dernières années", du fait qu'elle "n'a plus de chef", a estimé l'ancien premier ministre ."Je regrette que l'UMP n'ait pas voulu se doter d'un président" pour "occuper toute la place qui devrait être celle du parti majoritaire", en tant que "force de proposition", "de critique", "de vigilance", a-t-il déclaré. "Si nous voulons que nos idées puissent être débattues et l'emporter, nous avons besoin de ce laboratoire qu'est l'UMP", a-t-il ajouté. "Il a été décidé que le président de la République, venant d'être élu, il ne fallait pas le remplacer" après sa démission de la présidence de l'UMP, a expliqué Dominique de Villepin."Je note que ce n'est pas tout à fait le raisonnement qui avait prévalu dans les années qui ont précédé" où "Nicolas Sarkozy a joué tout son rôle comme président de l'UMP et il doit une partie de son élection à son rôle au sein du parti". La réforme des statuts, voulue par Nicolas Sarkozy après son élection à l'Elysée, et entérinée à l'issue d'un congrès le 23 septembre, instaure en effet une direction collégiale à six membres pour se substituer au poste de président, jusqu'à la prochaine élection présidentielle, en 2012. Questionné sur l'ouverture des listes municipales de l'UMP, il a estimé qu'"ouvrir est toujours une bonne idée" qu'il faut mettre en œuvre "en ne perdant pas le sel, c'est à dire les idées". Sur l'ouverture du gouvernement à des personnalités de gauche, il considère que "les ministres de l'ouverture se font peu entendre" et trouve "dommage" qu'une "partie de leur différence" se soit "perdue en chemin". Cumul des mandats
Concernant la compatibilité d'une éventuelle candidature de David Martinon à la mairie de Neuilly avec ses fonctions de porte-parole de l'Elysée, Dominique de Villepin a demandé "est-ce que c'est compatible avec des fonctions de porte-parole? L'avenir nous le dira. Je fais partie de ceux qui pensent qu'on ne peut bien faire en politique que ce qu'on fait à temps complet". David Martinon, devrait, en effet, conduire la liste UMP aux élections municipales de mars prochain à Neuilly-sur-Seine, fief de Nicolas Sarkozy. Selon Arnaud Teullé, actuel adjoint au maire et qui convoitait sa succession, sera finalement le premier adjoint de David Martinon. Interrogé à ce sujet samedi 29 septembre lors d'un déplacement à Clermont-Ferrand, Nicolas Sarkozy a répondu: "Demain, j'aurai l'occasion de dire des choses là-dessus". Une cantonale partielle doit en effet avoir lieu dimanche 30 septembre à Neuilly. Conseiller diplomatique du ministre Sarkozy de 2002 à 2007, David Martinon, 36 ans, a été promu porte-parole de l'Elysée en mai dernier. Sa candidature à Neuilly mettrait ce jeune homme ambitieux sur orbite pour une brillante carrière politique. L'ancien Premier ministre a également commenté le cumul controversé des mandats politiques de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, maire de Meaux et avocat à temps partiel dans un cabinet juridique mais il considère que Jean-François Copé est "une exception, parce que c'est quelqu'un qui a une force de travail et une compétence.S'il y en a un qui peut faire d'autres choses, c'est lui. Mais je ne suis pas sûr que beaucoup d'autres puissent prétendre à faire autant de choses que Jean-François Copé", a-t-il ajouté.
PARIS (Reuters) - Opposant "quand il le faut", Dominique de Villepin regrette le léger effacement de l'UMP qui n'a plus de chef, selon lui, depuis que Nicolas Sarkozy en a quitté la présidence.
"Je regrette que l'UMP n'ait pas voulu se doter d'un président de façon à occuper toute la place qui doit être celle du parti majoritaire", a déclaré l'ancien Premier ministre sur Canal +.
Pour Dominique de Villepin, "l'UMP a perdu du rôle fondamental qu'il avait pu avoir durant les dernières années", à savoir "une force de propositions, une force de critiques, une force de vigilance."
"Je regrette un tout petit effacement dans cette période", a-t-il ajouté.
En revanche, l'ex-Premier ministre s'est dit heureux "de voir qu'avec les ajustements des dernières semaines, peu à peu le président de la République et le Premier ministre trouvent leur juste place."
"On a hésité pendant quelques semaines, on a bien vu qu'il y avait la volonté de l'un de jouer le rôle de l'autre (...) Devant les difficultés, chacun est en train de trouver sa place", a-t-il ajouté.
Ce sont deux mauvais chiffres que l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publiés vendredi 28 septembre : le premier révèle un net recul du moral des ménages (- 6 points) en septembre, le second confirme le chiffre décevant de la croissance française au deuxième trimestre (+ 0,3 %). Il éloigne – voire compromet – les chances de voir le produit intérieur brut (PIB) progresser de 2 % en 2007, ce qui était l'hypothèse basse retenue par le gouvernement Villepin pour bâtir son projet de budget pour 2007.
Publiés au plein cœur de l'été, les premiers résultats de la croissance française au deuxième trimestre avaient surpris nombre d'économistes par leur faiblesse – un petit + 0,3 % –, liés notamment au ralentissement de l'industrie manufacturière, à la contribution négative du commerce extérieur et au fléchissement de l'investissement. Vendredi matin, l'Insee a confirmé ce chiffre et réévalué de 0,1 point à + 0, 6 % la progression du PIB au premier trimestre. Selon Ronan Mahieu, chef de division des comptes trimestriels, "ces révisions à la marge portent l'acquis de croissance pour 2007 de 1,3 % à 1,4 %". "Il faudrait, ajoute-t-il, une croissance soutenue au second semestre, de l'ordre de + 0,8 % à chacun des deux derniers trimestres, pour atteindre les 2 % de croissance en 2007". Compte tenu de l'environnement international, du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis et de l'appréciation de l'euro qui va creuser le déficit commercial français (plus de 30 milliards d'euros en cumulé), on voit mal les raisons qui pourraient permettre un tel redécollage de l'économie française.
Sur la foi notamment des chiffres "catastrophiques" de la balance commerciale, Jean-Christophe Caffet, économiste France chez Natixis, table sur une progression de 0,5% du PIB aux deux derniers trimestres, et sur une croissance annuelle de 1,8% cette année comme en 2008. Depuis l'été, la plupart des économistes ont revu à la baisse leurs prévisions et s'attendent à la persistance d'une croissance molle en 2008. Si leurs chiffres se révélaient justes, ils compliqueraient singulièrement la tâche du ministre du budget Eric Woerth et celle de la ministre de l'économie Christine Lagarde. PESSIMISME
Le climat, en tout cas, a bien changé depuis le printemps. En mai, dans la foulée de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence, l'Insee avait constaté une amélioration spectaculaire du moral des ménages : une hausse de 6 points. Il fallait remonter aux législatives de juin 1997 pour trouver une plus forte progression (+ 9 points). En septembre, c'est l'évolution inverse qui est relevée : l'indicateur mesurant ce moral est en net recul, puisqu'il s'établit à - 21 points contre - 15 en juillet. La baisse la plus notable, souligne l'Insee, concerne l'opinion des ménages sur les perspectives d'évolution du niveau de vie en France, qui se dégrade fortement (- 15 points). Les ménages sont de nouveau plus pessimistes sur leur situation financière future et plus nombreux, ce qui est mauvais signe, à douter de l'opportunité de faire des achats importants. Tout se passe comme si l'opinion publique française n'anticipait pas d'effet bénéfique sur le pouvoir d'achat des mesures prises depuis le printemps par le gouvernement Fillon, "paquet fiscal" présidentiel en tête.
Retranscription d’une partie (seulement) de l’émission à laquelle a participé Dominique de Villepin sur France culture. Vous y trouverez, une nouvelle fois, des analyses inspirées par la sagesse que confère l’expérience, mais aussi la sérieuse connaissance de l’Histoire : à consommer sans modération ! N’hésitez pas à écouter également l’émission à l’adresse:
Ali Baddou : « Si l’on considère qu’on est Européens, Dominique de Villepin et qu’on considère ce qu’est la figure de Napoléon chez nos voisins Britanniques, Espagnols, Belges ; c’est plutôt un repoussoir ? »
DDV : « Ah je ne dirais pas ça. Je pense même qu’il y a aujourd’hui en Europe, très souvent une plus grande fascination, pour Napoléon, en dehors de nos frontières, qu’en France (…) Parce qu’il a quand même apporté des fondamentaux : le Code civil qui s’est exporté, des fondations. La figure de Napoléon dépasse et de loin nos frontières. On la retrouve très vivante aux Etats-Unis et au Canada et dans beaucoup d’autres endroits (…) Certains hommes arrivent à apprivoiser ce torrent de l’histoire et c’est le cas de Bonaparte qui prend les choses en main, parvient à doter la France d’un gouvernement, qui parvient à doter la France de nouvelles fondations après l’effondrement de l’Ancien régime. »
……….
Ali Baddou : « Il est intéressant de voir comment la Révolution change tout (…)Avec la proclamation de la souveraineté du peuple, il s’agit moins de commander que d’entrainer les masses sans qu’elles s’en aperçoivent (…) On n’est pas si loin de cette problématique là aujourd’hui ? »
DDV : « Non et je crois que l’enjeu c’est toujours d’arriver à apprivoiser et à maitriser les passions pour leur donner un objectif et entrainer effectivement (…) Aujourd’hui encore, il faut essayer de faire converger les esprits ; c’est tout l’enjeu démocratique pour rendre possible ce qui ne le serait pas. Si chacun dans notre coin nous nous attelons à faire une réforme ; nous n’y arriverons pas. Il faut arriver à entrainer et c’est bien toute l’ambition du pouvoir politique : entrainer, rendre possible à force de convictions, à force de galvanisation, rendre possible ce qui ne le serait pas. »
……..
DDV : « Je suis convaincu que dans la Démocratie, et c’est un point de divergence avec Régis Debray qui pense que c’est irréversible, cette tyrannie de l’image, de l’émotion, du spectacle. Moi je pense que dans une démocratie, le citoyen ne cesse d’apprendre et il ne cesse d’apprendre qu’il y a des choses vaines. Et l’image et l’émotion, quand elles sont surmultipliées, eh bien finissent par lasser et finissent même parfois par se retourner contre leurs auteurs. Je le vois aux Etats-Unis où trop d’images tue l’image donc il faut déjà chercher à anticiper là où le citoyen se situera dans quelques années. Là où on pourra plus facilement le convaincre et je crois qu’il ne faut pas du tout être esclave du temps et l’homme politique doit être capable d’anticiper ou en tout cas de s’opposer à un certain nombre de facilités d’une époque. »
Ali Baddou : « Est-ce que Nicolas Sarkozy incarne aujourd’hui le Bonapartisme ? »
DDV : « Je n’ai jamais considéré que cette famille politique se situait dans l’héritage et la continuité du Bonapartisme qui est beaucoup plus rugueux que ne l’est, aujourd’hui, ce courant d’idées à partir duquel se nourrit Nicolas Sarkozy. Je crois que le Bonapartisme est beaucoup plus ancré dans un tempérament historique qui recherche la difficulté ; c’est infiniment plus rude, le Bonapartisme alors que là chez Nicolas Sarkozy, c’est beaucoup plus une science de la modernité, c’est beaucoup plus une capacité à gérer les esprits, à séduire les esprits. Je crois que ce sont deux registres totalement différents. Il y en a un qui se situe dans la tradition du commandement militaire et on le retrouve jusqu’au Général De gaulle. Là, nous ne sommes plus du tout dans la tradition du commandement militaire. Nous sommes dans un exercice de convictions, de séduction, d’apprivoisement, de répétition. Je crois que ça n’a rien à voir avec le Bonapartisme.
Ali Baddou : « C’est quelle Droite qui est au pouvoir aujourd’hui ? »
DDV : « Je crois que c’est beaucoup plus une Droite soucieuse de correspondre à une époque, donc soucieuse de saisir des opportunités. Si le mot n’était pas malsonnant, je dirais une Droite opportuniste, mais je crois que c’est beaucoup plus ça, c’est une Droite qui s’adapte, qui essaie de se renouveler, de se repenser en permanence; c’est une Droite un peu tourbillonnaire mais je ne crois pas du tout qu’elle se situe dans cette tradition historique que nous évoquions tout à l’heure.
Ali Baddou : « Vous vous y reconnaissez dans cette Droite là ? »
DDV : « C’est pas du tout ma famille de pensée, ni de sensibilité. Moi j’appartiens à quelque chose de beaucoup plus rugueux une fois de plus. J’ai beaucoup moins le sens du compromis et beaucoup moins le goût des opportunités que celle-ci (…) J’ai toujours préféré être dans l’arrière-scène que dans l’avant-scène ; je trouve qu’on voit mieux les choses quand on les regarde de côté plutôt que devant un peu aveuglé par les spots et par les lumières. »
…..
Sur l’esprit de Liberté
DDV : « Le reniement en quelque sorte de l’esprit de liberté à travers l’évolution révolutionnaire, fait qu’on s’est tourné vers autre chose et c’est vrai que l’égalité égalitariste, c’est vrai que la vanité par laquelle Napoléon a beaucoup commandé la France, ont en quelque sorte trahit l’idéal de liberté etje reste convaincu que s’il y a une grande mission historique aujourd’hui dans notre pays c’est de replacer la Liberté au cœur des choses ; nous n’aimons pas assez la Liberté et ça me frappe et ça me fait peur aussi.C’est plus facile de gouverner à travers les hochets que de gouverner à travers cette espèce de vertige qu’est celui de la liberté qui conduit l’homme à donner le meilleur de lui-même en se plaçant en situation de responsabilité.Donc je suis plus dans la logique Responsabilité/Liberté que dans la logique Egalité/Vanité.»
Intervention d’Alain-Gérard Slama : nous n’en reproduisons qu’un tout petit extrait. Son intervention est, comme à son habitude, remarquable et nous vous conseillons de l’écouter dans son intégralité. Dans cette intervention Alain-Gérard Slama évoque, entre-autre, « le rôle des Libéraux dans la construction du mythe de Napoléon et sa récupération par les Conservateurs, les hommes de l’ordre et de la Droite autoritaire. »
AGS poursuit avec: « Quand à l’homme du 18 juin et au fondateur de la Vème République, la composante bonapartiste du Gaullisme n’est plus à démontrer. » AGS souligne « le rôle majeur des Libéraux qui sont aussi des hommes d’ordre dans l’entretien d’un mythe qui crée un climat favorable à la prise de pouvoir par les hommes d’autorité. » puis il s’interroge : « Notre vie politique entretiendra t-elle longtemps encore cette forme d’adolescence ? La Démocratie c’est vrai, n’a rien d’exaltant ; elle a besoin de s’incarner dans un homme pour ne pas vaciller mais on serait heureux qu’il ne soit plus nécessaire d’accoucher la France au forceps pour la moderniser ! »
DDV : « J’adhère tout à fait à ce que dit Alain-Gérard Slama (…) Je crois que les Libéraux doivent aussi faire leur examen de conscience. Les Libéraux ont mis en avant, pour l’essentiel, le libéralisme économique et ils ont oublié que, dans le fond, ce qu’il fallait d’abord sauver c’est le libéralisme politique. Nous Français, avons joué un grand rôle dans l’éclosion de ce libéralisme politique mais nous avons en quelque sorte renié cette réflexion pour nous laisser aller à une stricte vision économiste du Libéralisme qui je crois a, peu à peu,flétril’image libérale dans notre pays. Elle s’est très fortement éclose dans les pays anglo-saxons mais c’est vrai qu’en France, elle n’a jamais pris racine. »
Ali Baddou : « Qu’est-ce qui vous inquiète dans le fonctionnement de la démocratie française aujourd’hui? »
DDV : « La multiplicité des défis ; le sentiment que peut-être par incapacité à faire face aux défis les plus importants, nous détricotons des choses essentielles de notre pacte républicain. Moi je pense qu’il faut garder ce pacte républicain, le défendre, à aucun moment le renier et parallèlement accepter les refondations essentielles là où il faut les faire. C’est vrai qu’en matière économique, c’est vrai qu’en matière sociale, il faut reprendre les choses, refonder. Refonder ça ne veut pas dire replâtrer et ça veut dire aller suffisamment en profondeur pour que les fondations nouvelles aient une légitimité. Je crois que c’est la vraie difficulté de la réforme aujourd’hui, il faut qu’elle soit légitime. Pour qu’elle soit légitime il faut qu’elle s’impose à chacun comme étant la meilleure possible et c’est là où les grands débats nationaux sont indispensable. »
Ali Baddou : « Mais la légitimité on l’a à travers le suffrage universel. Là pour le coup on vient de trancher la question, non ?
DDV : « C’est une bizarrerie de la démocratie. Le suffrage universel c’est une idée relativement récente dans l’histoire de l’humanité et il y a d’autres légitimité que le suffrage universel mais je pense que le suffrage universel ne suffit pas à fonder la légitimité.La Nation c’est un plébiscite de tous les jours.Si le suffrage universel n’est pas renouvelé par la vérité et le résultat et c’est quelque chose qu’il faut porter tous les jours, eh bien la contestation, très vite, se développe et cette légitimité originelle s’effrite.Vous savez, gouverner dans un quinquennat c’est 5 ans, l’élection c’est 1 jour !Il faut, tous les jours, qu’il se passe quelque chose qui conforte la démocratie. Et c’est là où la relation entre le peuple et les gouvernants est essentielle. Comment ressourcer en permanence cette relation ; c’est une des grandes difficultés sachant que bien souvent la transparence dite médiatique est en fait une immense opacité.
Sur le dossier iranien :
DDV : « Nous savons tous, historiquement, que les sanctions sont une arme à double tranchant et difficiles à mettre en œuvre (…) Une grande partie des entreprises américaines n’appliquent pas ces sanctions (celles économiques votées par les Nations-Unis contre l’Iran). Donc il faut savoir que cela (les sanctions) fait partie d’un dispositif mais que ce dispositif à lui tout seul ne suffit pas. Si on veut vraiment marquer des points dans cette affaire, il faut ajouter, superposer différents éléments. Il y a les sanctions, bien sûr ; il est très important de poursuivre des négociations et pour arriver à une négociation utile avec Téhéran, il faut ajouter au paquet, d’autres éléments, les Européens ont initié les choses (j’étais moi-même à Téhéran avec les Allemands et les Anglais). Il faut que les Américains rentrent dans la partie. Sans les Américains il n’y a pas de négociation sérieuse possible avec Téhéran. Et puis il faut aussi que ceux qui sont les plus proches de l’Iran ; je pense en particulier à la Russie, acceptent de rentrer dans le jeu (…) Il y a, à mon sens un troisième volet qui est important car il faut, à mon sens, ne pas être amnésiques, le problème de la prolifération ne fait que commencer et quelque soit l’issue des choses à Téhéran, c’est un problème qui se pose maintenant à l’ensemble de la planète. C’est tout le problème du Traité de non prolifération etça implique que nous réfléchissions, que nous posions la question de la sécurité régionale particulièrement pour le Moyen-Orient. A terme c’est une réflexion sur la dénucléarisation de l’ensemble de cette zone. »
Parmi les fondamentaux de notre pays, Dominique de Villepin cite la politique étrangère de la France.
DDV : « Bernard Kouchner, en employant les mots qu’il a employé ne se mettait pas dans la meilleure situation pour essayer de trouver des solutions (…) On a régulièrement voulu améliorer nos relations avec les Etats-Unis et puis nous avons, c’est vrai, été déçus, successivement, à plusieurs reprises, par la politique étrangère de l’Administration Bush, mis devant le fait accompli ; une administration qui n’écoutait pas ses alliés, et Tony Blair en sait quelque chose ! Donc je crois que le réalisme nous a conduits à nous adapter. Alors qu’il y ait une bonne intention aujourd’hui dans la volonté d’améliorer les choses avec l’Administration Bush oui, mais pour quoi faire ? (…)Je pense qu’il faut être très prudents quand on veut prendre des tournants en matière de politique étrangère parce qu’on touche aux fondamentaux d’un pays. Il y a un terrain d’entente national, il y a une forme de consensus qui s’exprime sur la politique étrangère.Avant, par exemple de toucher aux relations entre la France et l’OTAN, il faut vraiment y réfléchir. Je crois que de ce point de vue là, les déclarations du Ministre de la Défense étaient un peu légères. On ne peut pas dire que la France chipotait vis-à-vis de l’OTAN. Ce n’est pas chipoter que de poser des conditions pour l’engagement sur tel et tel théâtre des opérations.Ce sont des choses très importantes et qui touchent à la sécurité de la France.Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’on puisse être immunisés d’une quelconque façon vis-à-vis du terrorisme etje pense par contre, je pense quand même, qu’en matière de vulnérabilité au terrorisme, il y a des positions, il y a des attitudes qui peuvent accroître ce risque donc, il faut être conscients des conséquences pour notre pays même.
DDV : « Le problème c’est quelle politique étrangère ? Or je pense qu’il y a pour la France un enjeu central. C’est la question de notre indépendance parce que derrière la question de notre indépendance c’est la question de notre crédibilité, de notre légitimité et de l’écoute que nous avons sur la planète. Tout ce qui peut limiter cette indépendance fait que la voix de la France, en particulier dans le vaste monde, c’est-à-dire le Sud, eh bien est diminuée.Si nous perdons cette légitimité là, nous trahissons, je crois, une partie de notre idéal national… »
DDV : « Il faut toujours conserver ce qui fait notre différence, notre capacité à parfois mieux comprendre un certain nombre de crises, mieux comprendre un certain nombre de peuples. C’est vrai que nous sommes en proximité avec le Proche et Moyen-Orient, le Monde arabe, l’Afrique du Nord. Nous sommes en proximité avec l’Afrique. Tout ce qui peut atténuer, diminuer notre légitimité est inquiétant… »
DDV : « La parole n’est qu’un des éléments mais quand la parole obscurcit l’action, eh bien il faut s’inquiéter (…)Le discours diplomatique ne doit pas tuer l’action diplomatique. »
Sur la relation Europe/Etats-Unis d’Amérique et l’éventualité du retour de la France dans le commandement militaire de l’OTAN :
DDV : « (…) Les Américains ne sont pas prêts, aujourd’hui, à évoluer. Ils le seront peut-être dans quelques années et les Européens n’ont pas montré une très grande capacité à s’imposer dans le débat transatlantique. Voilà encore un sujet qu’il faudra bien ouvrir : la relation entre les Etats-Unis et l’Europe et c’est vrai que nous sommes aujourd’hui en Europe sur un mode mineur. Chacun est dans une course personnelle, nationale, vers Washington ; personne n’a encore pris la dimension indispensable d’un pilier européen qui apporterait au monde une vraie vision en matière de sécurité et une vraie capacité à agir sur les théâtres. C’est pour ça, préservons l’indépendance avant d’entrer dans un dialogue avec les Etats-Unis où nous serions affaiblis et, pour une part, un tout petit peu discrédités.
Ali Baddou : Est-ce que vous pensez qu’il y a une part de réalité quand le Président de la République revendique le leadership en Europe, lorsqu’il revendique non seulement un retour de la France en Europe mais d’en être le moteur et le meilleur porte-voix ?
DDV : (…) Chaque fois que nous faisons une part de notre chemin avec un autre Européen, il faut mettre en avant l’autre Européen. Je crois que ça fait partie de la gestion familiale mais aussi de la gestion diplomatique donc, se mettre en avant est parfois contre-productif sauf quand on est dans des débats à puissance symbolique et politique essentielle. C’était le cas de la guerre en Irak. Le leadership français était indispensable pour permettre aux autres pays du Sud, qui sans nous n’auraient pas pu assumer leurs responsabilités. Je me rappelle encore le Mexique, leChili, lespays Africains, le Pakistan, nous dirent : nous avons besoin de la France pour affirmer nos convictions. Si la France ne met pas son véto, si elle n’assume pas ses responsabilités, nous ne resterons pas en première ligne face aux Américains qui alors nous écraseront en jouant de la division de nos pays sur la scène internationale et en jouant de nos intérêts. Donc là, il y avait un leadership à assumer ; nous l’avons fait ! »
Sur la politique intérieure.
DDV : « (…) Nous avons tous une responsabilité collective. Je suis convaincu que l’avenir de notre pays pour des décennies se joue aujourd’hui et convaincu que si ces choix ne sont pas les bons choix ; si ces choix ne vont pas suffisamment profondément dans le laboratoire politique français, eh bien nous allons rater une occasion historique de faire ce travail de refondation et d’aménagement (…) Je constate aussi que les phénomènes de Cour sont plus puissants que jamais et là aussi je pense qu’il faut que les hommes politiques de tous bords jouent à plein leur rôle. Je constate enfin que jamais, sans doute, les pouvoirs n’ont été autant apprivoisés ; c’est vrai du pouvoir médiatique ; c’est vrai du pouvoir judicaire ; c’est vrai du pouvoir législatif et qu’il convient de créer davantage de dissonance. L’intelligence nait toujours du choc des idées (…) »
DDV : « L’UMP fait une erreur historique. Si l’UMP n’avait pas pris une forme d’indépendance vis-à-vis de la Majorité que j’ai conduite, rendant ma tâched’ailleurs beaucoup beaucoup plus compliquée, jamais Nicolas Sarkozy n’aurait été élu. Comment peut-on espérer gagner les élections dans 5 ans sans avoir justement cette force indépendante, capable d’être fort critique d’ouvrir de nouveaux chemins. »
Ali Badou : « Vous êtes le Sarkozy du nouveau quinquennat ? »
DDV : « Pas ça car ce n’est pas le modèle qui est le mien, mais je pense qu’il faut des aiguillons ; il faut des questions (…) Tout nouveau pouvoir a tendance à circonvenir la critique. Je crois que la politique d’ouverture permet aujourd’hui de débaucher des hommes ; ce qui m’intéresse moi c’est que ce sont les idées qui progressent, voire qui galopent dans notre pays. Si les hommes qui arrivent dans notre Majorité deviennent très silencieux sur leurs convictions et sur leurs idées : nous avons un problème (…) Donner l’image du « tout est possible » parce qu’un nouveau pouvoir est capable de donner la main au premier qui passe, je ne crois pas que ce soit la bonne, ni la juste idée de la politique ! »
Sur l’utilisation du secret Défense et sur l’indépendance de la Justice
DDV : « (…) Le secret Défense en tout cas, ce n’est pas l’occultation de la vérité et de ce point de vue là, il faut certainement trouver des passerelles, des accommodements (...) On pourrait imaginer qu’au-delà de rendre publique telle et telle pièce, elle ait un pouvoir d’appréciation sur le fond et qu’elle fasse rapport en quelque sorte (…) Je pense qu’il est temps, il est temps, en France, que l’on se dote d’une Justice indépendante.Or, les moyens d’impression du pouvoir politique sur la Justice sont quotidiens, ne serait-ce qu’à travers les promotions. Quand vous disposez des hochets qui permettent de promouvoir la haute hiérarchie judiciaire, eh bien vous disposez d’un moyen d’influence considérable (…) L’indépendance de la Justice, c’est un enjeu national ! (…) Il faut beaucoup de sérénité pour traiter le dossier de l’indépendance de la Justice mais je crois que nous sommes arrivés à un point où les Français ont le droit d’avoir une Justice qui, véritablement, ait toute sa légitimité, toute sa crédibilité.»
Sur la relation Franco-Allemande :
DDV : « (…) L’objectif aujourd’hui, c’est de trouver des vrais terrains d’entente avec l’Allemagne et vraiment créer une concertation (…) La relation Franco-Allemande mérite des sacrifices parce que c’est l’intérêt de la France, c’est l’intérêt de l’Allemagne et c’est aussi l’intérêt de l’Europe.
Sur le progrès dans le domaine des libertés politiques :
Alain-Gérard Slama : « (…) On imagine très bien, l’actuel Président de la République, dire « mais je fais avancer la liberté politique au sens américain du terme, c’est-à-dire les corporations, les groupes, les communautés, les discriminations positives etc, etc » et d’un autre côté il y a une autre conception des libertés politiques qui est la Liberté, la conception individualiste Républicaine, universaliste (…) Il n’en reste pas moins que c’est sur ce point que j’aimerais vous entendre, parce que je crois que c’est un problème crucial, et puis ça serait assez bien qu’un membre du comité constitutionnel vous entende également. Actuellement ça pourrait ne pas être totalement inutile.»
DDV : « (…) Le principe d’Egalité entre les nationaux, et les règles qu’on applique à nos nationaux en matière civile et celles qu’on applique aux étrangers ; je pense en particulier aux tests ADN, à mon sens ne doivent pas connaître de différences. Donc je pense que cette pratique est tout à fait contestable et sur le plan du respect de la Loi, et en même temps sur le plan de nos principes républicains. Au-delà de ça on voit bien que le Parlement n’a aujourd’hui pas la capacité à peser sur le débat public ( …) Sur le plan des libertés politiques, je pense que le Parlement doit retrouver ses droits (…) »
Au sujet des discussions actuelles sur nos Institutions, et sur la situation critique des médias :
Corinne Lepage : « Est-ce que vous avez une idée, Dominique de Villepin, de ce que vous souhaiteriez pour l’évolution des Institutions de la France? Sûrement !»
DDV : « Une idée, oui ! Je crois d’abord que la Constitution de 58, avant d’y toucher, il faut y réfléchir de très près (…) Si elle a pu fonctionner avec François Mitterrand et le Général De Gaulle ; il n’y a pas de raison qu’elle ne fonctionne pas avec Nicolas Sarkozy ! Il faut un équilibre au pouvoir etLE REGIME PRESIDENTIEL, j’allais dire,EST UN RISQUE POUR NOTRE PAYS. Je crois que la concentration du pouvoir à travers le régime présidentiel c’est le risque de voir le pouvoir personnel s’installer (…) Je le vois à travers la situation des médias dans notre pays ; spontanément la capacité de peser sur des groupes industriels ; la capacité de peser à travers l’information qui est donnée aux journalistes fait que la liberté se gagne et elle se gagne difficilement et il vaut mieux, de ce point de vue là, plusieurs pouvoirs qu’un seul pouvoir. Donc l’équilibre des pouvoirs, le jeu des contre-pouvoirs surtout dans une société qui ne comporte pas de contre-pouvoir (…) Nous mettons notre avenir, à mon avis, en péril en nous en remettant à un personnage providentiel ; je ne crois pas au personnage providentiel en politique ! (…) Je ne crois pas du tout que le Président et le Premier ministre sont interchangeables le moins du monde. Ils doivent être complémentaires (…) C’est une garantie pour les libertés (…) »
Quand la droite modérée, par le biais de Dominique de Villepin cogne sur la droite, ou pourrait t'on l'appeler maintenant l'extrême droite francaise, en l'occurence la droite sarkozienne, cela fait quelque peu désordre et génére quelques agitations tant à droite qu'à gauche.
En effet dimanche, sur Radio J, dimanche, Dominique de Villepin a confirmé une fois de plus la faillite, non de l'état, mais la politique extrêmiste de Sarkozy sur l'euro, l'ancien Premier ministre francais a accusé le chef de l'Etat de faire de a BCE et de l'Europe, "le bouc émissaire de nos plaintes et de nos critiques". "Il ne faut pas se tromper de cible. La cible, c'est les Etats. Il faut que les Etats s'entendent sur une stratégie économique et financière", a déclaré l'ancien premier ministre francais.
Dominique de Villepin a également condamné, après une autre personnalité de droite, Fadéla Amara, l' adoption de l'amendement sur les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, le jugeant "pas constitutionnel". "Cela me blesse", a-t-il ajouté, c'est "une entorse à un principe, même sur un mode facultatif et expérimental, ce n'est pas acceptable" et qui pourrait participer à "détricoter ce modèle républicain au gré des besoins".
Après avoir contesté les propos tenus par Nicolas Sarkozy sur l'affaire Clearstream, après avoir critiqué les déclarations de François Fillon sur la "situation de faillite" de la France, Dominique de Villepin continue son offensive. Interrogé dimanche 23 septembre sur Radio J, il a lancé une nouvelle charge contre le président de la République.
Sur le plan diplomatique, d'abord. "Il y a un infléchissement dans la politique française dans un sens qui peut paraître aujourd'hui un rapprochement, parfois même un alignement sur certaines positions de l'administration Bush", a lancé l'ancien premier ministre, en référence aux récentes déclarations de Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner.
"Je m'en inquiète (...) parce que c'est une administration finissante, qui s'est beaucoup trompée en matière de politique étrangère", notamment sur l'Irak, a-t-il ajouté. S'agissant de l'Iran, M. de Villepin estime qu'il faut "affiner les sanctions" de l'Onu "pour être le plus efficace possible" sans "s'enfermer dans un choix manichéen".
SORTIR DE LA "FRÉNÉSIE"
Mais il s'est aussi interrogé sur l'attitude de la France vis-à-vis de la Banque centrale européenne. "Je comprends très bien la réaction de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la Banque centrale européenne. Est-ce que cela fait avancer les choses ? Je n'en suis pas sûr", a-t-il décalré. Avant d'ajouter : "Il ne faut pas se tromper de cible. La cible, ce sont les Etats. Il faut qu'ils s'entendent sur la définition d'une stratégie économique et financière (...) Trop souvent, l'Europe a été le bouc émissaire de nos plaintes et de nos critiques".
Dominique de Villepin s'est également dit "blessé" par l'instauration de tests ADN pour les candidats au regroupement familial. "Je pense que ce n'est pas constitutionnel et je pense surtout que cela ne correspond pas à l'histoire et à l'esprit de notre pays. Regardons les autres pays qui (pratiquent ces tests ADN). La Grande-Bretagne n'a pas du tout la même histoire que nous, elle n'a pas connu les rafles" , a-t-il insisté.
"Qu'il s'agisse des quotas, qu'il s'agisse de ces tests ADN, qu'il s'agisse de réunir des préfets pour qu'ils remplissent des critères dans ce domaine, je pense que ce n'est pas utile, ce n'est pas nécessaire et je pense surtout que cela peut diviser les Français", a martelé M. de Villepin. Et l'ancien premier ministre de conseiller au président de changer de style : "Il faut qu'on sorte un peu de la frénésie actuelle (...) Les Français ne peuvent pas vivre dans un tourbillon permanent", a martelé l'ancien locataire de Matignon."Nicolas Sarkozy a une ambition, il faut qu'il apprivoise cette ambition et qu'il s'apprivoise lui-même pour atteindre la sérénité" et "être dans un rapport avec la nation qui évite les divisions", a-t-il déclaré sur Radio J.
Dominique de Villepin et François Fillon au moment de la passation de pouvoir à Matignon en mai dernier. (AFP)
François Fillon se dit «à la tête d'un Etat en situation de faillite». Son prédécesseur à Matignon n'apprécie pas et réplique.
Dominique de Villepin a réagi vendredi aux propos de son successeur François Fillon sur l’Etat «en situation de faillite», en affirmant avoir «laissé l’Etat dans une situation meilleure qu’aujourd’hui».
Sous son gouvernement, a expliqué l’ex-Premier ministre sur Europe 1, la France bénéficiait d’une croissance supérieure, d’«un chômage qui a baissé de 2 points» et d’«une politique de désendettement qui avait amélioré les choses».
«Depuis», a-t-il aussitôt ajouté en référence notamment au «paquet fiscal» adopté cet été, «on a dépensé beaucoup d’argent, plus de 15 milliards, qui ont aggravé la situation financière».
Le Premier ministre François Fillon a déclaré vendredi en Corse «être à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite», précisant ensuite qu’il s’agissait d’une «image».
«Il ne faut pas faire de procès à François Fillon», a ajouté M. de Villepin, disant «comprendre» que l’hôte de Matignon ait voulu «noircir le trait (…) pour des raisons pédagogiques».
Dominique de Villepin a qualifié de «bévue journalistique» la prétendue puissance de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée. Et a donné raison à son successeur François Fillon d'avoir «marqué son territoire».
«Bévue journalistique.» C'est en ces termes que Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de l'Elysée, a qualifié sur BFM la prétendue puissance de Claude Guéant, l'actuel secrétaire général. Allusion à la couverture du Point de cette semaine, qui le qualifie d'«Homme le plus puissant de France».
«Le secrétaire général est une émanation du président de la République, il est au service du président de la République, il est son conseiller, son collaborateur. En aucun cas, il n'a la légitimité pour peser dans la décision» a poursuivi Villepin.
Par ailleurs, l'ancien Premier ministre a donné raison à son successeur François Fillon d'avoir «marqué son territoire», ajoutant que Nicolas Sarkozy et le chef du gouvernement avaient «intérêt à s'entendre». Il a pointé «un risque permanent» pour tout Premier ministre, que «l'Elysée attire à lui toutes les décisions et que les ministres se détournent de Matignon». Or, selon lui, «quand les ministres se détournent de Matignon, le Premier ministre ne peut pas jouer son rôle de coordinateur de l'action gouvernementale». Sarkozy et Fillon «ont intérêt à s'entendre, ils sont complémentaires», a-t-il conclut.
Dans un entretien à Paris-Match, François Fillon s'était dit «agacé» de certains propos de Nicolas Sarkozy, en particulier de l'emploi du mot «collaborateur» à son égard.
PARIS (AFP) - Dominique de Villepin a obtenu vendredi la révision à la baisse du montant de la caution prévue par son contrôle judiciaire dans l'affaire Clearstream mais annoncé son intention de se pourvoir en cassation, contestant le principe même de toute caution.
Presque deux mois après la mise en examen, le 27 juillet, de l'ancien Premier ministre pour "complicité de dénonciation calomnieuse", la cour d'appel de Paris a réduit à 50.000 euros la caution de 200.000 euros initialement exigée par son contrôle judiciaire, a-t-on appris auprès de l'un de ses avocats, Me Olivier d'Antin.
Cette somme correspond à une provision qu'il a déjà versée.
Dans un communiqué publié peu après, Dominique de Villepin a annoncé sa décision de se "pourvoir en cassation pour qu'il soit reconnu qu'il n'y a pas lieu à cautionnement", qualifiant la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris de "première étape".
Le jour de sa mise en examen, M. de Villepin avait contesté le montant du cautionnement, jugé "inutilement vexatoire" par ses avocats, et "rare" par une source judiciaire.
A titre de comparaison, l'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin et le mathématicien Imad Lahoud ont dû verser chacun une caution de 80.000 euros.
Le parquet général avait de son côté estimé qu'elle n'était pas nécessaire.
L'arrêt rendu vendredi maintient l'interdiction imposée à M. de Villepin -et qu'il ne conteste pas- de rencontrer Jacques Chirac et les principaux personnages du dossier Clearstream, notamment Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud, et le général Philippe Rondot, selon une source judiciaire.
M. de Villepin est soupçonné par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons d'avoir participé à une conspiration visant à déstabiliser Nicolas Sarkozy.
Il a par ailleurs adressé vendredi une lettre au président de la République -au lendemain d'un entretien télévisé au cours duquel Nicolas Sarkozy a estimé que son nom avait été "sali"- contestant qu'une quelconque campagne calomnieuse le visant ait été menée par le biais de l'enquête sur l'affaire Clearstream.
"Le dossier d'instruction ne comporte aucun élément de mise en cause de votre personne ni sur le plan médiatique ni sur le plan judiciaire", écrit-il dans cette lettre que l'AFP a pu consulter.
Le patronyme de M. Sarkozy était apparu parmi plusieurs dizaines d'autres dans des listings falsifiés de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream, adressés au juge Renaud Van Ruymbeke.
"Les commissions rogatoires lancées par le juge Van Ruymbeke (pour vérifier la réalité de l'existence de ces comptes, ndlr) correspondent à un travail de vérification confidentiel pour lequel vous n'avez été à aucun moment sollicité", écrit-il.
M. de Villepin demande au chef de l'Etat d'apporter lui-même la preuve de la campagne qui l'aurait visé: "Peut-être que tous les éléments ne figurent pas au dossier des juges d'Huy et Pons et, dans ce cas, je suis certain que vous ne manquerez pas de les leur faire parvenir", conclut-t-il.
Depuis sa mise en cause, l'ancien Premier ministre conteste la thèse d'une machination politique contre M. Sarkozy et suggère que les faux listings relevaient d'une manipulation industrielle, dans le cadre d'une guerre de succession à la tête du géant aéronautique EADS.
Dans une note aux juges, il a accusé le président d'avoir "privatisé" à son profit le dossier, dont il avait été informé "tôt".
M. de Villepin doit être à nouveau entendu par les juges le 11 octobre.
PARIS (AFP) — L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a donné raison vendredi à son successeur François Fillon d'avoir "marqué son territoire", ajoutant que Nicolas Sarkozy et le chef du gouvernement avaient "intérêt à s'entendre".
M. de Villepin a estimé sur BFM qu'il existait "malgré tout un rapport de force" entre l'Elysée et Matignon.
Il a pointé "un risque permanent" pour tout Premier ministre, que "l'Elysée attire à lui toutes les décisions et que les ministres se détournent de Matignon". Or, selon lui, "quand les ministres se détournent de Matignon, le Premier ministre ne peut pas jouer son rôle de coordinateur de l'action gouvernementale". MM. Sarkozy et Fillon "ont intérêt à s'entendre, ils sont complémentaires", a-t-il dit.
Interrogé sur le rôle de secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, M. de Villepin, qui occupa cette fonction pendant le premier mandat de Jacques Chirac, a qualifié de "bévue journalistique" la prétendue puissance de M. Guéant. "Le secrétaire général est une émanation du président de la République, il est au service du président de la République, il est son conseiller, son collaborateur. En aucun cas, il n'a la légitimité pour peser dans la décision".
Dans un entretien à Paris-Match, François Fillon s'était dit "agacé" de certains propos de Nicolas Sarkozy, en particulier de l'emploi du mot "collaborateur" à son égard.
Par ailleurs, Dominique de Villepin a adressé vendredi une lettre à Nicolas Sarkozy contestant qu'une quelconque campagne le visant ait été menée par le biais de l'enquête sur l'affaire Clearstream et lui suggère de fournir au juge des éléments prouvant le contraire. "Le dossier d'instruction ne comporte aucun élément de mise en cause de votre personne ni sur le plan médiatique ni sur le plan judiciaire", a-t-il écrit dans cette lettre que l'AFP a pu consulter.
L'ancien Premier ministre, mis en examen depuis le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse" dans ce dossier, a adressé ce courrier M. Sarkozy au lendemain de déclarations de ce dernier se plaignant d'avoir été "sali". "J'ai noté l'insistance avec laquelle vous avez fait valoir combien votre nom avait été +sali+ et qu'il avait fallu que vous +démontriez à la justice+ de votre pays que vous n'aviez pas de compte" chez Clearstream (chambre de compensation financière luxembourgeoise, ndlr).
"Que je sache, les commissions rogatoires lancées par le juge Van Ruymbeke (pour vérifier la réalité de l'existence de ce compte, ndlr), correspondent à un travail de vérification confidentiel pour lequel vous n'avez été à aucun moment sollicité", écrit-il encore. "Mais peut-être que tous les éléments ne figurent pas au dossier des juges d'Huy et Pons (magistrats saisis de l'affaire de dénonciation calomnieuse dans ce dossier, ndlr) et dans ce cas, je suis certain que vous ne manquerez pas de les leur faire parvenir", écrit-il encore.
GUERET (AFP) - Le conseil municipal de Sannat, un village de 380 habitants de la Creuse, a refusé, par cinq voix contre quatre, de suspendre en mairie le portrait du président de la République Nicolas Sarkozy, a indiqué le maire, Henri Sauthon.
"La question s'est posée lorsqu'on nous a proposé de recevoir un portrait du président", a expliqué l'édile, un exploitant agricole de 81 ans à la retraite qui se dit sans étiquette. "Lors de la séance, mardi, certains se sont élevés contre cet accrochage et un élu a demandé un vote qui s'est soldé par un refus à la majorité de cinq voix contre quatre", a-t-il dit, précisant que l'accrochage du portrait du président en mairie n'était "pas une obligation légale".
"Il n'y avait eu aucun problème pour afficher Jacques Chirac, qui reste accroché aux murs de la mairie, au côté de François Mitterrand", a estimé M. Sauthon.
"Ici, nous nous faisons une haute idée de la démocratie, de la République. Nous sommes certes un peu rebelles. Nous avons peut-être la tête un peu dure. Tout le monde n'est pas béni oui-oui. Ce n'est pas pour autant que nous sommes des sauvages", a conclu le maire de Sannat.
Mardi soir, selon Ariane Massenet de Canal+, le projet aurait changé: ce serait une intervention...sur TF1 et France 2.
Confirmation mercredi matin: Sarkozy, comme il se doit, sera sur TF2. France 2 n'a plus droit qu'à un demi-scoop.
L'Elysée a-t-il voulu punir France 2 pour avoir invité Villepin au 20 Heures quelques jours auparavant ?
Le Canard enchainé l'affirme, en citant des journalistes de France 2: l'Elysée aurait fait pression sur Arlette Chabot pour qu'elle désinvite Villepin.
Arlette Chabot dément. Dans un communiqué, elle nie toute pression de la part de l'Elysée et précise : "C'est nous qui avons demandé à Dominique de Villepin de ne pas venir en raison de la place donnée dans le journal à la mort de Jacques Martin".
Là, on comprend mieux, en effet. Devant le poids de l'information, l'ancien premier ministre ne pouvait que s'effacer.
Mais ce n'est pas tout. Chabot a-t-elle désinvité Villepin une deuxième fois?
On pouvait le croire le lendemain samedi, en regardant "Revu et corrigé", en direct sur France 5.
C'est malin. Du coup, on quittait Amar pour aller guetter Villepin sur France 2. Avant qu'Amar, à la fin de son émission, n'annonce la désinvitation de Villepin...
Pour ces 2 cas, regarder les vidéos correspondantes:
Alors, une deuxième invitation a-t-elle bien été lancée, puis annulée par France 2, ou bien "Revu et corrigé" s'est-elle emmêlée dans les dates ?
D'après l'AFP, qui reçoit chaque matin la liste des invités du jour sur toutes les chaînes de télévision et toutes les radios, l'ancien Premier ministre n'est jamais apparu sur cette liste pour la journée du samedi 15 septembre.
Ni la direction de l'information de France 2, ni Dominique de Villepin, ni l'équipe de Paul Amar, n'ont souhaité nous répondre à propos de cette deuxième invitation du samedi soir.
PARIS (AFP) - L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, auditionné le 13 septembre pendant huit heures par les juges de l'affaire Clearstream, sera à nouveau entendu le 11 octobre à 10H00, a indiqué mardi à l'AFP l'un de ses avocats, Me Olivier d'Antin, confirmant une information du Parisien.
La première audition de l'ex-chef du gouvernement avait été interrompue jeudi en fin de journée, à la demande des juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, avait indiqué le lendemain à l'AFP l'avocat en précisant que M. de Villepin avait de son côté souhaité poursuivre l'interrogatoire.
Ils avaient convenu d'une nouvelle audition au cours de la première quinzaine d'octobre sans en arrêter la date.
Lors de cette première audition, les questions des magistrats ont porté pour l'essentiel sur les déclarations de Jean-Louis Gergorin, l'ex-vice-président d'EADS mis en examen dans ce dossier, qui fondent pour partie les poursuites contre l'ancien Premier ministre prononcées le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse".
M. Gergorin a affirmé aux magistrats en juillet avoir transmis de manière anonyme le fameux listing de Clearstream au juge Renaud van Ruymbeke à la demande de M. de Villepin, qui lui aurait fait part d'une "instruction" du président Chirac.
M. de Villepin a répondu aux juges en reprenant les arguments développés dans ses notes remises mercredi aux magistrats, avait indiqué à l'AFP Me d'Antin.
Dans son argumentaire de défense, l'ancien chef de gouvernement de Jacques Chirac conteste la thèse d'une machination politique visant Nicolas Sarkozy et met en avant l'idée d'une manipulation industrielle sur fond de succession à la tête du géant de l'aéronautique EADS.
Il réfute formellement avoir demandé à M. Gergorin d'aller trouver un juge, assurant notamment que si tel avait été le cas, "d'aucuns n'auraient pas manqué d'informer" Nicolas Sarkozy. Il nie également toute "instruction" du président de la République.
L'ancien Premier ministre a par ailleurs fait appel de la caution de 200.000 euros accompagnant le contrôle judiciaire qui lui a été imposé lors de sa mise en examen.
La cour d'appel de Paris se prononcera le 21 septembre sur cet appel pour lequel l'avocat général a requis vendredi le rejet de cette caution et la confirmation de l'interdiction pour M. de Villepin de rencontrer certaines personnes, dont l'ancien président Jacques Chirac.
PARIS - "Il faut éviter de donner de mauvais signaux à l'administration Bush. Elle n'a pas besoin de nous (...) pour être encouragée plus avant vers la guerre" contre l'Iran, a estimé lundi soir sur France 3 l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin.
La France, "au contraire", doit "jouer tout son rôle pour défendre une solution de paix", a souligné l'ancien chef du gouvernement, au lendemain des déclarations du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner invitant les Français à "se préparer au pire", à savoir "la guerre" en Iran.
"Il faut obliger les Etats-Unis à accepter de s'avancer dans une véritable négociation", selon M. Villepin. "Il faut qu'ils acceptent de considérer que le dossier (nucléaire) iranien mérite un véritable investissement diplomatique profond. Les Américains l'ont fait il y a quelques mois avec la Corée du Nord. Et la situation a été débloquée", a-t-il noté.
"Donc n'encourageons pas l'administration Bush à faire ce qu'elle a déjà fait" avec l'Irak, un dossier dans lequel Washington "a non seulement commis une erreur, mais une faute", selon M. de Villepin. AP
Finie l'insolente impunité. Nicolas Sarkozy qui avait circonvenu, étourdi, assommé toute critique et kärchérisé toute dissidence doit désormais compter avec non pas un mais deux dissidents, deux opposants redoutables. François Bayrou et Dominique de Villepin. Deux opposants de taille et d'estoc. Deux opposants à sa majesté qui ont de l'allonge. A commencer par l'ancien Premier ministre qui, depuis dix jours, du fond du trou de sa noire disgrâce distribue les directs et les uppercuts saignants. Ses soutiens l'ont abandonné, les juges le traquent, les médias l'accablent, Villepin rêvait d'être seul dans l'épreuve, face à l'adversité condamné à l'avance. Il est servi et à son meilleur. Virevoltant, il contre-attaque à ciel ouvert. Coupable dans l'affaire Clearstream ? Ce n'est pas lui c'est l'Autre, Nicolas Sarkozy, l'ancien ministre de l'Intérieur qui a instrumentalisé les policiers, les juges, les journalistes. Tous ces acteurs plus ou moins conscients ont mené un procès à l'envers que Villepin renverse devant l'opinion, se posant en victime, transformant à son tour le Président de la République en accusé machiavélique et manipulateur. Les mises en cause villepinesques sont tranchantes.
L'ex-chef du gouvernement ne retient plus ses coups ni ne met de mouche à ses piques. Le plus virulent contre l'esprit de cour, c'est lui. Le procureur le plus implacable contre la politique gouvernementale, son absence de résultats, son aveuglement satisfait, c'est encore lui. Le plus insolent donneur de leçon sur l'art de gouverner, la nécessité de respecter les syndicats comme les ministres, c'est toujours lui qui rappelle avec volupté ses résultats positifs en matière de croissance et de lutte contre le chômage. Villepin frappe là où ça fait mal avec son allure de mousquetaire, sa jubilation vorace de combattant trop longtemps frustré d'avoir dû se refréner. Il aime l'odeur de la poudre. Comme Bayrou dont les narines frémissent et les mots palpitent à nouveau.
Le paysan du Béarn est aussi un drogué du combat, un accroc de l'accrochage, même s'il s'en défend. La défaite lui a été une petite mort. Il a eu du mal à s'en remettre tout cet été dans ses Pyrénées où il a murmuré sa déception, sa tristesse, son mal à l'âme à l'oreille de ses chevaux et de ses montagnes. Il y avait cru à la victoire. La tête lui avait tourné au François… Président de la République, enfin : il marchait sur les ondes et sur l'air de la conquête… Patatras : 18 % tout de même mais il était éliminé au 2e tour et ses fidèles, ses plus proches, ses « bédouins » qui l'abandonnaient encore pour ne pas reprendre une nouvelle ration de désert ! Quand on en a déjà bouffé jusqu'à l'indigestion, qu'on a toujours du sable plein la bouche, c'est dur à avaler. Alors ils sont allés à la soupe ces pseudo amis, au rata, tel Hervé Morin promu à la Défense. Mais les déserteurs du Nouveau Centre se sont plantés. Ils n'ont pas réussi à obtenir suffisamment de voix dans suffisamment de circonscriptions pour décrocher le financement public. Les voilà liés et ligotés par l'UMP comme Bayrou l'avait prédit. Ca fait un petit plaisir. Car lui a de l'argent et des militants, plus de 50 000 adhérents dont 3000 vont se réunir en université d'été ce week-end à Seignosse près d'Hossegor. Ils ont contribué à ranimer la flamme et la force de sa rage qui grondait et qui n'a cessé de croître.
Bayrou est remonté sur son tracteur. Rouge de colère contre le triomphe de l'argent roi, contre le pouvoir personnel qui tourne à l'absolutisme, contre l'aplatissement bushiste, contre le néo-conservatisme, le néo-bonapartisme d'un homme, Nicolas Sarkozy, dont tout l'éloigne et d'abord sa culture humaniste et démocrate-chrétienne. Pourtant, le Président cherche à le circonvenir, à l'enrober de sucre et de miel, de bonnes paroles et de promesses tentantes. Il le reçoit aujourd'hui à l'Elysée, Bayrou s'attend à ce que le chef de l'Etat lui propose tout, une présidence de commission, un poste de ministre et même de Premier ministre… Le patron du Modem refusera. Résistant à jamais, jure-t-il. « S'il n'en reste que 1000, récite-t-il, je serai de ceux-là. S'il n'en reste que 100… s'il n'en reste que 10… je serai de ceux-là. S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! »
Enfin, avec Villepin, ils seront deux. Deux irréductibles. Et deux dangers majeurs. Deux poisons empoisonnants pour Sarkozy car ils ne viennent pas de la gauche mais de la droite. Et ce sont toujours ceux qui appartiennent à votre camp qui vous font le plus mal. Ce sont les vôtres qui vous affaiblissent le plus car ils savent où frapper, vos points forts, vos points faibles. Et de surcroît, comme le disent Bayrou ainsi que Villepin : « nous n'avons pas peur ». Quand un monarque cesse de faire peur, écrivait Machiavel, il est presque mort.
PARIS (AP) - "Il y a des imprudences qu'il n'est pas normal de commettre", a déclaré lundi un François Bayrou "infiniment troublé", réagissant aux propos de Bernard Kouchner évoquant l'éventualité de se préparer à "la guerre" avec l'Iran. Le fondateur du MoDem a dénoncé "l'alignement de la France sur l'administration Bush". "Que le ministre des Affaires étrangères français, s'exprimant dans une situation publique (...) dise qu'il faut se préparer à la guerre, c'est évidemment un événement extrêmement lourd. C'est une situation sans précédent, c'est une situation qui n'est pas approuvée par les autres démocraties, en dehors de l'Amérique", a déclaré François Bayrou lors de l'émission "Le Franc-Parler" d'i>télé, France-Inter et "Le Monde". "C'est évidemment le énième signe qui montre qu'une rupture est intervenue, qu'un tournant a été pris et que ce tournant, c'est le choix de Nicolas Sarkozy et de ceux qui l'entourent de s'aligner non seulement sur la position américaine, mais sur les arrière-pensées de l'administration Bush", a-t-il ajouté, soulignant que "jusqu'à ce jour, l'administration américaine officielle n'a jamais dit le mot 'guerre' à propos de l'Iran". Selon François Bayrou, les propos de Bernard Kouchner sont un "signe inquiétant" qui montre que "la présidence de Nicolas Sarkozy est un tournant sans précédent qui va faire que la France abandonne la vocation d'équilibre qui était la sienne, la possibilité de parler avec tout le monde, pour s'aligner sur les plus durs des plus durs de l'administration américaine". "Je trouve qu'il y a là un choix de l'équipe de Nicolas Sarkozy qui est un choix qui, pour moi, mérite qu'on réfléchisse, qu'on s'arrête, qu'on dise: 'il y a des imprudences qu'il n'est pas normal de commettre'". Et de rappeler "qu'à l'époque de la guerre en Irak, c'était déjà les mêmes qui étaient partisans que la France se range derrière les Etats-Unis". "Bernard Kouchner s'est exprimé ouvertement en ce sens et je crois que Nicolas Sarkozy, par son silence, avait montré qu'il était en assez grande distance avec ce que faisait Jacques Chirac". AP jp/ir
nvité, dimanche 16 septembre, en direct, sur le plateau de l'émission "Ripostes", sur France 5, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin a appelé à "lever le secret défense" dans l'affaire de la vente de frégates par Thomson-CSF, en 1991, à Taïwan.
L'enquête, portant sur 500 millions de dollars de rétro commissions (360 millions d'euros), avait été confiée en 2001 au juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke. Celui-ci s'est heurté au secret défense. C'est dans le cadre de cette première instruction que M. Van Ruymbeke a rencontré Jean-Louis Gergorin : le "corbeau" de l'affaire Clearstream lui a transmis des listings portant le nom de personnalités censées être titulaires de comptes occultes dans l'établissement financier.
Mis en examen dans ce deuxième dossier, M. de Villepin doit de nouveau être entendu durant la première quinzaine d'octobre par les deux juges chargés de l'instruction ouverte pour dénonciation calomnieuse, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. "On pourrait demain lever le secret défense (dans l'affaire des frégates), on réglerait beaucoup de questions", a lancé M. de Villepin dimanche. Pour l'heure, "des centaines de millions de rétro commissions sont évaporées".
Clearstream est "un dossier fortement impressionné", a ajouté l'ancien premier ministre. "Dans cette affaire, je n'ai pas les prérogatives d'un citoyen normal." Dans quinze jours, a-t-il assuré, "vous aurez à nouveau une pièce qui accablera Dominique de Villepin. (...) Il existe des gens qui jouent un rôle très néfaste dans la République".
Remonté, bien sûr, par ses démêlés avec la Justice où il se pose en victime d’une injustice programmée par instruction téléguidée (« impressionnée », dit-il). Allez savoir…
Stimulé, par le souvenir qu’il garde du travail de sape « systématique » orchestré par Sarkozy après sa prise de contrôle de l’UMP en novemnre 2004 (c’est lui qui le dit)…
Mais, surtout, musclé par les inquiétudes que suscitent chez lui (et chez d’autres de plus en plus nombreux) les politiques menées par Sarkozy dans cette ambiance de « Cour », de « bal masqué » et de paillettes qui règne à l’Elysée devenu siège de ce que Bayrou appelle « l’absolutisme présidentiel »…
J’avais commis un article dont le titre avait été très repris « De Villepin, chef de l’opposition à Sarkozy ! »… C’est encore plus vrai aujourd’hui, malgré le retour (réussi) de Bayrou et les velléités d’un PS toujours déboussolé ! « Je ne veux être que le chef des propositions », sourit-il dans sa brillante intervention dans l’émission de Serge Moatti sur France 5.
Des propositions, il en fait quelques unes, en effet, dont une essentielle sur l’Iran où l’on ne doit effectivement pas se laisser enfermer par l’alternative « bushienne » résumée par Sarkozy : « le choix entre la bombe iranienne et le bombardement de l’Iran ».
Si la guerre est toujours une mauvaise solution, il importe de tout faire pour l’éviter. « Diplomates de tous les pays , mobilisez-vous », exhorte-t-il, en craignant que le goût prononcé des « hot-dogs » de Sarkozy (expression semblable à celle utilisée par Bayrou) ne finisse par entraîner la France dans un conflit « pire en conséquences que la guerre en Irak ». Ce ne sont pas les dernières déclarations de Bernard Kouchner, crédibilisant l’hypothèse du « pire », de « la guerre » qui va le (et nous) rassurer.
Pour de Villepin (qui a inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire contemporaine de la diplomatie française pour son discours à l’Onu sur l’Irak mais aussi pour ses négociations discrètes en collaboration avec les Anglais et les Allemands avec l’Iran), Sarkozy a fait une erreur qui est une faute : abandonner la ligne gaulliste et gaullienne vis-à-vis de l’Otan et de Washington dans le contexte actuel, faire plaisir à Bush sans obtenir en contrepartie l’engagement d’un dialogue Iran-USA avec une participation européenne active.
De Villepin se fait aussi très critique envers la politique intérieure de Sarkozy : déficit, panne de la croissance, réformes structurelles, approfondissement de la démocratie. Aussi sévère (et aussi pertinent) dans ses critiques de Sarkozy que Bayrou.
Le président contre-attaquera sans doute mardi. Avec ou sans paillettes ? En faisant « entrer la réalité » dans la paysage politique ou en poursuivant ses prestations plus faites pour cultiver une « sarkolâtrie » de Cour ? En restant un politicien encore et toujours en campagne ou en révélant de vraies qualités d’homme d’Etat. Qualités qui ne vont pas, selon De Villepin, sans un doute permanent (et non de fausses certitudes) et sans « cette conscience permanente du tragique » peu compatible avec le goût des paillettes. Et des gadgets !
Bayrou à Seignosse, De Villepin chez Moatti, et colères anti-sakozyennes dans toutes les capitales de l’euroland : sale week-end en « Sarkoland »... Heureusement pour le Président, ce ne sont pas les cris de Hollande devant des partis dits de gauche si mal réunis qui vont faire du PS une force d’opposition crédible.
De Villepin l’a pronostiqué : c’est au sein de l’UMP (« qui n’existe plus ») que l’opposition au nouveau « Bourgeois gentilhomme » ne va pas tarder à se développer. Après les municipales, bien sûr…
PARIS (AFP) — L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a affirmé dimanche que "pour avoir 3% de croissance, il faut un changement de politique économique majeur" et non proférer "une imprécation contre la politique européenne".
Dans des propos rapportés par le Monde samedi, Nicolas Sarkozy a épinglé la Banque centrale européenne et l'Eurogroupe et fixé à 3% son objectif de croissance.
Invité de l'émission Riposte sur France 5, M. de Villepin a assuré que le pays "n'évitera pas un tournant économique majeur". Il a souhaité "donner du courage à ceux qui sont aux affaires pour prendre des décisions difficiles".
L'ancien Premier ministre a estimé qu'"on peut appliquer toutes les réformes de la campagne présidentielle, rien ne sera à la mesure des enjeux d'aujourd'hui".
Il a plaidé pour "un changement de politique économique qui ne peut pas trouver sa réponse dans une imprécation contre la politique européenne". "Pour avoir 3% de croissance, il faut un changement majeur de politique économique", a-t-il insisté.
M. de Villepin a invité le gouvernement à faire "des réformes de structures" et cité les réformes opérées en Allemagne par Gerhard Schroeder.
L'audition de l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin mis en examen dans l'affaire Clearstream s'est achevée jeudi à 19H30 après huit heures d'interrogatoire avec les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"L'audition d'aujourd'hui a permis de faire un grand pas vers la manifestation de la vérité", a estimé M. de Villepin à la sortie du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris.
M. de Villepin est poursuivi depuis le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol et d'abus de confiance et complicité d'usage de faux".
Il est soupçonné par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons d'avoir participé à une conspiration visant à déstabiliser l'actuel chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, partie civile dans ce dossier.
"J'ai remis comme vous le savez aux magistrats un dossier de 80 pages (une note de 23 pages accompagnée de vingt annexes, ndlr) répondant à l'ensemble des points de ce dossier", a ajouté l'ancien Premier ministre.
Dans ce dossier, M. de Villepin réfute la thèse d'une manipulation politique, estimant qu'il s'agit d'une manipulation industrielle sur fond de succession à la tête du géant aéronautique européen EADS.
"Nous n'avons pas pu aborder aujourd'hui l'ensemble des questions", a-t-il précisé. "Les magistrats ont souhaité reporter à une séance ultérieure les questions restantes et donc une deuxième audition est prévue dans le courant du mois d'octobre".
Avant de rencontrer aujourd'hui les juges Jean - Marie d'Huy et Henri Pons, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin présente en exclusivité dans l'Est Républicain les arguments qu'il va faire valoir aux magistrats.
Propos recueillis par Eric NICOLAS et Laïd SAMMARI - Vous dites et redites que, dans cette affaire, la justice a été instrumentalisée. En quoi ? - L'affaire Clearstream revêt des dimensions très différentes. Il y a un dossier financier qui fait référence au système Clearstream lui-même. Il y a un aspect industriel qui fait référence aux rivalités industrielles entre EADS et Airbus, et aux rivalités au sein de l'industrie de l'armement ; enfin, il y a un aspect international qui fait référence aux rétro-commissions de l'affaire des frégates de Taiwan où plusieurs centaines de millions d'euros ont disparu. Au départ de cette affaire, on recensait plus de 200 victimes et se sont constituées 32 parties civiles. Or, très vite, une seule partie civile sera distinguée, Nicolas Sarkozy, au point d'éclipser toutes les autres, y compris les autres personnalités politiques de droite et de gauche. La question que je me pose, c'est comment s'est opéré ce tour de passe-passe et dans quelle mesure l'affaire a pu être « impressionnée » par la présence du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, puis ministre de l'Economie et des Finances, et aujourd'hui Président de la République. - On part d'un dossier industriel vers un dossier politique, comment s'opère cette déviation ? - Rien ne l'explique dans le dossier. Si ce n'est que plusieurs articles de presse font état fin 2004 d'une rivalité entre Nicolas Sarkozy et moi-même autour d'un rapport d'enquête de la DST qui innocenterait Nicolas Sarkozy et qui aurait été occulté. Or, l'instruction a montré que ce rapport n'existait pas. Et pourtant l'accusation portée contre moi a persisté, alimentée par des violations répétées du secret de l'instruction.
« Un acteur influent »
- Si l'on vous comprend bien, Nicolas Sarkozy n'était pas visé sur le plan politique mais sur le plan industriel. Pouvez-vous expliquer ? - C'est ma conviction. Rien dans le dossier ne permet d'indiquer que Nicolas Sarkozy est politiquement visé. En témoigne la première lettre du « corbeau » adressée au juge Van Ruymbeke. Certains veulent aujourd'hui considérer faussement que c'est sur mon instruction que cette lettre a été adressée au magistrat. Or il faut noter que cette lettre ne comporte aucun caractère politique. Elle ne cite que des noms d'industriels et ne mentionne à aucun moment Nicolas Sarkozy. C'est bien là la preuve qu'il n'est pas la cible. Par contre, on a oublié un peu vite que Nicolas Sarkozy, compte tenu des liens qui étaient les siens avec les milieux industriels et compte tenu de sa fonction de l'époque de ministre de l'Economie et des Finances, était à la fois un acteur influent et l'opérateur central du dossier Airbus-EADS ce qui à mon sens pourrait expliquer sa mise en cause. - Selon vous, rien n'autorisait Nicolas Sarkozy à se sentir visé et rien ne permettait à la justice de recevoir la constitution de sa partie civile. - Il est vrai qu'à première vue, Nicolas Sarkozy paraît plutôt moins visé que les autres personnalités politiques qui sont directement citées par leur nom : Dominique Strauss-Khan, Alain Madelin ou Jean-Pierre Chevènement, alors que lui-même ne pouvait se sentir visé qu'indirectement à travers des éléments de son patronyme ou de celui de son père (Paul de Nagy, Stéphane Bocsa). D'ailleurs au départ, quand l'affaire a été rendue publique au mois de juillet 2004, la classe médiatique et politique a pensé à son père et c'est lui Nicolas Sarkozy qui a finalement indiqué qu'il était personnellement visé.
« Ma plus grande déception »
- On a beaucoup glosé sur la rivalité qui vous a opposé et qui vous oppose à Nicolas Sarkozy. Qu'elle en est l'origine ? - Cette rivalité sur le plan médiatique n'a trouvé un écho qu'à partir de l'affaire Clearstream et s'est développée quand j'ai été nommé Premier ministre en 2005. Je me dois de rappeler que cette rivalité au début 2004 est d'autant plus infondée que c'est moi qui ait tendu la main à Nicolas Sarkozy en 1997 alors même qu'il était tenu en marge de notre famille politique après l'élection de Jacques Chirac ; c'est moi encore qui ait suggéré son nom dans le premier gouvernement de Jean-Pierre Raffarin comme ministre de l'Intérieur alors que j'avais été pressenti pour ce poste par Jacques Chirac ; enfin je l'ai même rappelé dans mon propre gouvernement en 2005. - Vous avez affirmé à plusieurs reprises que Nicolas Sarkozy vous avait dit : Je sais que vous n'êtes pour rien dans cette affaire Clearstream. Pourtant Monsieur Sarkozy n'a cessé de vous présenter comme le principal instigateur de cette manipulation. - C'est sans doute pour moi la plus grande déception. Peu après son retour place Beauvau en 2005, Nicolas Sarkozy m'a indiqué qu'il avait pu vérifier par lui-même que je n'étais pas responsable de cette affaire. Comment aurais-je pu imaginer que nous puissions participer au même gouvernement dans un climat de méfiance et de suspicion ?
« Une affaire de corne-cul »
- Quel intérêt Nicolas Sarkozy aurait-il eu à vous nuire ? - On a beaucoup glosé sur une prétendue rivalité entre Nicolas Sarkozy et moi-même. Et pourtant dès ma nomination comme Premier ministre, les choses ont été claires entre nous. Je lui ai indiqué que, dès lors que j'avais accepté la responsabilité de chef du Gouvernement, je ne serais en aucun cas candidat à l'élection présidentielle. Je me dois d'ailleurs de préciser que le Président Jacques Chirac avait été dès l'origine extrêmement clair sur ce point. Je comprends que Nicolas Sarkozy ait pu se sentir blessé d'avoir, comme d'autres, été injustement cité dans cette affaire Clearstream. Mais je n'imaginais pas, compte tenu de son expérience politique, qu'il puisse accorder le moindre crédit à l'idée d'une manipulation politique, tant elle m'apparaissait farfelue. A plusieurs reprises d'ailleurs, le Président de la République de l'époque s'était efforcé de le convaincre qu'il ne s'agissait selon lui que d'une affaire de corne-cul. - Lorsque l'affaire apparaît sur la place publique, Nicolas Sarkozy s'en entretient-il avec l'entourage du Président de la République ? Et si oui, qui ? - Nicolas Sarkozy s'est à juste titre fortement ému de la mise en cause à travers des éléments patronymiques de lui-même ou de sa famille. Les entretiens qu'il a eus avec le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, ont révélé sa colère. Jacques Chirac s'est efforcé de le convaincre à plusieurs reprises que cette affaire n'avait peut-être pas la portée qu'il voulait lui donner. - Selon vous pourquoi Jean-Louis Gergorin saisit la justice ? - Il m'est difficile de répondre à cette question. Ce dont je peux témoigner, c'est de la conviction, voire de l'obsession de Jean-Louis Gergorin pour cette affaire Clearstream. Il a dans un premier temps informé le ministère de la Défense, puis le ministère des Affaires étrangères. Il a sans doute été déçu par l'absence de réponses qui lui était apportée et c'est pourquoi, me semble-t-il, il a dû alors s'adresser à la justice à travers le juge Van Ruymbeke.
« Un contresens »
- A aucun moment il ne vous a alerté de sa démarche ? - A aucun moment, comme en témoignent les lettres qu'il m'a adressées à la fin 2004 où il se défend d'être le « corbeau ». Rien ne pouvait, selon moi, justifier une telle démarche. J'avais demandé au général Rondot une évaluation ; il lui appartenait d'apporter les réponses, si tant est que l'affaire ait eu quelque crédibilité. Le général Rondot n'est jamais revenu vers moi. - Comment expliquez-vous que Michèle Alliot-Marie n'ait pas été mise en examen ? - Je l'ai dit. Cette affaire n'a, à mon sens, aucune dimension politique. J'apporterai aux juges des éléments qui montrent qu'il s'agit d'une affaire internationale, financière et industrielle. Rien ne me paraît donc justifier la mise en examen d'un quelconque responsable politique.
« Perspective faussée »
- En quoi Nicolas Sarkozy est-il une victime privilégiée ? - Rien à mon sens le justifie sur le plan politique. Son influence et son rôle en matière industrielle peuvent par contre expliquer qu'il ait été davantage visé que d'autres. Mais la thèse politique a été imprimée dès le départ de cette affaire et ma conviction, c'est qu'il s'agit là d'un contresens. - Comment expliquez-vous que ce dossier ait été d'une certaine façon privatisé au profit d'une seule partie civile ? - La personnalité de Nicolas Sarkozy, les responsabilités qu'il a exercées, son influence dans les différents milieux politiques, médiatiques, économiques et judiciaires, peuvent expliquer que l'attention se soit concentrée sur lui d'autant plus facilement qu'il s'est lui-même médiatiquement posé en première victime de cette affaire, faussant ainsi la perspective dans ce dossier. - Après avoir étudié le dossier d'instruction, avez-vous le sentiment que des pressions aient pu être exercé sur la police et-ou sur la police judiciaire ? - Ce n'est évidemment pas à moi de le dire. Mais mon sentiment, c'est que la thèse politique du fait de la présence de Nicolas Sarkozy a vivement impressionné ce dossier, nuisant à la sérénité indispensable à la manifestation de la vérité.
« La vérité d'un homme »
- Est-ce que vous seriez prêt, si les juges le demandaient, à une confrontation avec Nicolas Sarkozy, vous en tant que mis en examen, et lui en tant que victime présumée ? - Je l'ai toujours dit, je n'ai rien à me reprocher dans ce dossier où j'ai agi conformément à mon devoir de ministre des Affaires étrangères puis de ministre de l'Intérieur. J'ai eu l'occasion maintes fois de m'en expliquer directement avec Nicolas Sarkozy. Les réponses que je vais apporter aux juges me paraissent éclairer d'une lumière nouvelle ce dossier. Personne aujourd'hui ne souhaite plus que moi la justice et la vérité, moi qui suis injustement mis en cause. Je l'ai dit, je répondrai à toutes les demandes des juges. - Vous semblez persuadé que vous allez convaincre les juges de votre innocence. De quels éléments disposez-vous ? - J'ai remis ce mercredi après-midi aux juges les premiers éléments suite à l'étude du dossier d'instruction analysant ainsi les points principaux du dossier. J'y ai ajouté de plus des pièces nouvelles qui témoignent du caractère industriel de cette affaire. Il y a là des réalités incontournables qui éclairent ce dossier d'un jour nouveau. Je pense qu'aujourd'hui la vérité fera un grand pas en avant. On peut jeter le soupçon pendant de longs mois, voire pendant plusieurs années, mais la vérité d'un homme et d'un dossier finit toujours par s'imposer.
PARIS (AFP) - Dominique de Villepin met en cause Nicolas Sarkozy dans une note adressée aux juges de Clearstream, estimant qu'informé très tôt de l'existence d'une manipulation, il a donné une orientation politique à un dossier qui s'est retrouvé "privatisé au profit d'une seule partie civile".
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M. de Villepin, entendu jeudi au pôle financier de Paris, a remis mercredi aux juges une note de 23 pages détaillant sa défense.
"On peut constater la force avec laquelle Nicolas Sarkozy s'est présenté en victime et même en seule victime de ce dossier et, concomitamment, la rapidité avec laquelle l'attaque a été lancée contre moi, sans aucun élément de preuve concret, mais en s'appuyant sur un pseudo +mobile+ politique", constate dans sa note l'ancien Premier ministre en suggérant une autre lecture du dossier.
"Si j'avais intérêt à nuire à Nicolas Sarkozy, ne peut-on imaginer que Nicolas Sarkozy avait intérêt à me nuire?", écrit l'ex-Premier ministre.
"Ce dossier peut être considéré comme +privatisé+ au profit d'une seule partie civile", écrit M. de Villepin pour qui "rien ne permet de désigner, sur le plan juridique de façon incontestable, Nicolas Sarkozy comme étant la cible privilégiée des listings Clearstream".
Le nom de l'actuel chef de l'Etat est mentionné, sous une forme indirecte (Nagy-Bocsa, ndlr) au milieu de nombreuses personnalités dans les fameux listings dénonçant à la justice en 2004 les pseudo-bénéficiaires de pots-de-vin de la vente de frégates à Taiwan en 1991.
Pour l'ex-Premier ministre, le dossier Clearstream n'est pas politique mais industriel.
Selon lui, si le nom de Nicolas Sarkozy est cité, c'est en raison de ses anciennes fonctions de ministres du Budget puis de l'Economie et ses liens avec le groupe Lagardère.
"Nicolas Sarkozy pouvait constituer une cible du fait de son influence personnelle sur le groupe Lagardère". Il était "susceptible de peser" dans la bataille pour le choix du président d'EADS, entre Noël Forgeard (qui sera désigné) et Philippe Camus (soutenu par Jean-Louis Gergorin, ndlr), écrit M. de Villepin.
"Le projet d'aller voir un juge se situe quand Nicolas Sarkozy est ministre de l'Economie (...) en position de force pour trancher cette question épineuse", rappelle M. de Villepin. "
"Doit-on en conclure qu'il a pu apparaître nécessaire au(x) manipulateur(s) pour nuire à Noël Forgeard, d'inscrire Nicolas Sarkozy sur les listings?. C'est une interprétation possible", dit-il.
Pour M. de Villepin, Nicolas Sarkozy n'a pas dit toute la vérité sur sa connaissance de l'affaire.
Il "affirme avoir appris (son) existence quelques jours avant la sortie de l'article du Point (le premier publié, ndlr) soit au début du mois de juillet 2004", rappelle M. de Villepin selon qui "des éléments du dossier remettent en cause cette chronologie".
"Il semble que M. Sarkozy ait été informé très tôt, et au plus tard au mois de mai 2004, des agissements de Jean-Louis Gergorin ainsi, vraisemblablement de la mission des vérifications confiée au Général Rondot", écrit l'ancien Premier ministre citant notamment un témoignage de Charles Pasqua.
"Dans sa déposition, M. Pasqua évoque la discussion qu'il a eue avec Nicolas Sarkozy au sujet d'une +machination+ qui, selon ce dernier, était destinée à l'empêcher d'être candidat aux présidentielles", dit-il en précisant que "M. Pasqua a daté cet entretien au premier trimestre 2004.
"Il paraît utile, dans le cadre de la manifestation de la vérité, d'établir avec précision ce qu'elle (la partie civile: M.Sarkozy) a su et quand elle l'a su", estime M. de Villepin.
La première audition de Dominique de Villepin depuis sa mise en examen fin juillet dans le dossier Clearstream a débuté jeudi matin, l'ancien Premier ministre contestant depuis plusieurs jours son implication dans cette affaire qu'il considère comme une affaire industrielle et non politique.
Depuis fin août, M. De Villepin a sonné la contre-offensive dans ce dossier. Arrivé vers 9h50 à pied et tout sourire avec ses deux avocats au pôle financier du palais de justice de Paris, Dominique de Villepin a fait une courte déclaration avant une audition s'annonçant longue.
Selon lui, cette affaire "n'est pas une affaire politique" et il a transmis aux juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons une note "expliquant ce qu'était pour (lui) la réalité de ce dossier". "Je fais confiance à la justice pour dire le droit, pour dire la vérité et la justice avec sérénité", a-t-il ajouté.
"On a voulu accréditer la thèse d'une affaire politique, là où il y avait une affaire industrielle", explique M. De Villepin en préambule de cette note de 23 pages transmise mercredi aux deux magistrats.
Cette affaire trouve son point de départ, selon lui, dans les rivalités industrielles entre EADS et Airbus et celles opposant plus largement les géants de l'armement français. Ce n'est qu'ensuite que la thèse d'une manipulation politique prendra forme, alimentée, assure Dominique de Villepin, par Nicolas Sarkozy, qui s'est présenté comme la seule victime de ce dossier. Il considère dans cette note que M. Sarkozy pouvait constituer "une cible du fait de son influence personnelle sur le groupe Lagardère".
Par ailleurs, l'ancien Premier ministre assure qu'il n'a jamais donné pour instruction à Jean-Louis Gergorin, ancien haut responsable d'EADS, de transmettre les listings falsifiés à la justice comme ce dernier l'a expliqué en juillet lors de ses dernières auditions.
Les juges D'Huy et Pons lui ont notifié le 27 juillet dernier sa mise en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse", "complicité d'usage de faux", "recel de vol" et "recel d'abus de confiance" et l'ont placé sous contrôle judiciaire.
La cour d'appel de Paris examinera vendredi les modalités du contrôle judiciaire de M. De Villepin qui lui imposent une caution de 200.000 euros et lui interdisent de rencontrer, outre plusieurs des protagonistes de cette affaire, l'ancien président Jacques Chirac.
La justice soupçonne Dominique de Villepin d'avoir participé en 2004 à une tentative de déstabilisation de Nicolas Sarkozy, déjà en course pour l'Elysée, par le biais de fichiers falsifiés de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.
Fichiers sur lesquels apparaissaient de prétendus comptes bancaires détenus à l'étranger, alimentés par des pots-de-vin, attribués à des personnalités du monde politique, dont Nicolas Sarkozy, dans le cadre de la vente en 1991 de frégates à Taïwan par Thomson-CSF, l'ancêtre de Thales.
L'informaticien Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS, sont mis en examen dans ce dossier, le premier étant soupçonné d'avoir falsifié les listings, le second de les avoir transmis à la justice. Le journaliste Denis Robert et l'ancien consultant Florian Bourges sont également poursuivis. AP
ARIS (Reuters) - L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin s'est présenté jeudi au pôle financier du tribunal de Paris pour y être interrogé comme suspect dans l'affaire Clearstream, dans le cadre de laquelle il a été mis en examen en juillet dernier, a-t-on constaté sur place.
"Je suis très heureux de pouvoir ce matin expliquer aux magistrats ce qu'est ma conviction, que l'affaire Clearstream n'est pas une affaire politique", a-t-il dit aux journalistes.
Dominique de Villepin a dit avoir envoyé aux juges d'instruction un dossier de 80 pages comportant des documents relatifs à l'affaire. "Je fais confiance à la justice pour dire le droit, pour dire la vérité et la justice avec sérénité", a-t-il assuré.
L'audition chez les magistrats Henri Pons et Jean-Marie d'Huy devait durer toute la journée. C'est la première fois que l'ancien chef de gouvernement s'explique sur les charges retenues contre lui.
Il a été mis en examen le 27 juillet pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d'abus de confiance et complicité d'usage de faux".
Il est soupçonné d'avoir suscité la remise en 2004 à un juge anti-corruption, Renaud Van Ruymbeke, de fausses listes de comptes bancaires de la société financière luxembourgeoise Clearstream, qui semblaient compromettre, parmi plusieurs centaines de personnalités, Nicolas Sarkozy.
Ces listes ont été remises au magistrat par Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d'EADS et qui dit avoir agi à la demande de Dominique de Villepin, son ami de longue date.
Dans le dossier envoyé aux magistrats cette semaine, l'ancien Premier ministre explique que les juges font fausse route en accréditant ce scénario de la machination. Il s'en prend à Nicolas Sarkozy qui à ses yeux est le maitre d'oeuvre de l'enquête à son encontre. "Ce dossier peut être considéré comme privatisé au profit d'une seule partie civile", écrit-il.
LOURDE CAUTION EN JEU
"La sérénité et l'indépendance de la justice sont-elles possibles quand on sait que le président de la République est LA partie civile, qu'il a autorité sur la chancellerie et a la capacité à tout moment de donner des instructions dans un dossier qui le concerne personnellement ? N'est-il pas de ce fait juge et parti et cela étonne-t-il quiconque dans cet Etat de droit ?", ajoute-t-il.
Il suggère que le nom de Nicolas Sarkozy a été placé pour lui nuire sur les faux listings de Clearstream par d'autres que lui, dans le cadre des rivalités industrielles internes à EADS.
Sur RTL jeudi, Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP et proche du chef de l'Etat, a estimé que "ce système de défense (n'était) pas le meilleur".
Il a remarqué que les charges pesant sur Dominique de Villepin reposaient sur des notes confidentielles du général Philippe Rondot, qui accréditent la thèse de Jean-Louis Gergorin et complètent les déclarations de ce dernier.
Patrick Devedjian soutient la position juridique du président de la République.
"Il était victime avant, partie civile avant et il a le droit de se tenir informé. (...) C'est un citoyen comme les autres", a-t-il dit. "C'est curieux pour quelqu'un qui a exercé d'aussi fortes responsabilités de penser que la justice n'était pas indépendante. A-t-il des raisons de penser cela ?", s'est interrogé Patrick Devedjian.
Dominique de Villepin a été contraint par les juges de payer une caution de 200.000 euros et a interdiction de rencontrer tous les protagonistes de l'affaire, y compris l'ancien président Jacques Chirac. L'appel qu'il a déposé contre ce contrôle judiciaire sera examiné vendredi par la chambre de l'instruction de Paris.
Le parquet général a annoncé jeudi qu'il demanderait le maintien des interdictions de rencontrer les acteurs de l'affaire mais plaiderait pour l'annulation de la caution.
Tout l'été, l'ancien premier ministre a noirci des carnets de notes de sa petite écriture serrée. Dominique de Villepin a couru 15 kilomètres par jour dans le midi de la France, où le recevait son amie la scénariste Danièle Thompson, puis en août chez un autre intime, le couturier Emanuel Ungaro.
Entre les deux, en voyage en Polynésie, il a fait une croisière aux îles Marquises avec le magnat des médias américains, Barry Diller, et la créatrice de mode Diane von Furstenberg. Devant ses amis, il parlait de la sortie de Soleil noir de la puissance (568 p., 24,80 euros), le 23 août, chez Perrin, premier opus de sa trilogie napoléonienne. Jamais du 13 septembre, jour de sa troisième audition par les juges chargés de démêler l'affaire Clearstream.
La rentrée de Dominique de Villepin a pourtant débordé les frontières de la littérature. "Ceux-là mêmes qui voulaient m'éloigner de la politique m'y ramènent", accuse-t-il. Aux marges de son introspection des années glorieuses de Napoléon, il ne refuse aucune question politique. Mieux : il devient en quelques jours l'"opposant numéro un" au chef de l'Etat. "Je vais faire à Sarkozy ce que Sarkozy a fait à Chirac", a-t-il lâché au début de l'été à un ami, dans une de ses très rares confidences. Il théorise l'appareil répressif d'Etat qui s'installe en France - voire autour de lui depuis l'élection présidentielle. "Rachida Dati passe ses vacances avec le président,Laurent Le Mesle (nouveau procureur général de Paris) s'occupait de la justice à l'Elysée, Bernard Squarcinidoit prendrela direction des "services", Yves Bot sera procureur de la nation, et Martine Monteil (patronne de la police judiciaire) a appelé à voter Sarkozy... Moi, je me défends tout seul. Je n'ai pas tout ça."
"Ce furent des vacances assez bizarres", confirme la scénariste Danièle Thompson. L'été le plus long, peut-être, de Dominique de Villepin. A peine arrivé chez ses amis à Ramatuelle, près de Saint-Tropez, le 4 juillet, le voilà obligé de rentrer dare-dare à Paris. Le 5, après que deux notes découvertes dans l'ordinateur du général Rondot semblent le désigner comme l'instigateur de la manipulation "Clearstream", les enquêteurs l'avertissent sur son portable qu'ils commencent à perquisitionner dans son nouvel appartement, rue Georges-Berger, dans le 17e arrondissement. "DDV" - comme l'a appelé, le premier, le général Rondot dans ses notes - a juste le temps de sauter dans un avion pour regagner la capitale, encore stupéfait aujourd'hui que l'affaire puisse conduire à fouiller "sous les matelas des enfants" et qu'on l'oblige même à vider son petit sac de voyage préparé à la va-vite.
Mis en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse",l'ancien premier ministre a pu éplucher les 27 tomes du dossier d'instruction. Mais dès qu'il s'en échappait, tout le ramenait à l'"affaire", y compris son propre livre. L'ancien premier ministre s'est prêté à l'incontournable séance de dédicaces, exercice incomparable pour faire le point sur ses amitiés. Les fidèles, les vrais, ont eu droit à un mot couché à l'encre bleue : ainsi Benoît Yvert, le directeur du Centre national du livre, son compagnon en bonapartisme, qui avait tant travaillé avec lui sur Les Cent-Jours (Perrin) en 2001. L'opus a été envoyé avec un simple "hommage de l'éditeur" à ceux avec lesquels Dominique de Villepin n'exclut pas un jour de se réconcilier, comme Alain Minc. D'autres, enfin, n'ont tout bonnement pas reçu l'ouvrage. Consigne a été donnée à l'éditeur de ne pas l'envoyer à Franz-Olivier Giesbert, le patron du Point.
Car l'"affaire Clearstream", du nom de cette banque basée au Luxembourg, est aussi une histoire très française d'amitiés brisées et de haines profondes. Malgré les tentatives de médiation de l'éditeur Olivier Orban, plus un mot échangé avec "FOG", qui fut pourtant l'un des meilleurs amis de Villepin, depuis leur rencontre aux Etats-Unis, au milieu des années 1980. "Franz" ne pardonne pas à "Dominique" de lui avoir donné pour du "béton" la machination qui a fait la "une" du Point le 8 juillet 2004, avec, au milieu des bénéficiaires de comptes douteux, un "ministre d'Etat" - Nicolas Sarkozy était alors le seul à jouir de ce rang.
"Giesbert, s'estimant trahi, a du coup transformé en brûlot anti-Villepin son livre sur Jacques Chirac, La Tragédie du président (Flammarion, 2006).Villepin n'est pas un sentimental, mais il a jugé que Giesbert choisissait Sarkozy", décrypte un ami qui partage avec l'ex-premier ministre l'amour des peintres et des galeries. L'explication de gravures a aussi été vive avec le conseiller d'entreprises Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde, furieux d'apprendre que son ami ait pu lui cacher, pendant huit longs mois, la présence de son nom dans les fameux listings. "Mon devoir d'Etat était d'abord de vérifier", lui avait rétorqué sèchement le locataire de Matignon. En 2003, tous étaient encore réunis autour de la nappe spécialement imprimée de maximes napoléoniennes, pour écouter les petits compliments surprise fêtant le 50e anniversaire du ministre des affaires étrangères du carré de fidèles : Marie-Laure de Villepin, l'académicien Pierre-Jean Rémy, l'éditrice Teresa Cremisi, le romancier François Nourissier... "Je n'avais pas organisé cette fête, tranche M. de Villepin. Tout ça n'est pas mon monde, je sais de toute facon qui sont mes amis".
Plus de tête-à-tête, non plus, avec Jacques Chirac. Mais pour d'autres raisons. Aux distances qu'induit une disgrâce publique se sont ajoutées celles, artificielles, qu'impose l'"humiliant" contrôle judiciaire : les juges ont interdit à l'ex-premier ministre de rencontrer ce président qu'il connaît depuis 1983. Ce président surtout qu'il a protégé pendant toutes les "affaires". Le 5 septembre, lors des obsèques de Pierre Messmer, en l'église parisienne de Saint-Louis des Invalides, Dominique de Villepin était assis quatre rangs derrière l'ancien président de la République, qui devisait avec Nicolas Sarkozy. Pour éviter toute situation gênante, il s'est éclipsé avant la fin de la cérémonie. "Jacques Chirac s'est retourné pour m'adresser un sourire", confie-t-il comme pour briser sa solitude.
"Je n'ai jamais ressenti de peur chez lui, sauf celle que sa famille soit malmenée. C'est la seule confidence sur cette affaire qu'il m'ait d'ailleurs faite", raconte Danièle Thompson. Dominique de Villepin n'est en effet pas homme à se confier. "Il aime les milieux froids, comme la diplomatie, et a une incapacité à parler de lui, analyse un de ses amis politiques. Dans l'Eloge des voleurs de feu,son livre le plus personnel, sur la poésie, il ne parle de la disparition de son frère qu'en quelques lignes, entre une brassée de mots. Il ne cache rien de ses projets et dissimule tout de ce qu'il est. C'est l'anti-Sarkozy." "Et l'anti-Montaigne", ajoute un intime.
Dans le récit de ses années à Matignon, qu'il publiera chez Plon au début de l'année 2008, "il n'y a rien de lui, et rien, au fond, du décor politique de ces deux années passées rue de Varenne", sourit Olivier Orban. Aucune de ces confidences que le nouveau chef de l'Etat a confiées à Yasmina Reza dans L'aube le soir ou la nuit (Flammarion, 190 p., 18 euros), où l'ancien premier ministre a pu constater que son rival ne citait pas une fois son nom.
"Reza a compris que le sujet essentiel, c'est l'idée qu'un homme se fait du temps, comme Beckett, balaie-t-il.Mais dans la pièce Oh les beaux jours, il y a des silences entre les mots, du tragique dans les interstices. Là, il n'y a rien. Cela donne un sentiment de vertige effrayant." Partout, l'ex-premier ministre cherche et trouve son rival - son obsession. "Tu verras, Napoléon en premier consul, il ressemble à Sarkozy", avait-il confié avant la parution de son Soleil noir.
"Sa conviction, sur Napoléon, c'est qu'il était condamné dès le départ. L'origine du mythe est dans la chute", dit son ami historien Benoît Yvert. Le 13 septembre, face aux juges, Dominique de Villepin veut créer la "surprise" : "Je suis le seul à connaître le dossier de bout en bout et je prouverai mon innocence", dit-il à un ami. Ses proches ignorent sa défense, mais comprennent qu'il veut sauver sa légende. "Il faut qu'on se souvienne de son discours sur l'Irak devant l'ONU, les deux points de chômage qu'il a gagnés lorsqu'il était à Matignon", insiste son ancien directeur de cabinet à Matignon, le député UMP de l'Eure Bruno Le Maire, lui aussi interdit de visites à son ancien "patron".
Mais la plupart cachent mal leur inquiétude. "Pendant la crise du CPE, il était aussi très serein", se souvient l'un. "Il ne se livre que par des phrases de général, inspiré par une lueur momentanée. Là-dedans, allez savoir ce qui est vrai ou faux, soupire un autre. Dominique n'est pas un personnage qui ment, c'est un personnage de vérités successives. Peut-être que son bras droit ignore ce que fait son bras gauche. Il est tout le temps dans ses paradoxes. Je me demande parfois s'il se connaît lui-même."
Chez lui, de toute façon, tout est transformable en livre. Il est déjà le sujet de son prochain ouvrage, ajoute un troisième. Mais je devine qu'il vit dans le rêve fou et insensé qu'on le rappelle un jour."
Le 17 mai, alors qu'il s'apprêtait à laisser Matignon à François Fillon, sa femme, qui a toujours rêvé qu'il abandonne le pouvoir, fait irruption dans son bureau avec un sourire provoquant et une veste sur laquelle son styliste préféré, Franck Sorbier, avait imprimé : "Adios, bye-bye, Ciao". "Ça te va bien. Tu es très belle", avait complimenté son mari. "C'était un message pour lui", commente un témoin de la scène. "Elle voulait marquer une distance ironique, un peu tendre, un peu tragique, préfère croire Dominique de Villepin. Le destin d'un homme qui quitte Matignon, ce n'est pas seulement et toujours de s'en aller."
Dominique de Villepin a pris la plume. Le 7 septembre, il a écrit aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, qui instruisent l'affaire Clearstream. L'ancien premier ministre, mis en examen dans ce dossier, doit être entendu jeudi 13 septembre par les magistrats.
Déplorant les violations répétées du secret de l'instruction, "inacceptables" selon lui - les parties civiles, nombreuses dans le dossier, ne sont pourtant pas astreintes au secret de l'instruction -, M. de Villepin expose sa ligne de défense : "Dans le procès d'intention politique qui m'est fait, la thèse de l'accusation s'appuie sur une rivalité politique qui expliquerait le fond de l'affaire Clearstream, écrit-il, alors que, j'aurai l'occasion de vous le démontrer, le 13 septembre prochain, preuves à l'appui, cette thèse est erronée." Il dénonce également, alerté par "plusieurs journalistes indignés de certains comportements partisans au sein de leur rédaction", une "tentative d'instrumentalisation de la justice".
Jeudi 13 septembre, les juges le confronteront aux récentes déclarations du général Rondot. Interrogé le 6 septembre sur la réunion du 9 janvier 2004, dans le bureau de M. de Villepin, où les noms de MM. Sarkozy et Ollier ont été prononcés, le général a déclaré : "Je confirme que le nom de M. Patrick Ollier a été évoqué très rapidement par M. de Villepin, lors de cette réunion." Enfin, le parquet général a fait connaître sa position sur le contrôle judiciaire strict imposé à M. de Villepin, qui lui interdit en particulier de rencontrer Jacques Chirac. Dans un réquisitoire du 7 septembre, il le confirme, mais rejette le versement d'un cautionnement fixé à 200 000 euros.
Hervé Mariton, député UMP, sur les annonces gouvernementales :
Le député UMP Hervé Mariton, proche de Dominique de Villepin, exprime ses réserves sur l’emballement des annonces gouvernementales.
François Fillon accélère. A-t-il raison ?
En matière de réforme, il y a deux curseurs : la vitesse et l’intensité. Dans certains cas - peines planchers ou crédit impôt recherche - j’approuve sans réserve. Je crois qu’on a fait le maximum. Mais je crains qu’on privilégie parfois la vitesse aux dépens de l’intensité. Sur les universités ou sur le service minimum, nous avons fait des compromis. Et ce n’est pas la fin de l’histoire. Il y a encore un travail politique considérable. De même, sur la fusion Unedic-ANPE, ce qui est proposé n’est qu’une étape intermédiaire. Et il faut le dire aux Français.
Vous dites que les réformes sont survendues…
C’est bien de vendre, à condition de vendre ce que l’on a.
Cela vaut aussi pour les régimes spéciaux ?
Le Premier ministre veut aller vite : parfait. Il propose l’alignement sur le régime des fonctionnaires ; c’est beaucoup moins ambitieux que sur le régime général. On peut très bien aller vers la convergence des deux régimes sans toucher aux inégalités les plus criantes, aux dérogations injustifiées sur l’âge de départ à la retraite. On voit là comment l’emballement de la réforme peut se faire au préjudice de son contenu.
Diriez-vous, comme Dominique de Villepin, que la majorité compte trop de cire pompes et pas assez de critiques ?
Je pense que le volontarisme c’est bien, mais que ce qui compte, c’est le résultat. Je suis loin d’être le seul. Beaucoup de mes collègues députés ont cette envie d’aller y voir de plus près. Les Français sont dans le ravissement ? Tant mieux. Mais ils veulent aussi des réformes structurelles. Jean-Pierre Raffarin disait qu’il fallait parfois savoir réformer sans klaxonner. Il ne faudrait pas que le klaxon dispense de la réforme.
L'ancien Premier ministre estime que le gouvernement doit se garder d'une "simple approche comptable", et "utiliser toutes les marges de manœuvre".
Dominique de Villepin a conseillé, mercredi 12 septembre, au gouvernement d'engager la réforme des régimes spéciaux de retraite avec "doigté". L'alignement des régimes spéciaux de retraites sur celui de la Fonction publique doit être "traité avec le doigté indispensable et compte tenu de l'expérience acquise", a déclaré l'ancien Premier ministre sur LCI. "Il faut avancer en prenant en compte le très grande sensibilité de ce dossier, en évitant une simple approche comptable, en utilisant toutes les marges de manœuvre". "L'utilité de la réforme, aujourd'hui les syndicats en sont convaincus", "les modalités, la conduite de la réforme, c'est la clé". Mardi, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a assuré que la réforme se ferait "dans la concertation". Selon lui, une telle réforme ne peut en effet se faire que dans le "dialogue social et l'écoute". La majorité tente ainsi une nouvelle fois d'apaiser les inquiétudes syndicales nées de la déclaration de François Fillon, qui avait jugé, dimanche sur Canal+, que la réforme était "prête" et que le gouvernement n'attendait plus qu'un "signal" du président de la République.
L'UMP veut un débat
Mardi toujours, le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, a ainsi assuré que les députés de la majorité réclamaient un "débat approfondi" au Parlement autour de la réforme des régimes spéciaux de retraite, car il s'agit d'"un sujet très important". Devant les députés, François Fillon "a redit très clairement qu'il engagerait aussi bien la fusion Anpe-Unedic que la réforme des régimes spéciaux de retraites" et que sur ces dispositifs "la détermination du gouvernement était très forte", a poursuivi Jean-François Copé. Une détermination "saluée" par les élus. Le président du groupe UMP a jugé que ce dossier était "arrivé à maturité" contrairement à la celui de la TVA sociale qui "donne lieu à un certain nombre d'interrogations". Lundi, la porte-parole de l'UMP, Nadine Morano, avait affirmé que le gouvernement ne souhaitait pas "passer en force" sur les régimes spéciaux de retraite.
Il va y avoir du "sport" (Thibault)
Lundi et mardi, les leaders syndicaux ont réagi négativement à ce risque de "passage en force". François Chérèque (CFDT) a menacé les pouvoirs publics d'un "conflit majeur" et Bernard Thibault (CGT) a prévenu qu'il risquait d'y avoir du "sport". Bernard Van Craeynest (CFE-CGC) a pour sa part jugé, mardi, que la réforme n'était sans doute "pas prête" et qu'elle n'était "pas simple" à mener. "Dire que les salariés des régimes spéciaux vont travailler plus longtemps, comme les salariés du privé et les fonctionnaires, effectivement c'est simple et tout le monde est d'accord là dessus... mais dire que la réforme est prête, ça me fait doucement rigoler!", s'est exclamé le président de la confédération des cadres. En outre, selon lui, "un allongement des carrières" et de la durée de cotisation avant la retraite "doit s'accompagner d'aspects positifs permettant aux salariés concernés d'améliorer leurs niveaux de retraite", car ils sont souvent, à qualification égale, "moins bien payés que dans le privé".
L'opposition, qui soit collabore outrageusement avec le chef de la Junte UMP, soit casse du sucre sur le dos de la candidate socialiste, celle qui a permis à la gauche de faire un score honorable face à un déchainement de violence idéologique et médiatique sans précédent, devrait prendre exemple sur l'opposition tonitruante de DDV à la "sarkozysation" de la France. Ce faisant, l'ancien premier ministre prouve, s'il le fallait encore, qu'il n'a pas vendu son amour de la France aux plus offrants du CAC 40 et du MEDEF. Qu'on l'aime ou pas, cet homme fait honneur à ce qu'on peut attendre d'un homme politique à panache. Si Kouchner, Attali, Besson, Lang, Strauss Kahn, Rocard, Allègre et autres collabos pensaient qu'ils pourraient livrer la France au petit Bush et ses petits copains, ils ne s'imaginaient certainement pas que les gaullistes contrarieraient leurs projets funestes. Ils sont désormais fixés sur la nature du front républicain que Sarkozy devra affonter s'il compte faire de la France le paillasson de Washington et Tel-Aviv. Après 100 jours de propagande inlassable, voici venu le temps du reflux. C'est comme ça qu'il faut comprendre les critiques acerbes de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin aiguise ses critiques contre Nicolas Sarkozy et son équipe. Personne ne se plaindra, à part les courtisans du monarque, que quelqu'un siffle la fin de la partie de bourrage des crânes, en rappelant certains vérités que les médias aux ordres dissimulent aux Français. Et pour cause......
1) DDV rappelle qu'il est l'initiateur du projet contestable de fusion entre GDF et Suez, qui vient d'être confirmé officiellement.Pourquoi ? Cela permet de montrer toute la duplicité de Nicolas Sarkozy, qui n'a eu cesse de jouer sa carte personnelle au nom de ses ambitions.
2) DDV profite de la promotion de son livre "Le soleil noir de la puissance 1796-1807" (Perrin) pour faire entendre une voix dissonante à droite, a haussé le ton, notamment en matière de politique étrangère. un vrai feu d'artifices ! Il critique la vision simpliste de la politique africaine de Nicolas Sarkozy, ciblant son fameux discours "civilisateur"de Dakar fin juillet, qui fait couler beaucoup d'encre .
3) DDV condamne le rapprochement Bush-Sarkozy, pensant certainement aux vacances américaines et au déjeuner avec la tribu Bush: "donner une caution aujourd'hui à l'administration Bush sur l'Irak et sur beaucoup d'autres sujets, ce serait une erreur monumentale".
4) DDV condamne la dérive des institutions, en se prenant directement au rôle trouble et scandaleux du secrétaire général de l'Elysée, qui est véritablement le Premier ministre: " Claude Guéant n'a pas de légitimité politique à s'exprimer publiquement".
5) DDV ironise sur "l'unanimisme stérile" et la sarkomania qui découlent de la "politique d'ouverture" du chef de l'Etat. Toutefois, devant les inquiétudes nombreuses qui pèsent sur la croissance et la baisse du chômage, il est très réservé sur les capacités de Nicolas Sarkozy: "si dans deux ans, nous parvenons à baisser le taux de chômage de plus de deux points comme mon gouvernement l'a fait dans les deux dernières années, j'en serai très heureux"
6) Enfin sur l'affaire Clearstream, DDV souligne l'instrumentalisation des médias et autres lobbies, souhaite "que les conditions nécessaires d'un Etat de droit soient remplies" lors de sa prochaine audition le 13 septembre par les juges, et par ailleurs, s'interroge sur Nicolas Sarkozy à la fois partie civile alors qu'il est président de la République et président du Conseil supérieur de la magistrature.
Conclusion, s'il fallait donner des idées à l'opposition sur la manière de remplir son rôle, il ne faut pas chercher très loin. La politique de l'agité de l'Elysée est comme un chateau de cartes, qu'il suffit de bousculer pour provoquer son effondrement total. Gageons que la riposte des illuminés du l'UMP ne tardera pas via, bien entendu, les médias de la propagande et les sondages du MEDEF. Ce qui est certain, c'est qu'il semble que l'heure de la résistance à la bushisation de la France a sonné. Il va y avoir du sport, ça change du conformisme ambiant !
Villepin fait fort. Depuis quelques jours, on le sentait fiévreux, pressé d'en découdre, rassemblant ses atouts avant de jeter toutes ses forces dans la bataille. A la façon Napoléonienne. Désormais, il se pose en opposant direct à Sarkozy : alors, bluff ou début de contestation à droite?
L'homme profite de la promotion de son dernier ouvrage sur Napoléon, Le soleil noir de la puissance. La semaine dernière sur TF1, il a d'abord dit craindre une "erreur judiciaire" au sujet de l'affaire Cleastream, dans laquelle il est mis en examen. Difficile de se prononcer là-dessus, tant l'affaire paraît obscure. Bien sûr, tout le monde a lu (un comble!) les PV d'audition du général Rondot ou de Jean-Louis Gergorin. Dans les médias, c'est à qui violera le plus le secret de l'instruction pour doubler le voisin. Mais la prudence est de mise dans ce dossier. Car à la question "à qui profite le crime?", Sarkozy sort bien sûr gagnant. Même si au départ, il semble l'évidente victime d'un complot machiavélique destiné à le discréditer. Mais connaîtra-t-on un jour la vérité?
Sortant d'un long silence, Dominique de Villepin a sorti ses gants de boxe, critiquant dès lundi la politique étrangère du gouvernement, notamment au sujet de l'Afrique et de la relation de la France à l'égard des Etats-Unis.
Sur i-télé, hier, l'ancien premier ministre a enfoncé le clou avec une vigueur étonnante dans sa position de quasi-paria. Feu à boulets rouges sur Nicolas Sarkozy. En vrac, quelques citations amusantes :
"Ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays"
"On confond parfois le pouvoir et la gloire. Le Bourgeois gentilhomme, c'est toujours celui qui se met en scène. C'est forcément celui vers lequel les regards se tournent".
"Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers"
Puis Villepin rappelle aux "courtisans" que la conjoncture économique est "difficile", l'investissement "peu glorieux" et que le commerce extérieur "atteint les chiffres les plus mauvais". Claude Guéant, lui, est brocardé pour son absence de "légitimité politique" à s'exprimer.
Bien sûr, venant d'un premier ministre qui n'a pas fait grand-chose pour la prospérité du pays, la critique peut prêter à sourire. Mais l'homme a du panache, et manie l'ironie avec talent. Il n'hésite pas à se comparer avec le Sarkozy de son gouvernement passé : "J'ai été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat, qu'il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat et de nous permettre d'aller plus d'animer le débat. Nicolas Sarkozy avait raison".
Très beau! Ce qui est admirable, chez Villepin, c'est son incroyable talent à décrypter ce qui fait la gloire ou la perte d'un homme d'Etat comme Napoléon. Comme il l'analyse dans son ouvrage, "Napoléon possède le génie de la conquête mais pas celui de la conservation. Le premier nécessite l'alliance de l'instinct, du courage et de la volonté. Le second, une réelle capacité d'écoute et de questionnement sans laquelle la politique s'abîme dans l'habitude et l'artifice entretenus par l'adulation intéressée des courtisans". Ce qui est génial chez ce Galouzeau, c'est sa faculté à théoriser le pouvoir, l'Etat, l'action politique. La France. Mais cela suffit-il pour devenir soi-même l'incarnation de son rêve?
Car en attendant, l'homme est paralysé par la procédure judiciaire lancée contre lui. Comment imaginer, dès lors, un destin, un avenir politique pour ce grognard? Pourtant, ses récentes sorties ne sont probablement pas gratuites. Pense-t-il pouvoir rentrer dans le jeu? Imagine-t-il pouvoir recréer une sorte de courant chiraquien à l'UMP? Vue sa popularité au sein des parlementaires, l'idée semble peu crédible, même si elle doit furieusement trotter dans son esprit.
Mais paradoxalement, cette perspective pourrait être intéressante pour le pays, étant donnée l'inanité de l'opposition de gauche actuelle, l'absence totale et condamnable de François Bayrou et du MoDem, et le silence craintif et coupable de cette partie de la droite qui n'approuve pas totalement la politique de Sarkozy. Et pourtant, elle existe...
Non pas qu'il faille systématiquement condamner les actions du président. Mais vu le monolithisme actuel de la pensée de droite, une voix discordante ne ferait peut-être pas grand-mal. Serait-ce celle de Villepin, ou s'agit-il d'un énième coup de bluff chiraquien?
Après plus de 100 jours d’état de grâce, après avoir asphyxié la gauche avec l’ouverture, le président Sarkozy devait commencer à s’ennuyer de n’avoir personne contre qui ferrailler. Voilà, c’est terminé. Oh non, ce n’est pas la gauche qui se serait refait une santé, ni une cohérence, et sonnerait la charge contre le Président. C’est plutôt du côté des ennemis intimes qu’il faut regarder, de la chiraquie, le vrai ennemi de la droite sarkozyste. On dit que l’Histoire n’est qu’un recommencement…
C’est donc Dominique de Villepin, qui effectuait sa rentrée à l’occasion de la sortie de son livre sur Napoléon « Le soleil noir de la puissance », qui a décidé d’enfiler le costume de l’opposant. Il se pose en cette rentrée comme « celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers », rien que ça !, rappelant les « courtisans » à la réalité d' « une conjoncture économique difficile », d'un « investissement pas glorieux » et d'un commerce extérieur qui « atteint les chiffres les plus mauvais ». Il dénonce pêle-mêle le fait que le Président reste partie civile dans le dossier Clearstream, la politique africaine, la possible caution à G.Bush sur l’Irak, la politique économique qui n’a pas donné de résultats…
Pour justifier sa sortie, avec une pointe d’humour, qu’on ne pourra pas lui reprocher, il explique qu’il « a été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat, qu'il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat…Nicolas Sarkozy avait raison ». Nous lui donnons tout à fait raison sur ce point, le débat ne doit pas s’arrêter à droite. Les idées doivent continuer d’émerger à droite. Mais le président Sarkozy a été élu sur un programme dont la base était la rupture, la rupture avec les années Chirac dont D.de Villepin était un pilier. Avec le même humour, nous pourrions dire que l’ouverture ne doit pas se faire que dans un sens (de la droite vers la gauche) et qu’un futur congrès du PS aura lieu au printemps 2008. Il est encore temps pour l’ancien premier ministre de faire campagne…
La charge est diablement lourde. « Ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer le pays ! », a lancé l'autre jour Dominique de Villepin. Un vrai coup de sabre dans l'état de grâce mais une vraie question aussi dont la commission Balladur, chargée de réfléchir à la réforme des institutions, ferait bien de débattre : oui ou non « l'esprit de cour » est-il en train de « galoper » dans notre pays au point de le ramener quelques siècles en arrière ? D'ordinaire prompts à réagir, la plupart des politiques sont resté cois, laissant Nadine Morano monter en première ligne. Chargée par l'UMP d'apporter la riposte à l'ancien Premier ministre, la députée de Meurthe-et-Moselle a accusé Dominique de Villepin de se complaire dans « le rôle du bouffon », comme on le disait naguère du « fou du roi », seul personnage de la cour à pouvoir se moquer du souverain. Pas vraiment rassurant.
Donc, le débat s'impose. Et d'abord qui sont les « cire-pompes » ? Dominique de Villepin ne les nomme pas mais on sent bien que les socialistes tombés dans l'ouverture comme d'autres dans le pot de confiture sont dans le collimateur. Au lieu de faire leur travail d'opposants, les voilà qui contribuent à « l'unanimisme stérile ». Quelle faute de goût ! Pour le reste, on voit bien qui est visé : la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy et tous ceux qui, pour une raison ou une autre, éprouvent le besoin d'être dans les bonnes grâces présidentielles. D'accord mais des noms ! Justement « Le Canard enchaîné » de cette semaine en fournit quelques-uns en rapportant la mésaventure d'une certaine Michèle qui, ayant acheté un portable en décembre, a hérité sans le vouloir de l'ancien numéro de Nicolas Sarkozy. Résultat : une inondation de messages enamourés, une avalanche de mots doux signés Juppé, Borloo, Breton, mais pas seulement : des médecins, des chefs d'entreprise, des sportifs ont aussi congratulé et flatté le futur président tout au long de la campagne, dans l'espoir d'un juste renvoi d'ascenseur.
Devant de tels faits irréfutables, Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, n'a pu nier l'évidence. « Le pouvoir génère des phénomènes de cour », a-t-il reconnu sur France 2, mais pour aussitôt préciser que « l'actuel président était particulièrement insensible à l'esprit courtisan ». On ne saurait évidemment le croire sur parole mais, sur un point au moins, tous les témoignages concordent. Pour ce qui est du compliment, Nicolas Sarkozy n'a jamais été mieux servi que par lui-même.
PARIS (Reuters) - Inspiré par l'Aigle napoléonien, qui "sait tomber avec hauteur", Dominique de Villepin aiguise ses griffes contre Nicolas Sarkozy, puisant dans sa "rage" de justice les ressorts d'une renaissance politique.
Le silence de l'ancien Premier ministre, d'abord fruit de sa volonté de réserve puis du choc de sa mise en examen dans l'affaire Clearstream, a laissé place à un discours tranchant et opportunément ciselé pour briser l'unanimisme qui prévaut dans la majorité depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.
Le retour du "vrai Villepin", veulent croire ses amis. De là à imaginer un courant "villepiniste" au sein de l'UMP? Dominique de Villepin s'affirme pour l'heure dans le rôle du franc-tireur aux côtés d'une opposition de gauche quasi atone.
"J'entends dire ce que je pense", a prévenu l'ancien chef du gouvernement, qui multiplie les interventions dans les médias depuis fin août à l'occasion de la parution de son nouvel ouvrage sur Napoléon, "Le Soleil noir de la puissance".
Ce passionné qui aime à disséquer le pouvoir en presque chirurgien se pose en "conscience" de la majorité - et de Nicolas Sarkozy? - face à "l'esprit de cour" qui menace selon lui l'action du chef de l'Etat, rival d'antan.
Mercredi, sur France Inter, Dominique de Villepin a durci le trait en tançant les "béni-oui-oui" et les "cire-pompes".
"Ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays", a-t-il dit à, invoquant l'exemple du "Bourgeois gentilhomme", personnage fat, entiché de noblesse, créé par Molière.
"On confond parfois le pouvoir et la gloire", a-t-il souligné. "Le Bourgeois gentilhomme, c'est toujours celui qui se met en scène. C'est forcément celui vers lequel les regards se tournent".
"Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers", a-t-il expliqué, rappelant les "courtisans" à la réalité d'"une conjoncture économique difficile", d'un "investissement pas glorieux" et d'un commerce extérieur qui "atteint les chiffres les plus mauvais".
"NICOLAS SARKOZY AVAIT RAISON"
Déjà lundi, sur Europe 1, Dominique de Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères, avait souhaité que le nouvel exécutif "fasse mieux" sur plusieurs dossiers diplomatiques, critiquant sans détour les "interprétations éminemment discutables" de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique et s'alarmant d'une possible "caution" donnée à l'administration Bush en Irak.
L'ancien Premier ministre, qui fut secrétaire général de la présidence de la République de 1995 à 2002, s'est attaqué également à l'omniscience et l'omniprésence médiatiques de l'entourage élyséen. Claude Guéant, a-t-il ainsi estimé, n'a "pas de légitimité politique" à s'exprimer publiquement.
"Il faut qu'il réfléchisse aux erreurs qui ont été commises aussi pendant sa période, c'est le meilleur service qu'il a à rendre", a répliqué mercredi sur i-télé le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez, relayant l'agacement de plusieurs responsables UMP.
"S'il estime qu'on manque d'une opposition, après tout, il y a des emplois vacants", a ainsi déclaré Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP.
Maniant à son tour l'ironie, Dominique de Villepin a rétorqué mercredi que sa posture était d'essence sarkozienne.
"J'ai été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat, qu'il y ait des grandes voix, des consciences capables de porter le débat et de nous permettre d'aller plus d'animer le débat. Nicolas Sarkozy avait raison", a-t-il lancé.
Convoqué de nouveau par les juges le 13 septembre pour s'expliquer sur le dossier Clearstream, qu'il présente comme une "construction" politique destinée à lui nuire, Dominique de Villepin sait que son combat judiciaire hypothèque pour l'heure tout scénario politique personnel.
Avec toujours à l'esprit l'exemple de Napoléon.
"Napoléon possède le génie de la conquête mais pas celui de la conservation. Le premier nécessite l'alliance de l'instinct, du courage et de la volonté. Le second, une réelle capacité d'écoute et de questionnement sans laquelle la politique s'abîme dans l'habitude et l'artifice entretenus par l'adulation intéressée des courtisans", écrit-il.
Dominique de Villepin, qui affirmait vouloir "tourner la page", travaillerait-il à sa "conservation" politique?
PARIS (AFP) - Dominique de Villepin a déclaré mercredi sur France Inter que "Nicolas Sarkozy" n'avait "pas été victime d'une machination politique dans le dossier Clearstream" qui selon lui, aurait été "reconstruit" pour défendre cette thèse.
"Il n'y a pas de dimension politique dans ce dossier. Nicolas Sarkozy n'est pas victime d'une machination politique. Ce dossier a été reconstruit pour défendre cette thèse politique, ce qui est aujourd'hui la source de l'injustice qui m'est faite", a résumé l'ancien Premier ministre.
M. de Villepin, mis en examen le 27 juillet dans ce dossier pour "complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol et abus de confiance, complicité d'usage de faux", doit à nouveau être entendu le 13 septembre par les juges d'instruction. "J'apporterai le 13 septembre tous les éléments aux magistrats qui montreront que cette affaire n'est pas une affaire politique. Je prouverai que je ne suis pas dans ce dossier" a-t-il affirmé.
"Je veux savoir par quel tour de passe-passe et par quelle manipulation cette thèse politique d'un Nicolas Sarkozy qui aurait été visé dans cette affaire pour des raisons politiques s'est imposée, parce que c'est la grande clef. Tout cela s'est passé insidieusement, à coup de violations du secret de l'instruction", a poursuivi l'ancien Premier ministre, en s'étonnant que l'enquête judiciaire sur la violation de l'instruction dans le dossier Clearstream ait été récemment close. "J'apporterai des éléments qui, à mon sens, devraient permettre de rouvrir cette instruction", a-t-il affirmé.
"Il n'y a pas une mais quatre affaires Clearstream", a expliqué l'ancien Premier ministre citant l'affaire des "frégates de Taiwan", celle de l'entreprise luxembourgeoise Clearstream, celle des rivalités industrielles dans le monde de l'armement et enfin l'affaire politique.
"Comment est-on passé d'un dossier international et industriel à un dossier politique qui aujourd'hui se réduit à une pseudo-rivalité entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ?", s'est-il interrogé. "Ce tour de passe-passe explique comment à un moment donné, on a pu faire pression sur le cours de la justice", a-t-il ajouté estimant qu'au coeur de ce dossier il y avait la peur : "Comment un homme politique a pu être saisi par la peur et imaginer qu'on lui en veut au point de vouloir se faire justice lui-même. C'est la source pour moi aujourd'hui d'une très grande injustice. C'est pour cela que je souhaite réparation", a-t-il conclu.
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a également mis en garde mercredi Nicolas Sarkozy contre "l'esprit de cour qui galope", se présentant comme "une conscience" pour la majorité, et évoquant le personnage du Bourgeois gentilhomme, en parlant du pouvoir. "On confond parfois le pouvoir et la gloire", a-t-il dit sur France Inter, avant d'ajouter: "ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays".
L'ancien Premier ministre a défini "l'esprit de cour" comme "un virus dangereux". "La cour, c'est cette incapacité à se remplir de l'objectif pour exprimer le contentement permanent de celui qui le fait et le mettre en scène", a-t-il ajouté, en invitant "à voir et revoir" Le Bourgeois gentilhomme de Molière. "Le Bourgeois gentilhomme, c'est toujours celui qui se met en scène. C'est forcément celui vers lequel les regards se tournent".
Il s'est dit "sidéré" et "inquiet" par la lecture du livre de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy. "Le pouvoir n'est pas fait pour être ainsi consacré, il est fait pour rendre des comptes", a-t-il dit."L'homme de pouvoir en France est toujours mis dans la position d'être flatté", a-t-il observé, en souhaitant que "les amis de Nicolas Sarkozy soient capables de lui dire les choses, de lui donner un autre son de cloche".
Dominique de Villepin a souligné que le pays était "confronté à une conjoncture économique difficile" avec une croissance située par "les experts à 1,8%, peut-être 1,9%". "Le commerce extérieur atteint les chiffres les plus mauvais et l'investissement n'est pas glorieux", a-t-il dit.
"Avançons les yeux ouverts", a-t-il lancé.
"Je suis dans une majorité dans un pays où il n'y a plus d'opposition. Et dans cette majorité j'estime que nous devons porter la critique", a-t-il dit. "Ma référence, c'est Nicolas Sarkozy", a-t-il ironisé, rappelant avoir été "dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat". "Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers", a-t-il conclu.
PARIS (AFP) - Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, a mis en garde mercredi Nicolas Sarkozy contre "l'esprit de cour qui galope", se présentant comme "une conscience" pour la majorité, et évoquant le personnage du Bourgeois gentilhomme, en parlant du pouvoir.
"On confond parfois le pouvoir et la gloire", a-t-il dit sur France Inter, avant d'ajouter: "ce n'est pas quand vous êtes entouré de béni-oui-oui, de cire-pompes et de courtisans que vous faites avancer un pays".
L'ancien Premier ministre a défini "l'esprit de cour" comme "un virus dangereux". "La cour, c'est cette incapacité à se remplir de l'objectif pour exprimer le contentement permanent de celui qui le fait et le mettre en scène", a-t-il ajouté, en invitant "à voir et revoir" Le Bourgeois gentilhomme de Molière.
"Le Bourgeois gentilhomme, c'est toujours celui qui se met en scène. C'est forcément celui vers lequel les regards se tournent".
Il s'est dit "sidéré" et "inquiet" par la lecture du livre de Yasmina Reza sur Nicolas Sarkozy. "Le pouvoir n'est pas fait pour être ainsi consacré, il est fait pour rendre des comptes", a-t-il dit."L'homme de pouvoir en France est toujours mis dans la position d'être flatté", a-t-il observé, en souhaitant que "les amis de Nicolas Sarkozy soient capables de lui dire les choses, de lui donner un autre son de cloche".
Dominique de Villepin a souligné que le pays était "confronté à une conjoncture économique difficile" avec une croissance située par "les experts à 1,8%, peut-être 1,9%". "Le commerce extérieur atteint les chiffres les plus mauvais et l'investissement n'est pas glorieux", a-t-il dit.
"Avançons les yeux ouverts", a-t-il lancé.
"Je suis dans une majorité dans un pays où il n'y a plus d'opposition. Et dans cette majorité j'estime que nous devons porter la critique", a-t-il dit. "Ma référence, c'est Nicolas Sarkozy", a-t-il ironisé, rappelant avoir été "dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté d'expliquer qu'il fallait animer le débat". "Je suis celui qui remplit le rôle de conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers", a-t-il conclu.
L'ancien premier ministre Dominique de Villepin a affirmé aujourd'hui qu'il donnerait "des éléments nouveaux" dans l'affaire Clearstream lors de son audition le 13 septembre, et que la vérité "fera un grand pas en avant". "Je n'ai rien à me reprocher", a-t-il déclaré sur I-télé. "Je donnerai des éléments nouveaux, je dirai la vérité sur l'affaire Clearstream", a-t-il ajouté, en affirmant aussi qu'il n'était "pas un délateur". Il a précisé avoir, depuis son audition de décembre 2006, "lu le dossier d'instruction". "J'apporterai des preuves qu'à aucun moment, je n'ai été impliqué dans ce dossier, que je n'ai fait que mon devoir", a-t-il ajouté. "Le 13 septembre, la vérité fera un grand pas en avant", a déclaré encore l'ancien Premier ministre.
PARIS (AFP) - Multipliant les interventions médiatiques à la faveur de la sortie de son nouveau livre sur Napoléon, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin aiguise ses critiques contre Nicolas Sarkozy et son équipe.
Intervenant lundi matin sur Europe 1, M. de Villepin n'a pas manqué de souligner avoir lui-même "conçu" le projet de fusion entre GDF et Suez, qui venait d'être confirmé officiellement.
Il a toutefois concédé à Nicolas Sarkozy, dont il fut un temps le rival dans la course à l'Elysée, d'avoir "amélioré" le dossier, en référence à la parité entre les deux groupes, obtenue grâce à la filialisation de la branche environnement de Suez.
"Nicolas Sarkozy a repris le bâton, il a marqué l'essai, bravo", s'est exclamé l'ancien chef du gouvernement, qui avait annoncé lui-même ce projet industriel, un week-end de février 2006 depuis Matignon.
M. de Villepin, qui déjà la semaine dernière avait profité de la promotion de son livre "Le soleil noir de la puissance 1796-1807" (Perrin) pour faire entendre une voix dissonante à droite, a haussé le ton, notamment en matière de politique étrangère.
L'ancien locataire du Quai d'Orsay s'est dit "critique" de la politique africaine de Nicolas Sarkozy, ciblant son discours de Dakar fin juillet.
Celui qui avait porté le refus de la France de la guerre en Irak a aussi averti que "donner une caution aujourd'hui à l'administration Bush sur l'Irak et sur beaucoup d'autres sujets, ce serait une erreur monumentale".
Alors que Nicolas Sarkozy pousse ses proches collaborateurs à s'exprimer dans les médias, M. de Villepin, qui fut secrétaire général de l'Elysée sous Jacques Chirac, a estimé que Claude Guéant, qui occupe cette fonction aujourd'hui et était dimanche l'invité du "Grand Jury", n'avait "pas de légitimité politique" à s'exprimer publiquement.
Dimanche, dans le Parisien/Aujourd'hui en France, l'ancien Premier ministre avait mis en garde contre un "unanimisme stérile" qui pourrait découler de la politique d'ouverture du chef de l'Etat.
Alors que des inquiétudes pèsent sur la croissance et que la baisse du chômage ralentit, il avait en outre réservé son jugement sur la capacité de "rupture" de M. Sarkozy: "si dans deux ans, nous parvenons à baisser le taux de chômage de plus de deux points comme mon gouvernement l'a fait dans les deux dernières années, j'en serai très heureux", avait-il lancé.
Ces interventions médiatiques, qui devraient encore se succéder dans les prochains jours, semblent agacer les responsables de l'UMP proches de Nicolas Sarkozy.
"S'il estime qu'on manque d'une opposition, après tout il y a des emplois vacants", a lancé dimanche sur Radio J Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP.
M. de Villepin, mis en examen fin juillet dans le cadre de l'affaire Clearstream et qui doit être entendu le 13 septembre par les juges, a par ailleurs souhaité "que les conditions nécessaires d'un Etat de droit soient remplies".
"Comment peut-on être partie civile alors qu'on est président de la République, président du Conseil supérieur de la magistrature (...)", a demandé celui qui est soupçonné d'avoir participé à une entreprise de déstabilisation de Nicolas Sarkozy.
'ancien premier ministre Dominique de Villepin s'est dit "critique", lundi 3 septembre, au sujet de la politique africaine du président Nicolas Sarkozy, le mettant aussi en garde contre une "erreur fondamentale" s'il apportait sa caution à l'administration Bush au sujet de l'Irak. "Sur la politique étrangère, il y a des dossiers sur lesquels nous pouvons faire mieux", a déclaré M. de Villepin sur Europe 1, tout en se défendant d'être ou de devenir un "opposant".
Se disant "blessé" par certains propos du chef de l'Etat, M. de Villepin a relevé ceux "tenus à Dakar sur l'homme africain qui n'entrerait pas suffisamment dans l'avenir". Il a appelé à "tenir compte des réalités et des sensibilités"."Nous sommes le pays qui, grâce à Jacques Chirac, a construit le Musée du Quai Branly, qui comprend sans doute le mieux aujourd'hui l'Afrique et l'aime le plus", a-t-il fait valoir, "veillons à ne pas adresser des contre-signaux à partir d'interprétations qui sont éminemment discutables".
PAS DE CAUTION À GEORGE BUSH SUR L'IRAK
Lors de son premier déplacement en Afrique subsaharienne fin juillet, M. Sarkozy avait évoqué à Dakar "l'imaginaire" du paysan africain "où tout recommence toujours" et où "il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès".
A propos de l'Irak, celui qui fut aussi ministre des affaires étrangères et ardent défenseur du refus de la guerre, a appelé à avancer "les yeux ouverts" et à "être lucides". "Donner une caution aujourd'hui à l'administration Bush sur l'Irak et sur beaucoup d'autres sujets, ce serait une erreur monumentale", a-t-il averti. "Pour avancer en Irak, il faut un préalable, un gouvernement d'union nationale et un vrai calendrier de retrait des troupes américaines", a souligné M. de Villepin."Si nous ne le faisons pas, nous mettons la main dans la porte", a-t-il dit, assurant que "non seulement nous n'apportons pas de contribution utile mais que nous prenons des risques pour notre sécurité".
Villepin: l'expression politique incombe aux seuls responsables politiques
PARIS (AFP) - L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, a estimé lundi que l'expression politique devait "être celle de ceux qui sont responsables", et qu'un secrétaire général de l'Elysée n'avait "pas de légitimité politique" à s'exprimer publiquement.
"L'expression politique doit être celle de ceux qui sont des responsables politiques", a-t-il déclaré sur Europe 1.
Le secrétaire général de l'Elysée "est peut-être le plus proche collaborateur du président de la République mais il n'a pas de légitimité politique", a-t-il insisté.M. de Villepin visait les interventions publiques de l'actuel secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, pour expliquer la politique du gouvernement ou parfois même clarifier ou encore rectifier les déclarations de certains ministres.
"Quand le Premier ministre s'exprime, il est responsable devant l'Assemblée nationale, quand le secrétaire général de l'Elysée s'exprime, il n'est responsable devant personne", a poursuivi M. de Villepin qui a lui-même occupé ces deux fonctions sous la présidence de Jacques Chirac."Dans un état de grâce, il peut être tentant de s'exprimer, mais plus délicat dans d'autres circonstances", a-t-il ajouté.
"Quand vous vous exprimez depuis l'Elysée et que vous n'êtes pas le président de la République, c'est très bien quand tout va bien, je dirais même que c'est facile", a-t-il poursuivi.Quand les choses deviennent difficiles, alors l'expression publique d'un secrétaire général de l'Elysée "devient embarrassante", a-t-il estimé.
"Cela mérite une solide réflexion sur nos institutions et sur le rôle de chacun", a conclu l'ancien chef du gouvernement.
Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a assumé son "rôle politique" auprès de Nicolas Sarkozy et sa présence dans les médias, dimanche lors du "Grand Jury" RTL-LCI-Le Figaro de la rentrée, devançant François Fillon, convié le lendemain sur France Inter.
Alors que son poids - inédit à ce poste - alimente les interrogations sur le rôle du Premier ministre, M. Guéant a assuré remplir la fonction qu'occupe "traditionnellement" le secrétaire général de l'Elysée, notamment veiller à ce que les décisions du président "soient mises en oeuvre"."Ce qui est nouveau, c'est que le secrétaire général de l'Elysée apparaisse parfois dans les médias", a-t-il expliqué.
Une consigne de M. Sarkozy lui-même, selon Claude Guéant: "le président autorise et même encourage ses collaborateurs les plus proches à s'exprimer", pour participer à une "information de l'opinion", un "compte-rendu permanent".S'il s'est reconnu sans peine "un rôle politique" dans "la conduite de l'Etat", le secrétaire général de la présidence a toutefois jugé que cela n'impliquait "pas du tout" la fin du Premier ministre, qui a "un rôle très éminent", notamment devant le Parlement.
Il n'empêche que, pendant près d'une heure, M. Guéant, qui s'est défini comme le "principal collaborateur" du chef de l'Etat, a abordé tous les sujets chauds du moment.Il n'a pas hésité à corriger la ministre de l'Economie Christine Lagarde qui avait parlé un peu plus tôt de "plan de rigueur" dans la fonction publique. Lui préfère évoquer un "plan de revalorisation".
Sur le dénouement attendu du dossier Suez-GDF, M. Guéant a confirmé qu'une fusion était "en train de s'esquisser" et a admis qu'elle entraînerait "une privatisation" du groupe gazier public.
Une ouverture du capital d'Areva, réclamée par la patronne du groupe nucléaire public Anne Lauvergeon? "Pas d'actualité", a-t-il tranché.
Sur les retraites ou la TVA sociale, sujets hautement sensibles, il ne s'est pas privé de fixer les termes du débat. "Augmenter la durée de cotisation", oui, mais pas forcément en relevant l'âge légal de la retraite, a-t-il assuré. Quant à la TVA sociale, il y a "d'autres hypothèses de travail" pour "alléger le coût du travail".
Le secrétaire général est encore allé jusqu'à s'interroger sur les "heures de scolarité" et le "programmes démentiels" des élèves, à la veille de la rentrée.
Cette importance médiatique et politique au côté d'un Nicolas Sarkozy parfois décrit en "omniprésident" devrait continuer à nourrir les interrogations sur la place de François Fillon.
A Matignon, on ne cache pas une certaine irritation. La présence dans les médias de proches du chef de l'Etat tels que Claude Guéant est "très compliquée", dit-on, alors même que M. Sarkozy a récemment qualifié M. Fillon de "collaborateur". Un homme politique n'est jamais un collaborateur", assure l'entourage du Premier ministre.
L'ancien Premier ministre, qui publie un livre sur Napoléon, affirme qu'il veut « comprendre » les ressorts de l'affaire Clearstream. Il évoque aussi la « rupture » et met en garde contre toute « soumission » vis-à-vis de l'Amérique.
«DANS l'histoire de France, le héros est tragique. » C'est de Napoléon que parle Dominique de Villepin, qui publie un nouveau livre enflammé consacré à l'empereur, « le Soleil noir de la puissance 1796-1807 » (Perrin). Mais c'est sans doute aussi à son propre destin que songe l'ancien Premier ministre, plongé dans la tourmente de l'affaire Clearstream qui pourrait devenir sa Berezina (lire page 3) .
L'homme qui reçoit en jeans et en bras de chemise les journalistes dans son bureau du centre de conférences Kléber, une annexe terne et quasi déserte du ministère des Affaires étrangères, cultive presque un air de l'empereur déchu et exilé... même si la place de l'Etoile n'est pas le rocher de Sainte-Hélène. L'arrivée de Nicolas Sarkozy, le rival détesté, à la présidence de la République, a balayé le souvenir de l'équipe Chirac-Villepin. Effaçant notamment un « bilan » dont l'ex-Premier ministre, après ses deux ans à Matignon, estime pourtant qu'il a contribué à la victoire de la droite.
Pire, les conditions de sa mise en examen ont été jugées « humiliantes » par ses proches : perquisitions dans son bureau, à son nouvel appartement et jusque dans sa voiture, exigence d'une caution de 200 000 € (contre 80 000 € pour le corbeau présumé Jean-Louis Gergorin) et surtout interdiction de tout contact avec Jacques Chirac.
Pourtant, l'homme qui défiait l'Amérique à la tribune de l'ONU ou se faisait filmer bronzé et en maillot à La Baule n'a guère perdu de sa superbe. Les traits paraissent peut-être plus marqués, la chevelure plus blanche, la silhouette plus mince, comme affûtée. Qu'il évoque Napoléon Ier , le sort de la France - celle de la Révolution comme celle de Sarkozy - ou l'impérieuse nécessité de ne pas se « soumettre » à l'administration Bush, le geste est passionné, le verbe abondant.
Si, en privé, Dominique de Villepin n'hésite pas à parler de « traversée du désert », il ajoute que la dernière « vraie » traversée du désert fut... celle du général de Gaulle avant 1958 ! Comment, alors, ne pas le sentir convaincu, au fond de lui-même, qu'un jour les « circonstances » lui permettront de retrouver un rôle public...
Dominique de Villepin. C'est moins une passion pour Napoléon que pour cette période de l'histoire de France : la Révolution, le Consulat puis l'Empire. Ma passion, c'est d'essayer de comprendre comment Napoléon va réussir, au sortir de l'Ancien Régime et à travers la Révolution, en dépit de l'engrenage meurtrier qui conduit à la Terreur, à terminer la Révolution et à doter la France d'un gouvernement stable.
Comment maîtrise-t-on les passions libérées au moment de la Révolution pour rebâtir une nation ? Voilà l'enjeu. Or ma conviction, c'est que Napoléon n'y parvient que provisoirement. Il y a des forces profondes et des peurs qui travaillent la société.
Jusqu'à quel point un homme seul peut-il peser sur l'histoire ?
Dans notre imaginaire collectif, le héros est celui qui se bat contre des forces immenses et qui ne l'emporte pas. Dans l'histoire de France, le héros est tragique. Voyez Jeanne d'Arc, Henri IV, Napoléon, de Gaulle : ça se termine mal. Car, pour nous, le héros est celui qui défie l'histoire, fait reculer les bornes du possible, s'attaque à des frontières surhumaines. Et qui, à travers sa chute, ensemence pour l'avenir. Le héros qui ferait son travail, aurait des résultats mais mourrait tranquillement dans son lit n'intéresse personne. Nous sommes un pays nourri d'épopées. Nous croyons - dans la grande tradition judéo-chrétienne - qu'il faut se lever et être debout face à des forces qui, souvent, nous balayent.
« Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer »
Eprouvez-vous aujourd'hui un sentiment de solitude ?
De solitude, oui. Mais je l'ai toujours eu. Même au soir de l'élection de Jacques Chirac en 1995, mon sentiment dominant n'a jamais été celui de la liesse mais, au contraire, l'inquiétude et l'angoisse : comment faire en sorte de ne pas décevoir ? Je dis donc aujourd'hui à ma famille politique bravo pour l'énergie, bravo pour la volonté, pour cette confiance qui est là, mais ne nous satisfaisons pas de cet état de grâce. Veillons à ce que les résultats soient très vite au rendez-vous pour répondre à l'attente des Français. Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer. Nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Et pour cela, nous avons besoin de davantage de débat.
Approuvez-vous la politique d'ouverture ?
Bien sûr, mais à condition que l'ouverture nous grandisse, qu'elle nous ouvre à d'autres idées et à davantage d'actions possibles, sans compromission. Elle ne doit pas diluer notre propre identité, pas plus que celle des personnalités extérieures qui acceptent de nous rejoindre. Celles-ci doivent pouvoir nous apporter la force de leurs expériences et de leur conviction, en toute indépendance. Le risque dans notre pays, c'est que la course aux honneurs et aux places, le développement d'un esprit de cour, par la flatterie, la peur et l'intérêt, tuent l'esprit critique. Je souhaite que la France ait avec elle toutes les forces de l'esprit : les arts, les sciences et, bien sûr, la grande littérature. Je veux avec force qu'on évite le conformisme, cet unanimisme stérile. Le problème n'est pas de gouverner en sachant jouer des vanités, comme Napoléon savait si bien le faire.
Vous visez qui ? Attali, Lang, Védrine, Rocard ?
Certainement pas ! J'ai beaucoup d'estime pour chacun, et je me réjouis que des gens de talent puissent apporter leur concours. Nous avons besoin que s'expriment des tempéraments, des personnalités fortes, mais pas des personnalités qui seraient tentées de se rallier en se reniant.
« Je veux éclaircir le mystère Clearstream »
Vous répétez que vous êtes, dans l'affaire Clearstream, non pas coupable mais « la » victime... Je suis injustement attaqué. L'affaire Clearstream, ce sont des centaines de victimes citées dans les listings falsifiés. Vouloir la réduire à une simple rivalité politique serait prendre le risque d'une erreur judiciaire. Je n'ai fait que mon devoir comme ministre des Affaires étrangères puis comme ministre de l'Intérieur en cherchant à évaluer des menaces pour les intérêts de la France. Je me bats pour la vérité et pour le respect de notre Etat de droit. Mais cela suppose la sérénité de l'instruction, alors que nous sommes confrontés à des atteintes permanentes au secret de l'instruction, avec des pièces sorties de leur contexte. Le 13 septembre (NDLR : jour de sa prochaine audition par les juges), je répondrai à toutes les questions des magistrats comme un citoyen ordinaire, et je pense que ce jour-là, la vérité fera un grand pas en avant. Je refuse tout avantage ou privilège : c'est pour cela que je n'ai pas réclamé que le dossier soit transmis à la Cour de justice de la République, comme j'aurais pu le faire.
Vous dénoncez un complot ?
Je ne crois pas à la théorie du complot. Mais je connais les logiques personnelles, politiques et médiatiques ainsi que, hélas, la lâcheté du système. La chasse en meute est tellement naturelle que bien peu osent se dresser et crier à l'injustice. Ce que je veux comprendre, c'est comment une affaire industrielle et internationale s'est peu à peu exclusivement transformée en une affaire politique, niant le tort qui a été fait à de nombreuses parties civiles qui ne peuvent être considérées comme marginales. Rien ne vient aujourd'hui expliquer ce tour de passe-passe. Je veux contribuer à éclaircir ce mystère.
Avez-vous le sentiment qu'il y a une rupture dans le pouvoir ?
Les vraies ruptures se mesurent à l'ambition des politiques mises en oeuvre et aux résultats obtenus. Si, dans deux ans, nous parvenons à baisser le taux de chômage de plus de deux points, comme mon gouvernement l'a fait dans les deux dernières années, j'en serai très heureux. La rupture, c'est d'aller plus loin, plus vite et plus fort. Si nous parvenons à dynamiser notre commerce extérieur, notre compétitivité, notre croissance pour atteindre les 3 ou les 4 %, alors, oui, je dirai que c'est une rupture...
Comprenez-vous que les relations de la France avec les Etats-Unis prennent un tour différent ?
Le souci d'avoir avec les Etats-Unis une relation vivante et exigeante est légitime. Développer les relations avec les Etats-Unis, oui. Faire preuve de soumission vis-à-vis de l'administration Bush, ce serait une erreur monumentale.
C'est le cas ?
Pour éviter un tel risque, il faut asseoir nos gestes diplomatiques sur des principes forts. Par exemple, aller en Irak pour assurer le peuple irakien de notre solidarité, très bien. Mais cela suppose deux préalables : 1. Qu'il y ait un vrai gouvernement de réconciliation nationale à Bagdad, ce qui n'est pas le cas. 2. Que cela ne passe pas pour un message d'accommodement vis-à-vis de Bush. Or c'est le risque. En 2003, notre politique a évité une crise entre l'Orient et l'Occident, et le discrédit total des Nations unies. Ne nous renions pas ! N'ayons pas honte de ce que nous avons fait ! Il faut rappeler que rien ne sera possible en Irak tant que les Américains n'auront pas fixé un calendrier clair de retrait de leurs troupes. Ce sera le débat central de l'élection présidentielle américaine.
Pensez-vous que l'action de Jacques Chirac sera, un jour, mieux reconnue ?
J'en suis convaincu. En politique, les pages se tournent brutalement, mais je crois qu'il faut toujours éviter l'ingratitude. Jacques Chirac a droit à notre reconnaissance et à notre respect. Je me rappelle les égards et les gestes de Jacques Chirac envers François Mitterrand à la fin de son mandat. Il y a là une tradition républicaine qui doit continuer de nous inspirer.
On vous sent impatient de retrouver la vie publique...
Il faut savoir reprendre son souffle, faire autre chose. Il y a mille façons de servir son pays quand on l'aime. On ne peut pas travailler comme je l'ai fait dix-huit heures par jour pendant quinze ans en préservant sa fraîcheur, son enthousiasme, sa capacité à renouveler ses idées. On a besoin de se ressourcer. Pour moi, c'est un moment privilégié. J'ai enfin du temps que je peux partager avec de nombreux Français. C'est la source de beaucoup de bonheur.
PARIS, JEUDI. Même lorsqu'il était au gouvernement, Dominique de Villepin a toujours écrit. Son dernier ouvrage, consacré à Napoléon, est sorti le 23 août. PARIS, JEUDI. Dominique de Villepin : « En politique, les pages se tournent brutalement, mai (LP/OLIVIER CORSAN.)
C’est un homme que la politique a rejeté, mais qui vient de retrouver un souffle de vie dans l’histoire de son pays. A l’image du procès de Jeanne d’Arc et de l’exil forcé de Napoléon, Dominique de Villepin est un peu dans la situation de ces deux grandes figures nationales. Coincé entre la mise en examen dans l’affaire “Clearstream” et l’observation critique du nouveau pouvoir en place, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac publie pour cette rentrée 2007 un nouvel épisode de l’histoire napoléonienne aux Editions Perrin, Le soleil noir de la puissance (1796-1807).
Alors que Nicolas Sarkozy, nouveau président de la République, accueille dans son sein des éléments du Parti socialiste, pourtant issus de ce qu’on appelle encore l’opposition, c’est bien Dominique de Villepin qui est en mauvaise posture, lâché de toute part par l’UMP qui fut pourtant sa famille politique. La publication de son ouvrage historique intervient donc, bien malgré lui, à un moment déterminant de sa vie, ce qui ne peut donner qu’un attrait supplémentaire à son contenu.
Ayant étudié en 2003 la vision des relations internationales de Dominique de Villepin, il est toujours frappant de retrouver dans ses écrits un mimétisme psychologique entre lui-même et son sujet d’étude. Indéniablement, l’homme public, c’est-à-dire, le politique, lie son histoire à celle de son pays. Bien qu’il soit toujours difficile de cerner un système de croyances sûr et défini sur un homme politique, La culture, l’éducation, l’expérience politique, associées à l’ambition personnelle, ont régulièrement conduit Dominique de Villepin aux limites de la rationalité. Sans que cela soit inquiétant ou péjoratif, l’irrationnel à travers cet amour pour la rêverie, la flamboyance et l’action face à la crise (l’homme aime d’ailleurs la crise, il ne s’en ait jamais caché) l’a toujours habité. Dominique de Villepin a ainsi une lecture particulière de l’histoire de France, dans laquelle se reflète son goût authentique pour la matière, mais aussi et surtout une capacité à jouer les passeurs entre le passé et le présent.
Dans la préface de son livre, Dominique de Villepin justifie le choix de son titre :
“La gloire de l’Empire ne cesse, depuis Sainte-Hélène, d’attirer historiens et essayistes. Passionné depuis toujours par l’époque et le personnage, j’ai préféré observer l’envers du décor en privilégiant l’analyse de la chute. Car bien qu’ébloui par le soleil d’Austerlitz, je pressentais qu’il ne s’agissait que d’un “soleil noir”. Pour moi, les ressorts de la chute sont à l’oeuvre dès le début de la geste napoléonienne, aux sources de l’Empire même, Empire impossible au sortir de la Révolution. (…) Elles [les causes de la chute de Napoléon] sont inscrites dans les gènes de l’aventure, marquée dès l’origine par la précarité d’un pouvoir miné par la fièvre révolutionnaire.”
Refusant que son ouvrage soit un énième livre sur Napoléon Bonaparte, Dominique de Villepin y ajoute sa touche particulière, celle de l’avoir préparé durant les cinq dernières années où il a exercé ses fonctions ministérielles :
“J’étais décidé à raconter l’ensemble de l’aventure. La densité des sujets à aborder, l’ampleur de la documentation, la qualité littéraire des témoignages m’ont persuadé de la nécessité de séparer la décennie de l’ascension du septennat du déclin. Ce livre, remanié depuis 2002, raconte donc l’histoire d’une élévation extraordinaire. Il se nourrit d’une conviction fortifiée par l’expérience personnelle, de la solitude du pouvoir, de sa fragilité, de son immense complexité, enfin de son caractère foncièrement tragique.”
Et sans démordre de son obession de l’action face au temps qui court (on se rappelle des “cent premiers jours” de son gouvernement), Dominique de Villepin ajoute sur le personnage historique :
“Nul mieux que Napoléon n’incarne cette course contre le temps ; cette lutte contre l’esprit de cour et les conservatismes qui incombe au responsable éphémère du destin d’un peuple. Sa chevauchée fantastique lui a fermé les portes du monde mais lui a ouvert celles de la postérité ; preuve que le temps du jugement ne se confond jamais avec celui de l’action.”
Le corps de l’ouvrage fait ensuite l’analyse du parcours du Premier Consul Bonaparte à l’avènement glorieux de l’Empereur Napoléon. Une analyse basée avant tout sur la très riche correspondance qu’a laissé Napoléon lui-même. Mais ne voulant pas enfermer son héros dans le carcan poussiéreux de la chronologie, Dominique de Villepin y a ajouté des études, des Mémoires et des biographies, privilégiant volontairement les écrivains aux spécialistes. Car même dans ses sources, Dominique de Villepin a voulu associer le politique à l’écrivain et provoquer ainsi, dans un de ses termes chéris, “l’alchimie“, c’est-à-dire cette vision des écrivains comme Balzac, Stendhal ou Suarès qui transcende de façon irrationnelle l’expérience du politique. Comment ne pas y voir là encore le mimétisme entre l’auteur et son sujet d’étude ?
Et au détour de quelques phrases se détache parfois la froide rancune de l’ancien premier ministre devant la situation de la France d’aujourd’hui :
“Depuis la chute de Robespierre, notre pays est à bout de rêve. La France entre à pleines voiles dans l’ère des notables, paix et propriété, nation de Siéyès et bientôt de M. Homais, que les romanciers vomiront.“
Reprenant Chateaubriand, Dominique de Villepin fait aussi sienne l’identification entre Napoléon et la France, entre l’homme et la nation :
“Une expérience journalière fait reconnaître que les Français vont instinctivement au pouvoir : ils n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur idole. Or, l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. Sous ces deux rapports, Napoléon avait sa source au coeur des Français, militairement inclinés vers la puissance, démocratiquement amoureux du niveau. Monté au trône, il fit asseoir le peuple avec lui, roi prolétaire, il humilia les rois et les nobles dans ses antichambres ; il nivela les rangs, non en les abaissant, mais en les élevant ; le niveau descendant aurait choqué davantage l’envie plébéienne, le niveau ascendant a plus flatté son orgueil.”
Le despotisme de Napoléon Bonaparte, bien que réformateur et éclairé, s’appuie néanmoins sur la seule force, élément important de la puissance de son empire, mais véritablement fossoyeur d’une nation démocratique. Sur cet élément de la “force vaine“, on voit resurgir l’ancien ministre des Affaires étrangères qui lutta naguère contre l’emploi de la force par les Etats-Unis face à l’Irak de Saddam Hussein. Usant constamment de la force à l’extérieur comme à l’intérieur, l’empire de Napoléon subit à son tour le poids de la force des autres nations coalisées contre lui :
“Le fracas de la chute rejoint l’extraordinaire de l’ascension par sa rapidité et sa dimension titanesque. Meurtrie par les deux traités de Paris, la France doit faire le deuil de son rêve hégémonique et rejoindre à son tour le cimetière des empires défunts. La leçon prouve que la force préside à la puissance mais jure avec sa pérennité.“
Dans cet ouvrage où la psychologie de l’homme politique vient s’aggripper aux pages jaunies de l’épopée impériale, Dominique de Villepin fait une analyse de la France d’hier et d’aujourd’hui, aussi mélancolique que désabusée. Admirateur d’un passé glorieux mais éphémère, l’ancien premier ministre semble regretter avec amertume l’immobilisme éternelle d’une France attachée à l’ordre, à la propriété et finalement à la vanité et à la jouissance immédiate que lui offre le présent. Le passeur de feu, aimant défier la crise par l’action, continue de nourrir le remord d’une ambition inachevée, s’accrochant à la mémoire de Napoléon Bonaparte et délaissant l’ordre bourgeois honnis à son meilleur ennemi, Nicolas Sarkozy.
“Le soleil noir” de Napoléon Bonaparte est finalement un peu celui de Dominique de Villepin. Un colosse aux pieds d’argile dont l’action perpétuelle pouvait le sauver temporairement de sa chute attendue. L’homme rêve-t-il encore de ressuciter de ses cendres ?
OG
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Okan GERMIYAN est blogueur citoyen. L’écriture, la culture, le patrimoine, l’Histoire, la vie politique et les relations internationales sont ses principaux centres d’intérêts. Ancien chargé d’information à la Présidence de la République, il est diplômé en science politique (Paris 2 Panthéon-Assas, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et en histoire (Paris 4 Sorbonne).