PARIS (AFP) - Le Premier ministre Dominique de Villepin, grand amateur de lecture, a inauguré avec un plaisir manifeste le Salon du livre à Paris jeudi, à la veille de l'ouverture au public de la manifestation avec l'Inde pour invitée d'honneur, au terme d'une année plutôt morose pour le secteur en France.
Le premier ministre s'est arrêté dans une vingtaine de stands en près d'1h30, alternant grandes maisons et éditeurs littéraires plus confidentiels.
Tous lui ont offert des ouvrages. Il n'en a refusé qu'un, un manuel de maths de classe de 4e. "C'est un peu au-delà de ma compétence", a-t-il souri.
Ailleurs, il s'est saisi de lui-même d'un "Guide pour réussir ses changements professionnels", commentant: "Cela va me servir".
Dans un tumulte bien éloigné de celui de la campagne électorale, il a félicité une "éditrice indépendante". "Moi", lui a-t-il confié, "je suis pour l'indépendance en tout!"
Le chef du gouvernement s'est arrêté plus longuement devant certains stands, s'émerveillant d'une édition rare de l'auteur allemand Paul Celan, ou faisant partager son admiration pour la romancière Zoé Valdes.
Dans une manifestation où il comptait de nombreuses connaissances personnelles, le Premier ministre a, enfin, éludé toutes les questions sur le livre qu'il écrit actuellement dans le secret de Matignon.
La 27è édition du salon est réduite à cinq jours (23-27 mars), contre six les années précédentes, mais deux nocturnes jusqu'à 22H00 sont programmées, les vendredi et mardi, pour prolonger l'accès des visiteurs.
Grand rendez-vous des amoureux du livre, le Salon accueille chaque année quelque 2.000 auteurs, français et étrangers, pour des rencontres et séances de dédicaces, qui constituent l'attraction préférée du public. Outre les habitués du salon --comme Marc Levy ou Amélie Nothomb-- Fred Vargas, Emmanuel Carrère et l'Américain Harlan Coben sont cette année annoncés.
Après le forfait de la Corée du Sud, d'abord pressentie comme invitée, le choix s'est fixé sur l'Inde en septembre. La rapidité avec laquelle l'édition indienne a su répondre à l'invitation témoigne de son professionnalisme et du dynamisme d'une littérature à l'image de l'Inde moderne.
"Ses auteurs habitent partout, s'expriment partout, publient partout, et le monde entier commence enfin à s'intéresser à cet immense réservoir de talents", souligne Dominique Vitalyos, conseillère du Centre national du livre (CNL).
Trente écrivains indiens, invités officiels du salon, participeront pendant cinq jours à des rencontres sur tous les aspects de la littérature indienne. Vikram Seth, auteur phare de la nouvelle génération indienne, Tarun Tejpal, mais aussi les romancières Abha Dawesar et Shashi Deshpande, seront présents.
Un concours "A la découverte de l'Inde" a été lancé auprès des lecteurs pour décerner le prix "Grand public Salon du livre" parmi 15 livres sélectionnés.
Autre nouveauté 2007, une "terrasse politique" sera le lieu des débats sur tous les sujets de société qui animent la campagne présidentielle. Mais les visiteurs retrouveront également leurs lieux de rendez-vous habituels : Carré des arts, Club jeunesse ou Espace BD.
Organisé par le Syndicat national du livre (SNE), le salon ouvre ses portes après une année 2006 marquée, selon le magazine professionnel Livres Hebdo, par une baisse de 1,5% du chiffre d'affaires des ventes de livres au détail en France. Soit le plus mauvais résultat du secteur depuis 15 ans.
La production a en revanche connu un nouveau bond, avec 58.000 nouveaux titres, soit 8,5% de plus que l'année précédente.
En 2006, la fréquentation du salon avait été en hausse de 5,4% par rapport à l'année précédente, avec 174.000 visiteurs (dont 54.000 entrées payantes).
("Salon du livre de Paris", du 23 au 27 mars - Porte de Versailles, 09H30/20H00 - Nocturnes jusqu'à 22H00 les 23 et 27, le 26 jusqu'à 18H30 - Entrée 5 euros, gratuit pour les -18 ans et les étudiants de moins de 26 ans)
PARIS (AFP) - L'élection présidentielle inspire les écrivains, qui débattent de la campagne électorale au Salon du livre de Paris, et ne ménagent pas les candidats: "paranoïaques", "incultes", opportunistes...
Sans pitié, même avec ceux pour qui ils disent vouloir voter, le gratin des auteurs français dresse chaque jour un tableau souvent accablant de la vie politique française, sur la "Terrasse politique" au centre du salon.
"Les candidats, notamment les trois principaux, sont beaucoup moins cultivés que ne l'étaient de Gaulle, Pompidou ou même Mitterrand. Chez de Gaulle, on entendait Suétone derrière les discours. Je n'entends pas Suétone chez Nicolas Sarkozy, ni Tacite chez Ségolène Royal", résume dimanche matin Marc Lambron, auteur de "Mignonne, allons voir..." (Grasset) sur la candidate socialiste.
"En gros, dans cette élection nous avons une énarque (Royal), un avocat (Sarkozy) et un agrégé (Bayrou), même si Angelo Rinaldi a écrit qu'il l'avait oublié depuis longtemps. Il y a moins de romans dans la tête des candidats, ce qui ne les empêche pas d'être assez romanesques", poursuit-il.
François Bégaudeau vient de publier "Une année en France" (Gallimard), sur les crises - référendum, banlieues, CPE - qui ont secoué le pays. "C'est vrai que Ségolène Royal est assez inculte, en tous cas pas dans la tradition de ceux qui avaient lu tout Chateaubriand. Et par ailleurs, c'est une piètre oratrice, ce qui me la rend éminemment sympathique", dit-il. Bégaudeau votera, malgré tout, pour la candidate socialiste, qu'il trouve "plus à gauche que Bayrou".
"Il y a un objet mythologique non identifié qui s'appelle Ségolène Royal, essayons de comprendre d'où ça vient ? (...) Qu'est-ce qu'un +discours participatif+ quand il est tenu par une autocrate ?", reprend Marc Lambron.
Les échanges, toujours cordiaux, peuvent être passionnés. Marc Dugain, en tête des ventes de livres avec "Une exécution ordinaire" (Gallimard), soutient François Bayrou, ce qui suscite une grande curiosité autour de la table.
"C'est quelque chose que je n'aurais jamais fait avant, explique-t-il. Je pense que c'est le moins paranoïaque des candidats. Ce qui m'intéresse, c'est que l'on casse cette République qui est celle de la sous-représentation".
"Ségolène Royal, pour moi, c'est pas la gauche. Aujourd'hui, on se rend compte que ce clivage droite-gauche est entretenu artificiellement par des gens qui ont des intérêts plus personnels que collectifs", poursuit Dugain.
L'engagement politique des intellectuels et des écrivains revient dans le débat. "L'engagement a mauvaise presse parce que c'est un terme qui a des casseroles aux fesses", note François Bégaudeau. Lambron acquiesce et conclut que "les intellos feraient bien d'être modestes et d'essayer de comprendre".
Le Premier ministre, accompagné de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication, a visité le site qui accueillera la Philharmonie de Paris, futur grand auditorium complétant le programme de la cité de la musique, le 20 mars.
Je suis très heureux de commencer ce discours, sans avoir à dire "Mesdames, Messieurs". Donc, bien qu’il y ait quelques messieurs, ce sera
Mesdames,
Mes chères amies,
La dernière fois que j’ai été devant une assemblée aussi impressionnante, c’était en Bulgarie. Lors de ma conférence de presse, il y avait la presse bulgare à gauche, et il y avait la presse internationale à droite. Et la presse bulgare n’était composée que de femmes, et la presse internationale à peu près que d’hommes. Donc, ça a fait un équilibre sympathique.
En tout cas, c’est une grande joie que de vous accueillir ici, dans les salons de Matignon, même si on peut s’interroger sur la caractéristique d’une "Journée de la femme", je le disais à mon épouse, qui rigolait en descendant. Pour nous, la Fête des femmes à la maison, c’est tous les jours. Elle aimerait le croire. Mais enfin... On se donne du mal, on fait des efforts en tout cas.
En tout cas, c’est l’occasion pour nous de réfléchir sur la place de la femme et des femmes dans notre société, de souligner l’importance du combat pour les droits de toutes les femmes, et à ce problème qui reste un problème, celui de l’égalité entre les hommes et les femmes, et en particulier dans la vie professionnelle, mais aussi dans la vie de tous les jours. C’est aussi pour moi, plus simplement, de rendre hommage au travail de chacune de d’entre vous, qui vous consacrez au service, ici, de Matignon.
Alors, je le sais, Matignon, c’est une maison passionnante, mais c’est aussi une maison difficile, une maison exigeante, et vous toutes, nous tous ici, sommes au service d’une mission qui nous dépasse. Donc, je le sais, il y a souvent pour chacune d’entre vous beaucoup de sacrifices à faire dans le service des Français.
Merci donc pour votre dévouement, pour votre engagement, pour votre enthousiasme, pour votre détermination, pour la façon avec laquelle vous accomplissez cette mission.
Alors je pense à chacune d’entre vous, je pense aux juristes qui, au secrétariat général du Gouvernement garantissent la qualité et la régularité de nos textes législatifs.
Je pense à toutes celles qui assurent la gestion des services, des ressources humaines, du budget.
Je pense également à celles d’entre vous qui travaillent à la communication du gouvernement et qui font en sorte que la politique que nous menons soit bien comprise de nos concitoyens.
Je veux remercier aussi les gendarmes, les fonctionnaires des services de police, les officiers de sécurité qui veillent sur notre sécurité à tous, ainsi que l’ensemble des techniciennes sur qui repose la vie quotidienne de l’Hôtel de Matignon, les huissières, les jardinières, les conductrices. Grâce à vous Matignon c’est une maison qui fonctionne et dans laquelle, je crois, il fait bon travailler.
Je n’oublie pas enfin les conseillères de mon cabinet, leurs assistantes, dont les journées sont, je le sais, quand je les croise tard, dont les journées sont fort longues.
Chacun de ces métiers, vous l’exercez au meilleur niveau, en recherchant toujours l’excellence et l’efficacité, avec la conscience de l’importance de votre tâche, de notre tâche à tous. Vous l’avez fait en ne comptant ni votre temps, ni votre énergie. Et je sais combien il est parfois difficile de concilier la vie familiale et la vie professionnelle.
Par votre courage, vous êtes à l’image des femmes de notre pays. Avec plus de 80 % de femmes actives, la France est l’un des tout premiers pays pour le travail des femmes.
Elles ont conquis une place essentielle dans tous les domaines de la vie économique, en créant des entreprises, en innovant, en prenant des risques, en prouvant leur talent à des postes de direction ou dans des métiers qui ont souvent été réservés uniquement aux hommes.
Les femmes jouent aussi un rôle essentiel dans le renforcement de la cohésion de notre société. Elles le font souvent, là où c’est le plus difficile, et je pense dans les banlieues où beaucoup d’entre elles sont confrontées au chômage, où les jeunes filles ont souvent plus de mal à imposer leurs choix qu’ailleurs, et où le seul rempart contre la discrimination, c’est la République, c’est notre pacte républicain.
Les femmes qui se battent dans ces quartiers pour le respect, pour la laïcité et la liberté, nous rappellent que rien n’est jamais acquis dans ce combat : car malgré tous les progrès accomplis, l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas reconnue partout dans notre pays et n’est pas toujours inscrite dans la réalité sociale et professionnelle. Or une société qui ne fait pas toute leur place aux femmes, une société qui ne protège pas les femmes de la violence et des discriminations, c’est une société qui ne peut pas avoir confiance en elle et en son avenir.
C’est pour cela que j’ai voulu au Gouvernement prendre toute ma part dans ce combat pour l’égalité et la justice envers les femmes, et je veux remercier et saluer, Catherine Vautrin pour son engagement et pour son efficacité.
Nous avons porté de 16 à 18 ans l’âge minimum pour le mariage, afin de protéger les jeunes filles des mariages forcés.
Nous avons également progressé dans la voie d’une véritable parité dans le domaine politique : désormais la plupart des exécutifs locaux devront respecter une parité réelle. C’est une véritable révolution qui va s’engager et ouvrir bien plus largement les portes de la vie politique aux femmes.
Enfin nous avons fait de l’égalité dans la vie professionnelle un axe fort de notre politique économique.
La loi sur l’égalité salariale fixe aux partenaires sociaux l’objectif de supprimer les écarts de rémunération dans toutes les entreprises d’ici 2010.
Nous avons également reconnu et conforté le statut des conjoints collaborateurs dans les petites et moyennes entreprises artisanales, commerciales ou encore agricoles.
Dans la fonction publique, les différentes administrations ont pris 280 engagements pour garantir l’égalité des carrières, et notamment pour faciliter l’accès des femmes aux postes d’encadrement supérieur.
Surtout nous avons pris des mesures qui permettront de concilier plus facilement la vie professionnelle et la vie familiale en augmentant le nombre de crèches, en réformant le congé parental, en développant les services à la personne.
Ces progrès, nous pouvons bien sûr en être fiers. Mais il reste de nombreux domaines dans lesquels il faut aller plus loin. Il y en a un qui me tient particulièrement à cœur, et qui concerne l’éducation. L’éducation, vous le savez, c’est la clé de tout. La clé de l’emploi, c’est la clé de la réussite, mais aussi de la capacité à affirmer ses droits, ses opinions, sa liberté. A l’école, les filles réussissent souvent mieux que les garçons. Et pourtant, elles ne sont pas toujours encouragées dans leurs ambitions. Trop souvent on les décourage même de s’engager dans des études longues, ou vers des carrières scientifiques. C’est inacceptable dans une République qui veut offrir à tous ses enfants le même accès au savoir. C’est également un obstacle pour le dynamisme de notre pays qu’il nous faut encourager. Je pense que c’est l’un des grands chantiers pour faire progresser encore l’égalité entre les hommes et les femmes.
Mesdames, chères amies,
Avant de terminer, je voudrais vous redire avec beaucoup de force toute ma reconnaissance pour le travail que vous effectuez ici au quotidien. C’est une chance pour notre pays de pouvoir compter, ici, à Matignon, où tant de décisions importantes sont prises, et où se joue chaque jour l’avenir de notre pays, sur chacune d’entre vous, sur votre compétence, sur votre savoir-faire, sur votre détermination, sur votre enthousiasme. Croyez bien qu’au quotidien, on sent la différence, on sent ce que vous apportez. Et je tiens à chacune vous en remercier.
Faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes
A l’occasion de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, Dominique de Villepin a réaffirmé, en présence de Catherine Vautrin, l’importance du combat mené pour l’égalité entre les hommes et les femmes tant dans la vie professionnelle que personnelle. On compte plus de 80 % de femmes actives en France, ce qui fait de notre pays un des mieux placés en Europe. "Les femmes ont conquis une place essentielle dans tous les domaines de la vie économique et jouent un grand rôle dans la cohésion de la société, notamment dans les banlieues", a insisté le Premier ministre.
En rappelant les réformes engagées par le Gouvernement pour favoriser la justice envers les femmes - lois sur la prévention et la répression des violences au sein du couple, sur la parité en politique... - Dominique de Villepin a souhaité ouvrir un nouveau chantier dans la lutte pour la parité : l’éducation. C’est "la clé de l’emploi, de la réussite, mais aussi de la capacité à affirmer ses droits, ses opinions et sa liberté. [...] Et pourtant les filles ne sont pas toujours encouragées dans leurs ambitions", a-t-il déclaré.
Autre domaine prioritaire : l’égalité professionnelle. Catherine Vautrin a signé, ce même jour, un accord-cadre pour le développement de l’égalité professionnelle dans les TPE et les PME. Par ailleurs, la loi du 23 mars 2006 relative à l’égalité salariale fixe aux partenaires sociaux l’objectif de supprimer les écarts de rémunération dans toutes les entreprises d’ici à 2010.
Concernant la lutte contre les violences faites aux femmes, un numéro unique sera prochainement mis en service afin d’orienter les femmes en difficulté vers des structures et des solutions adaptées. "Une société qui ne protège pas les femmes des violences et de la discrimination, c’est une société qui ne saurait avoir confiance en elle et en son avenir", a souligné le Premier ministre.
Visite de la Kennedy School of Government : séance de questions réponses
Question
Je m’appelle Tafik Rahim. Je suis étudiant ici à la Kennedy School et je viens du Canada. M. le Premier ministre, merci pour votre intervention aujourd’hui et pour votre appel à un nouvel ordre mondial. Avant de poser ma question, permettez-moi de souligner que j’espère qu’après vos déclarations sur le conflit israélo-palestinien, vous allez travailler avec le reste de vos collègues européens pour reconnaître le gouvernement démocratique de Palestine et sa légitimité, et amener le Quartet à cette conclusion également. Ma question a trait à votre analyse du désordre du monde et au respect des différentes identités. Je me demande comment vous voyez ces deux choses dans le contexte de votre situation interne en France, et le rôle que le désordre et, parfois, la non-reconnaissance des différentes identités jouent et ont joué dans le mouvement que nous avons vu se dérouler en France ces deux dernières années. Je veux parler plus spécifiquement du sentiment d’exclusion économique qui touche de nombreuses banlieues. Je veux parler de ce sens de non-participation ressenti par de nombreuses communautés immigrantes, et en quelque sorte le manque de capacité à avoir une identité musulmane en France et à l’exprimer.
Dominique de Villepin C’est une question difficile, mais très importante. Et chaque pays doit trouver une réponse prenant en compte sa propre histoire. L’histoire française est très spécifique, parce qu’à l’époque moderne, tout a commencé en France par une révolution [rires]. Et avec cette révolution, nous avons pris une position très importante, qui est de dire que chaque homme, quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit sa religion, a une valeur universelle. Et cela nous a mené à bâtir une République dans laquelle nous reconnaissons seulement les citoyens, et non les communautés.
Je fais donc une différence importante entre les communautés et l’identité. Je pense qu’il est très important de garder la partie universelle de chacun d’entre nous, intacte. Et nous avons toujours considéré en France que reconnaître les communautés, c’était ôter quelque chose à la République. Nous considérons donc que chacun doit être reconnu pour soi-même, et non parce qu’il appartient à un groupe religieux ou ethnique. Cela nous amène à un défi particulièrement difficile, et la situation est bien sûr très différente de celle du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Mais je pense qu’il est très important, au bout du compte, que ceci crée des droits, bien entendu, pour chaque citoyen du pays, mais cela crée aussi des devoirs pour chacun d’entre eux. C’est pourquoi nous avons décidé de voter une loi sur les signes religieux à l’école qui ne permet pas de montrer sa croyance religieuse dans les écoles. Nous avons l’impression que nous entrerions dans le domaine des communautés si nous acceptions par exemple que les jeunes musulmanes aillent à l’école avec un voile. Je pense que la position que nous avons prise est culturellement très importante, et que nous devons la garder.
Sur le plan économique, cela suppose, évidemment, que nous puissions donner une deuxième chance à celui qui a débuté dans notre société à une position difficile, venant de l’étranger ou venant de quartiers défavorisés sans trouver la voie pour s’intégrer dans la société. Cela signifie faire un effort spécial, mais pas ce que nous appellerions la discrimination positive. Nous devons donner une nouvelle chance et faire en sorte que la société se mobilise afin de trouver la bonne réponse pour chacune de ces personnes. Le problème est donc le suivant : comment pouvons-nous rester fidèles à nos valeurs, à notre vue de la République universelle, et en même temps trouver des réponses personnelles et collectives pour chaque cas dans notre République. Cela signifie que chaque citoyen de ce pays doit croire qu’il fait partie de la solution. Il doit être motivé à trouver la bonne solution. Et bien sûr, quand vous vous trouvez face à des difficultés économiques, il peut être plus difficile pour certaines personnes d’accepter de participer à ces jeux, d’accepter ces règles, mais je pense qu’il est important dans nos sociétés de s’assurer que ces valeurs communes et universelles soient au cœur de notre système car elles constituent les meilleures réponses que nous pouvons aux attaques venues de l’extérieur, à l’islamisme par exemple, ou à toute attitude radicale. Je pense donc que chaque pays suit sa propre voie, mais il est très important pour nous de rester fidèle au chemin de la République universelle.
Question Bonsoir Monsieur le Premier ministre. Je m’appelle Lyane Couri, je viens de Syrie, et je suis en première année à Harvard. Vous avez parlé de possibles négociations avec la Syrie au sujet du problème libanais et de la question iraquienne. J’ai été éduquée au lycée français d’Alep, et je me demandais comment vous pensez que nous pourrons y arriver : est-ce qu travers des écoles, des organisations... ? Comment peut-on faire en sorte que la Syrie, et pas seulement la Syrie, négocie et travaille avec le reste du monde ?
Dominique de Villepin Et bien, je crois que vous avez raison : ce n’est pas seulement le problème de la Syrie, mais le problème du Proche-Orient dans son ensemble, et je pense que nous avons aujourd’hui une nouvelle situation dans la région. Ces dernières années, le nombre de crises a augmenté. Il y a cinq ans, il n’y avait qu’une crise au Proche-Orient : le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui nous en avons quatre : l’Iraq, le Liban, le Liban et la Syrie, et Israël et les territoires palestiniens. Quatre crises : si l’on ne s’en occupe pas, ces quatre crises vont devenir demain une seule et grande crise au centre des problèmes du monde.
Plusieurs développements très positifs ont eu lieu au cours de ce dernier mois. Le premier est le fait que de nombreux pays arabes sont aujourd’hui prêts à s’impliquer dans un processus de paix. Je pense que l’attitude de l’Arabie Saoudite, par exemple, de l’Egypte, de la Jordanie, qui essaient de favoriser une meilleure compréhension parmi les Palestiniens, parmi les Libanais, montre qu’ils comprennent que s’ils ne font rien, alors la coupure entre d’un côté les radicaux et de l’autre les modérés va créer une situation très, très difficile à gérer. Je pense donc que de plus en plus de pays comprennent que s’ils n’agissent pas de façon positive, s’ils ne prennent pas dans leurs mains le futur de la région, il devront faire face à des temps difficiles.
Et je crois que la Syrie peut comprendre qu’il pourrait être difficile de faire face à une situation de chaos en Iraq, une situation de grandes difficultés au Liban, et d’absence de perspective pour la région. Au bout du compte, il pourrait être difficile pour eux de traiter avec une situation aussi complexe. Je pense donc que le problème est donc de savoir comment nous pouvons réintégrer tous ces pays différents, l’Iran, la Syrie, en s’assurant qu’ils comprennent qu’ils ont des obligations, qu’ils doivent se conformer à leurs obligations internationales, et en leur faisant aussi comprendre qu’ils peuvent y trouver un avantage certain à se comporter d’une façon différente.
Bien sûr, la Syrie va avoir un intérêt économique certain pour les Syriens, un intérêt politique très fort, et un intérêt social à faire partie du jeu de la région et à décider de ne pas regarder seulement leurs propres problèmes, mais de regarder la région et d’interagir collectivement non seulement avec les grands pays, mais aussi avec les pays de la région. Je pense donc que nous sommes peut-être à un moment charnière, si nous parvenons à faire comprendre à tous ces pays et ces peuples que quelque chose doit être fait. Si nous ne le faisons pas, les groupes plus radicaux seront les vainqueurs dans la région. Je pense donc que la responsabilité devrait être présente, et nous devons vraiment essayer de profiter de cette prise de conscience qui se produit dans la région aujourd’hui. Je pense donc que s’il y a certaines raisons d’être pessimiste sur l’avenir du Moyen-Orient, nous avons également aujourd’hui des opportunités qui s’offrent à nous et qui doivent nous permettre d’envisager l’avenir d’une façon différente.
Question M. le Premier ministre, merci d’être parmi nous. Je m’appelle Eric Maltheim, et je suis en deuxième année à la Kennedy School. Je travaille actuellement sur ma thèse, qui porte sur le chômage en France [rires]. L’un des éléments que vous avez mentionnés est l’idée d’avoir une République universelle, où chacun est membre de la nation et pas uniquement d’une certaine communauté. Mais comme vous le savez, il y a certaines communautés qui connaissent des problèmes de chômage beaucoup plus prononcés que d’autres. Quelle est votre solution ou quelles sont vos idées pour résoudre cette disparité ?
Dominique de Villepin Et bien j’espère que, tout d’abord, dans quelques mois ou quelques années, vous n’aurez plus aucune raison d’écrire une thèse sur un tel sujet. Nous avons travaillé très dur sur ce sujet. Quand je suis arrivé il y a deux ans, le chômage était à 10,2 % ; il est aujourd’hui à 8,4 %, et nous espérons passer sous les 8 % à la fin de l’année. Mais nous faisons toujours face à des difficultés majeures : les jeunes, le problème des seniors, des gens au-dessus de 50 ans, le problème des femmes, qui sont tous des problèmes très spécifiques sur le marché du travail.
Ma conviction est qu’il n’y a pas juste une seule raison, mais de très nombreuses raisons, et il y a la difficulté de la France à s’adapter aux nouvelles règles de l’époque actuelle, qui est la mondialisation. Et ceci signifie que nous devons être très pragmatiques dans l’utilisation des différents instruments qui peuvent nous aider à obtenir un meilleur résultat. Le problème est que, en France, nous devons faire face à une situation dans laquelle une grande partie de la société a peur de prendre des décisions radicales. Ils ont peur que le système social traditionnel change trop, et qu’ils puissent se retrouver dans une situation où ils n’auraient aucune protection. Nous devons donc prendre les mentalités en compte, la façon dont les gens pensent et les réalités de l’histoire.
Nous sommes un pays spécial, où le niveau de protection est élevé, le rôle de l’Etat est traditionnellement important, et quand les choses ne vont pas bien, les gens disent : "que fait l’Etat ? Que fait notre Gouvernement ?" . Ici, ils disent "je vais faire face à cette situation par moi-même". En France, ils croient que la première responsabilité est celle de l’Etat. Je pense que nous ne devons pas couper brutalement avec cette tradition, mais plutôt adapter notre système progressivement, et pour cela nous devons procéder d’une façon graduelle, et nous voulons être sûrs que tout le monde va soutenir les réformes, ce qui est très difficile car de temps en temps, vous voulez aller vite, vous voulez prendre un raccourci, et parfois vous avez tort car vous vous retrouvez avec tout le monde dans la rue.
C’est donc une question de contexte, de situation. Je pense qu’il peut y avoir de meilleurs moments pour réaliser des réformes importantes, juste après une élection présidentielle par exemple [rires]. Mais je pense en tous les cas que nous devons trouver un consensus dans lequel tout le monde comprend que si nous voulons avoir plus d’emplois, nous n’avons pas besoin de travailler moins pour que les autres aient une petite part. Au contraire, nous devons tous travailler plus pour obtenir plus de marchés et plus de compétitivité [applaudissement]. Cela fait partie d’une transformation importante, d’une révolution des esprits. Et c’est, je le crois, une nécessité qui doit être préparée. Et afin de la préparer, nous devons forcer le pays à regarder de plus près ce que font les autres pays, à regarder plus à l’extérieur, à regarder les expériences différentes, à regarder à ce que font les Allemands, les voisins, et tous les pays. Comparer les différentes possibilités.
Bien sûr, cela pourrait être plus facile si la croissance était plus élevée dans notre pays. Nous sommes à environ 2 % aujourd’hui. Avec une croissance de 3 %, il est plus facile de réaliser ces transformations parce que les gens ont plus confiance, ils regardent l’avenir d’une meilleure façon. Je pense donc que nous devons obtenir cette bonne conjoncture qui nous permettra d’avancer, de prendre les bonnes mesures, et de changer significativement le système, mais en gardant à l’esprit que nous avons un système très spécifique, qui inclut un bon compromis entre la protection sociale et l’initiative. Nous devons l’améliorer, mais pas transformer radicalement le système.
Question Christian Marquant, étudiant de mi-carrière à la Kennedy School. Je pense également que notre système est vieux : il n’est pas seulement spécifique, il est vieux. Et je pense que, dans une certaine mesure, le système américain, même s’il est beaucoup plus jeune que le notre, est vieux de certaines façons. Et ces systèmes ne sont peut-être pas, par définition, les plus faciles à transformer. Vous avez mentionné la possibilité d’une nouvelle éthique internationale. Que penseriez-vous de la possibilité d’une nouvelle éthique à l’intérieur de nos frontières ? Vous avez dit que, dans la sphère internationale, transformer le système en entier est parfois plus facile. Peut-on envisager la possibilité d’un jour où notre système pourrait réellement changer, et où nos valeurs pourraient vraiment être vivantes : liberté, égalité, fraternité ?
Dominique de Villepin Je pense que dans une démocratie, c’est un combat de tous les jours. La liberté n’est pas quelque chose que vous obtenez pour toujours. Et l’égalité n’est pas quelque chose que vous pouvez considérer avoir atteint, et voilà. Et il est vrai que dans notre pays, comme dans toute démocratie ancienne, nous nous habituons aux situations, et nous devons vraiment être convaincus que nous devons nous adapter tous les jours.
Si vous prenez la liberté, c’est vrai que si vous voulez innover, si vous voulez créer, si vous voulez avoir l’impression que vous donnez le meilleur de vous-même, vous devez avoir un système qui vous aide. Si vous avez une idée, si vous voulez créer une entreprise, ce doit être facile. Bien sûr, dans une France traditionnelle, avec un Etat lourd, c’était très difficile par le passé. Cela devient plus facile. Mais c’est une chose sur laquelle nous devons travailler, et nous devons y travailler avec beaucoup d’humilité. Je crois que l’égalité est l’un des facteurs-clés du changement en France, parce que l’égalité est souvent vue comme un synonyme de jalousie. Nous sommes prêts à ne pas avoir plus si le voisin n’a pas plus. C’est une perversion du système. Nous devrions vivre dans un pays où tout le monde pourrait atteindre le sommet, tout le monde pourrait avoir une vie différente s’il fait les bons choix, et travailler et récolter les fruits de son travail.
Peut-être y a-t-il une sclérose dans de nombreuses parties de notre société. C’est pourquoi je crois que nous devrions continuer à aider ceux qui en ont besoin, principalement les jeunes, ceux qui n’ont pas les mêmes chances que les autres. Notre système universitaire, notre système des Grandes Ecoles dit s’ouvrir, et je crois que la mondialisation nous permet d’avoir des contacts, des échanges, d’ouvrir notre système, et cela va, je le pense, changer la mentalité des gens. Je ne suis donc pas pessimiste sur la possibilité de faire ceci. Je ne pense pas que les choses sont meilleures dans les autres pays. Je pense qu’afin de garder ce qui est bon dans notre pays, nous devons aussi nous ouvrir aux différences, et c’est pourquoi je crois que nous devons aussi rester fidèles à quelque chose qui est une tradition importante de notre pays : sortir, partager nos valeurs avec les autres, avoir un sens et un esprit d’initiative et d’aventure. C’est aussi ça, l’esprit français. Je pense que nous devrions vraiment développer cela dans notre pays.
Question Bonjour. Je m’appelle Diane Degammo et je suis en première année à Harvard. Ma question porte sur vos remarques sur la différence entre les universités et les Grandes Ecoles. Mes cousins de France vont actuellement à l’université et débutent dans la vie active, et une chose que j’ai vraiment remarquée est que, même si c’est formidable que l’université gratuite donne des opportunités à tellement de gens, il existe malgré tout une très grande disparité entre les diplômés des universités et ceux des Grandes Ecoles. Comment peut-on améliorer la situation de ceux qui n’ont pas eu la possibilité d’étudier dans les Grandes Ecoles, et donc améliorer la vision que les jeunes français ont de leur avenir ?
Dominique de Villepin Je crois que la réponse est d’essayer de créer beaucoup plus de relations entre l’université et les Grandes Ecoles. Il devrait être plus facile pour un étudiant de l’université d’intégrer les Grandes Ecoles, et pour quelqu’un d’une Grande Ecole d’aller à l’université et de suivre une carrière différente. La clé réside donc dans plus d’échanges.
Il y a un deuxième facteur qui, je le pense, est très important dans notre système, et cela pourrait aussi être un défi pour toutes les démocraties. Nous devons comprendre que la vie ne s’arrête pas à 20, 22 ou 24 ans. Et quel que soit votre diplôme, quelles que soient les études que vous avez suivies, il n’y a rien de plus important que votre personnalité. Et la personnalité, ce n’est pas toujours quelque chose que vous obtenez seulement à l’école, à l’université ou par l’éducation. C’est quelque chose que vous développez à travers votre expérience de la vie. Donc, plus vous voyagez, plus vous vous mélangez aux autres, plus vous connaissez la culture des autres, plus vous êtes capable de comprendre la langue des autres et la différence culturelle, plus vous pouvez découvrir votre capacité à changer les choses, plus vous allez vous ajuster et vous adapter dans la vie.
Ma conviction est que quelqu’un qui, à 18 ans, va prendre le risque de partir deux ans en Chine, deux ans au Guatemala, deux ans en Amérique du Sud, et bien cette personne va probablement avoir une meilleure expérience que beaucoup de jeunes qui suivent des études traditionnelles. Je crois que dans le monde de demain, ce que les gens rechercheront avant tout, c’est l’expérience, la personnalité, l’optimisme et la capacité à créer. Il n’y a rien de plus important. Quand je reçois des jeunes, et que je cherche celui qui m’aidera à trouver la bonne réponse aux différents problèmes [rires], la créativité est ce que je recherche.
Et plus vous avez vécu dans la tradition et sous une règle stricte, moins vous aurez de créativité. Il est rare de trouver des jeunes avec une telle créativité à la sortie de l’université. Quand vous faites l’expérience de la vie, quand vous traversez des difficultés, quand vous devez faire face aux défis, quand vous avez des expériences dans des contextes sociaux divers, vous développez cet esprit différent, et je pense que c’est très, très important. Il est aussi important d’avoir la capacité de faire face à différentes expériences. Si vous voulez travailler dans la finance, étudiez le cinéma, étudiez les arts, faites du sport. Au bout du compte, cela vous donnera une mentalité différente et une autre façon de voir les choses.
Je pense que la vie n’est pas écrite à l’avance. Vous voyez, il y a dix, quinze ou cinquante ans, nous vivions dans un monde de croissance continue. Vous allez vivre aujourd’hui et demain dans un monde avec beaucoup plus de chaos et de désordre, avec beaucoup plus de crises, et avec beaucoup plus de difficultés. Et au bout du compte, ce qui fera votre différence, c’est seulement votre personnalité. Vous devrez changer d’emploi, changer de pays, changer de vie, et ce qui vous servira, c’est bien votre capacité à répondre aux différentes situations rapidement, à trouver les bonnes réponses facilement. Si vous êtes en Chine, vous ne savez pas où aller, vous devez trouver une réponse, vous vous trouverez vous-mêmes. Et si vous avez été élevé avec la conviction que vous devez être fidèle à vos valeurs, avec un engagement fort à être ouvert aux autres, vous trouverez les bonnes réponses.
C’est pourquoi je dis toujours à mon fils : "Rencontre des gens différents. Engage-toi dans le Légion Etrangère. Fais du parachutisme". La vie est intéressante quand vous prenez des risques. Alors vous apprendrez quelque chose de très important que vous n’apprendrez pas toujours à l’université ou à l’école. Vous apprendrez quelque chose sur vous-mêmes. Vous apprendrez que quand vous croyez avoir des limites, vous pouvez toujours aller un peu plus loin. Ma génération allait au Népal, en Inde, nous voyagions à travers le monde avec rien, quelques sous en poche. Je pense qu’aujourd’hui nous devons le faire, différemment, mais nous devons le faire.
Question Bonjour. Je m’appelle Chey Kiamada. Je suis étudiante en deuxième année ici à la Kennedy School. Depuis que la France a aboli la peine de mort en 1981, j’ai l’impression que la France a fortement exprimé son opposition à la peine de mort, et cette impression s’est renforcée récemment. Quelle est la raison que la France a en tant que pays et qui la pousse à plaider pour l’abolition de la peine de mort ? Je serais curieuse d’entendre votre réponse, surtout dans un pays où la peine de mort existe. Je viens du Japon, je ne suis pas américaine [rires]. Je pense que la peine capitale ne résout pas vraiment les problèmes, mais je ne suis pas encore arrivé à prendre une position ferme. Pouvez-vous s’il vous plaît m’aider à comprendre le raisonnement fondamental ? Merci beaucoup.
Dominique de Villepin Je pense qu’il est très important de comprendre que, derrière la question de la peine de mort, il y a celle de la façon dont nous regardons l’autre. Tout être humain a quelque chose de spécial. Si on considère ceci, alors on doit respecter la vie en elle-même. Même si on est en face de quelqu’un qui a fait la pire chose, qui a commis le pire crime, on doit considérer que la vie a sa propre valeur.
La vie nous a été donnée. Personne, aucun être humain ne peut nous la reprendre. Je pense que pour une démocratie, c’est très important. C’est pourquoi nous avons décidé, le président Chirac a décidé il y a environ deux semaines d’intégrer cet élément dans la Constitution. Et nous croyons que notre position contre la barbarie est beaucoup plus forte quand on refuse la peine de mort. Car nous sommes convaincus qu’il faut respecter toute vie. Bien sûr, nous sommes dans un monde et des pays où des sanctions sont nécessaires. Et les sanctions doivent être, parfois, exemplaires.
Mais prendre une vie est quelque chose de différent. Et je pense que pour une démocratie, c’est un test très intéressant parce qu’il est très difficile pour une démocratie de faire face aux barbares, aux nazis, aux fascistes, aux criminels. Mais qu’est-ce qui fait la différence entre une démocratie et un autre pays ? Ce qui sépare fondamentalement une démocratie de tout autre pays, c’est qu’une démocratie ne va pas utiliser les armes des autres. Certaines armes ne seront pas utilisées, car cela fait partie de son éthique. Une démocratie ne doit pas torturer [applaudissements].
Vous devriez écouter Albert Camus, qui l’a dit très clairement. Car si vous utilisez la torture, si vous utilisez la peine de mort, vous vous dégradez, vous dégradez votre âme [applaudissements], votre vision personnelle de l’être humain. Alors que si vous ne répondez pas, si vous utilisez des moyens différents, des moyens respectueux, vous célébrez au contraire ce que les hommes ont de meilleur : une certaine idée de l’humanité.
Vous voyez, j’ai passé trois ans de ma vie en Inde, et cela a vraiment été quelque chose qui m’a transformé. Et l’un des hommes pour lesquels j’ai le plus de respect est certainement Gandhi. Face à la violence, face à toute sorte d’injustice, cet homme a décidé de ne pas répondre de la façon traditionnelle, de ne pas utiliser la violence contre la violence, et cela a été la façon la plus révolutionnaire de répondre à la violence. Parce que cela montre un différent visage, parce que cela montre qu’alors que vous êtes attaqué, vous gardez le visage, l’image, l’attitude d’un véritable être humain. Et je crois que c’est là que vous avez la véritable différence entre une démocratie exemplaire et une démocratie quelconque. Or, dans mon esprit, toute démocratie doit être exemplaire. Ce que je dis n’est pas facile à mettre en pratique. C’est beaucoup plus facile de le dire en théorie. Mais une démocratie n’est pas une démocratie si elle ne sert pas un idéal : une certaine idée de l’homme, une certaine idée de la société, et nous devons tous, dans nos vies de tous les jours, essayer d’aller de l’avant et d’atteindre ce point précis où nous nous sentons fiers d’être des êtres humains.
Modératrice Ce sera maintenant la dernière question.
Question Je m’appelle Charles Seconder, je suis un étudiant en MPA ici à la Kennedy School. J’ai une question à propos des élections présidentielles à venir en France [rires]. Si François Bayrou, que va-t-il se passer à l’Assemblée nationale ? Et s’il ne gagne pas, pourquoi croyez-vous qu’il pourrait échouer ?
Dominique de Villepin Vous voyez, il y a environ deux semaines, j’étais à Londres pour décorer Harold Pinter de la Légion d’Honneur. Harold Pinter a fait un discours, disant ce qu’il pensait de la guerre en Irak. Comme l’une des personnes présentes lui disait : "Harold, ça a vraiment été dur pour moi de t’écouter, parce qu’on m’a toujours dit qu’on ne devait pas accuser son propre pays depuis l’étranger", - c’était à l’ambassade de France -, Harold Pinter a répondu : "Oui, mais beaucoup de ceux qui meurent en Irak, ils meurent dans un pays étranger".
Donc je ne vais pas entrer dans les détails [rires]. Comme de nombreuses démocraties, nous sommes dans une situation où les citoyens français s’interrogent sur leur avenir. Et ils s’interrogent, ils se demandent qui est le meilleur. Nous avons une nouvelle génération qui arrive sur la scène : qui est le meilleur ? Au bout du compte, il est difficile de savoir ce qu’un candidat va faire quand il sera élu, peut-être, Président. Alors les gens oscillent de l’un à l’autre, et vous voyez ceci dans les sondages. Et on oublie parfois que les sondages ne parlent que de 50 % des Français, parce que les autres 50 % n’ont pas encore pris leur décision. Tout ceci n’est donc qu’une affaire de commentaires, ça n’a pas vraiment de fondement.
C’est là où je pense que la démocratie devrait parfois être un peu plus silencieuse, les médias un peu plus humbles et plus respectueux des citoyens. Ils devraient donner la position de tous, mais ne pas entrer dans cette compétition qui ressemble plus à une course de chevaux qu’à un réel débat démocratique. Le fait que certaines personnes en France puissent penser : "nous avons connu la gauche, nous avons fait l’expérience de la droite, maintenant nous aimerions essayer le centre", très bien, mais après ? Dans une démocratie, il faut choisir, et ce n’est pas facile... Je pense donc qu’aujourd’hui les gens se demandent avant tout qui sera celui qui serait le meilleur pour répondre aux problèmes de Français.
Demain, ils compareront. Mais nous n’y sommes pas encore : avec encore sept semaines de campagne, nous ne sommes pas dans la phase où ils comparent les uns aux autres. Ils vont comparer, ils vont suivre les débats, ils vont écouter les arguments de chacun, et alors ils décideront. Ce que je peux vous dire, c’est que les Français sont un peuple surprenant, ils ne font jamais ce que vous pensiez qu’ils feraient. Ils sont très indépendants, mais quand je regarde en arrière, l’histoire de mon pays sous la Cinquième République, ils n’ont jamais fait d’erreur. C’est pourquoi je peux vous dire qu’en tant que Premier ministre, j’ai confiance. Je ne réponds donc pas à votre question sur une personne spécifique, mais je suis confiant : leur choix sera la bon choix pour un pays qui a besoin de se transformer et qui a la capacité de gagner les défis.
"De Marseille à Kyoto, de Limoges à Mexico, s'affirme aujourd'hui l'espace d'un même regard, d'une même communauté d'hommes. Tous les grands défis économiques, sociaux, culturels ou de sécurité se jouent désormais sur un échiquier à la taille du monde. N'y voyons pas une menace, mais une obligation de mouvement et d'adaptation, une chance, redoublée par le don et la grâce de notre terre. Qu'elles nous rendent plus forts, plus indulgents, meilleurs, et nous détournent de nos querelles et rivalités de clocher, fidèles à l'esprit de ce pays qui est le nôtre. Qu'elles libèrent nos énergies et nos ambitions, afin que nous exprimions nos talents, notre savoir et notre originalité sur tous les continents. Qu'elles nous rendent aussi plus soucieux de faire vivre chez nous nos principes, notre exigence de liberté, de solidarité, d'égalité des chances, afin que personne ne reste sur le bord du chemin. Oui, je crois à cette folle immortalité française qui veut réconcilier les contraires. Je crois à l'éternité de l'homme né un soir de 1789."
Dominique de Villepin, extrait de "Le requin et la mouette" paru en 2004
NEW YORK (AFP) - Quatre ans après son discours resté célèbre contre la guerre en Irak, Dominique de Villepin devait retrouver jeudi les Nations unies pour une rencontre avec le nouveau secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.
Arrivé mercredi soir à New York, le Premier ministre français devait rencontrer en fin de matinée le successeur de Kofi Annan pour faire le point sur le déploiement des forces françaises de maintien de la paix, notamment en Côte d'Ivoire, en Afghanistan et au Liban.
Depuis ce jour de février 2003 où, alors chef de la diplomatie, il a porté le "non" de la France à l'intervention militaire américaine contre le régime de Saddam Hussein, M. de Villepin s'est certes à nouveau rendu dans l'enceinte des Nations unies, en septembre 2005, mais il y représentait alors le président Jacques Chirac, en convalescence après son accident vasculaire cérébral.
"Nous avons des milliers de soldats qui sont présents dans les forces de maintien de la paix à travers le monde. Le président (Chirac) m'a demandé d'aller à New York pour faire le point sur ces engagements et voir quelles sont les perspectives pour la France", a déclaré lundi M. de Villepin qui entend présenter au prochain gouvernement issu des élections d'avril-mai "la situation la meilleure".
Il entend ainsi transmettre à Ban Ki-moon le souhait de Paris que "les premières étapes" sur le retrait des troupes françaises de Côte d'Ivoire puissent avoir été définies avant le passage de témoin de mai.
Actuellement, 3.500 soldats français de l'Opération Licorne stationnent dans le pays avec 7.800 Casques bleus de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) pour empêcher une reprise des affrontements entre le camp du président Laurent Gbagbo et la rébellion.
L'accord de paix conclu le 4 mars entre M. Gbagbo et le chef rebelle Guillaume Soro prévoit notamment la formation d'un nouveau gouvernement et un retrait graduel des forces internationales.
La France compte aussi quelque 1.600 hommes au Liban sud dans le cadre de la force de l'Onu renforcée.
Par ailleurs, Paris a retiré en janvier la plupart des 220 hommes de ses forces spéciales en Afghanistan mais déploie actuellement quelque 1.100 hommes dans la région de Kaboul, sous commandement français jusqu'à début avril.
Un accroissement du nombre de ces troupes en Afghanistan "n'est pas d'actualité", la France ne voulant pas se "faire entraîner" dans une "augmentation massive de l'action militaire" dans le pays, a récemment déclaré le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy.
M. de Villepin -un diplomate de formation qui ne cache pas son appétit pour les questions internationales au point que certains proches lui prêtent l'intention de créer une fondation internationale ou autre centre de réflexion après la présidentielle- devait également rencontrer dans l'après-midi l'ancien président américain Bill Clinton, reconverti dans l'aide au développement.
Il devait ensuite accorder un entretien pour l'émission télévisée de Charlie Rose, un animateur américain respecté et réputé francophile.
Le Premier ministre, qui ne se rendra pas à Washington et n'aura donc pas de contact avec les autorités américaines, est attendu vendredi dans la prestigieuse université Harvard, près de Boston (Massachusetts, nord-est), pour participer à une conférence-débat sur le thème "Les Etats-Unis et la France face à un ordre mondial en mutation".
PARIS (Reuters) - Dominique de Villepin a assuré qu'il savait "depuis toujours" que Jacques Chirac ne briguerait pas un troisième mandat et a rendu un hommage ému à un "homme juste" qui lui "manque déjà".
"J'allais dire depuis toujours", a déclaré le Premier ministre sur Europe 1 à la question de savoir depuis quand il connaissait la décision du chef de l'Etat, annoncée dimanche.
"Je sais que Jacques Chirac est un homme juste. C'est un homme qui sait la décision juste. Je savais que le choix qui était le sien ce serait de partir dans la force de son action, dans la force de son engagement", a-t-il ajouté.
Jacques Chirac a annoncé dans une allocution radio-télévisée qu'après douze années passées à l'Elysée il ne solliciterait pas un nouveau mandat, une décision qui était généralement attendue.
Dominique de Villepin, qui fut secrétaire général de la présidence de la République à partir de 1995 lors du septennat de Jacques Chirac, a souligné qu'il savait que le chef de l'Etat "saurait passer le témoin au bon moment (...) ne ferait pas le mandat de trop".
"C'est un homme pragmatique, c'est un homme qui a toujours eu à coeur de tirer les leçons et en permanence de faire mieux. Une des caractéristiques de Jacques Chirac, c'est son humilité. ce n'est pas quelqu'un qui est vaniteux. C'est quelqu'un qui en permanence tire les leçons. Il le fait pour lui-même, il le fait pour la France", a déclaré le chef du gouvernement.
"IL ME MANQUE"
"C'est un homme que j'aime profondément, pour lequel j'ai beaucoup d'affection", a-t-il ajouté en disant avoir accueilli la décision de Jacques Chirac avec "beaucoup d'émotion".
"On peut dire à quelqu'un qu'on aime à 20 ans : je t'aime. Pour le dire à la fin d'une longue carrière d'homme politique qui a toujours choisi l'action, pour pouvoir le dire comme il l'a fait hier aux Français : 'je vous aime, France je vous aime', il faut beaucoup d'années, beaucoup de souffrances, beaucoup de sacrifices, beaucoup d'ascèse", a déclaré l'ancien ministre des Affaires étrangères.
Apparemment très ému, selon Jean-Pierre Elkabbach, le président d'Europe 1, qui l'interrogeait, Dominique de Villepin a souligné la "chaleur" de Jacques Chirac.
"Il me manque déjà, il me manque tous les jours (...) C'est un homme dont la chaleur, dont l'amitié sont très fortes", a déclaré le Premier ministre.
Il a rappelé qu'il avait rencontré Jacques Chirac pour la première fois en 1980, alors qu'il était jeune diplomate.
"J'avais choisi de contribuer à la réflexion de Jacques Chirac. Je me suis retrouvé un jour propulsé dans son bureau en tête-à-tête", a raconté le Premier ministre.
"Je lui avais répondu de façon très, très peu diplomatique, comme je sais le faire parfois, c'est-à-dire de façon assez brutale", a-t-il poursuivi. "Jacques Chirac, à ma surprise, m'a dit : 'Merci, vous savez en politique, ce dont on a le plus besoin c'est de gens qui vous disent ce qu'ils pensent et qui vous le disent clairement.' Et il a ajouté : un jour Dominique de Villepin, nous travaillerons ensemble."
PARIS (Reuters) - "Il ne s'agit pas de baisser les bras, il s'agit de continuer": Dominique de Villepin a affiché son soutien au monde agricole dans un message volontariste à la résonance toute personnelle en cette fin de mandat à Matignon.
Le Premier ministre a sacrifié à la visite rituelle du Salon de l'Agriculture, un parcours au pas de course de deux heures trente entre robustes Charolaises, pommes sucrées et biocarburants. En 2006, le chef du gouvernement s'était attardé quatre heures sur les stands.
Circulant dans une relative indifférence, Dominique de Villepin a fait halte sur le stand de la race saosnoise, flattant le museau d'un taureau de 1.045 kilos, âgé de deux ans et baptisé..."Varenne". Un résumé impromptu de la "mission" engagée en juin 2005 par le Premier ministre rue de Varenne.
"Dégustez de la viande, ça donne des ailes", lance au micro un animateur rieur à l'adresse de Dominique de Villepin.
Celui-ci savoure du chevrotin de Savoie, goûte du boeuf sur le stand de la Normandie, avale un verre de lait.
La Chorale gourmande de Bayeux gratifie le chef du gouvernement d'un hymne au cochon du cru : "Dans tout le pays, y'a pas plus fameux!"
Dominique de Villepin, qui avait chargé l'an dernier une chevrette noire sur ses épaules, récidive avec un agneau blanc, qu'il prend dans ses bras sous les objectifs des photographes et cameramen.
Sur le plateau de la chaîne de télévision Public Sénat, il vante "la meilleure agriculture du monde".
"La vie est un combat. Dans ce combat que nous menons en faveur de l'agriculture depuis des décennies, il ne s'agit pas de baisser les bras, il s'agit de continuer", souligne-t-il, rappelant que l'agriculture représente 15% des emplois en France.
MESSAGE CLAIR
"On doit avoir conscience qu'on a de l'or au bout des doigts", poursuit-il, appelant à ne pas "brader" l'agriculture française à l'heure où les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) achoppent sur le volet agricole.
Après le virulent rappel à l'ordre de Jacques Chirac au commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, Dominique de Villepin joue l'apaisement, assurant que la France n'entend pas "bloquer" les négociations mais "ramener un peu de bon sens" dans les discussions.
Jean-Michel Lemétayer, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), demande "fermeté" et "vigilance" dans le cycle de Doha.
"Nous savons que la moindre avancée consentie par M. Mandelson sera une concession sur le dos de l'agriculture", insiste-t-il. "Le message est clair", lui répond le Premier ministre, convié sur le stand de la FNSEA pour un bref échange autour de tranches de saucisson et d'un verre de Beaujolais.
Luc Guyau, président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture, offre à Dominique de Villepin un guide d'agritourisme "Bienvenue à la ferme". "Si vous avez quelque temps pour aller à la campagne...", lui dit-il.
Les appareils-photo, les portables se dressent dans la mêlée pour immortaliser la dernière visite du Premier ministre.
"Les Premiers ministres, ça va, ça vient", lâche un badaud d'un ton désabusé.
Madame la Ministre, chère Catherine, Monsieur le Ministre, cher Azouz, Monsieur le président de la Haute Autorité de lutte contre la discrimination et pour l’égalité, Mesdames et Messieurs les préfets délégués à l’égalité des chances, Mesdames et Messieurs les présidents d’associations, Chers amis,
Je me réjouis de vous accueillir tous ici, à Matignon, pour lancer avec vous l’Année européenne de l’égalité des chances.
Cette journée, c’est d’abord l’aboutissement d’un combat que nous menons depuis plusieurs mois, un combat républicain profondément ancré dans l’identité de notre pays.
C’est le combat que vous menez jour après jour avec vos associations partout en France.
C’est le combat qu’Azouz Begag mène avec courage et détermination, notamment auprès des entreprises.
C’est le combat que mène, sous l’impulsion de Louis Schweitzer, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité, voulue par le président de la République.
L’égalité des chances, ce n’est pas une idée qui va de soi. C’est une conception exigeante de la justice sociale et du rôle de l’Etat que beaucoup d’autres pays ne partagent pas. Nous pouvons donc nous réjouir que l’Europe se soit engagée dans ce combat. C’est un signe d’autant plus fort que nous célébrons cette année le cinquantenaire du traité de Rome et que l’Europe a plus que jamais besoin de causes capables de rassembler les peuples. Je profite d’ailleurs de cette occasion pour saluer le travail de Catherine Colonna qui s’engage sans relâche au service d’une Europe unie autour des valeurs et des principes qui font sa force. La France n’est pas la France lorsque l’égalité entre les citoyens est bafouée chaque jour par des discriminations intolérables. De même l’Europe n’est pas l’Europe si elle n’est pas guidée par une aspiration à la justice qui dépasse les simples logiques économiques et marchandes.
1. Comme la plupart des pays d’Europe, la France est une terre d’ouverture et de diversité. Mais aujourd’hui notre pays ne parvient pas suffisamment à regarder cette diversité en face.
Notre société a du mal à faire de la place aux différences, à les considérer comme une richesse, comme une chance.
Nous ne pouvons pas continuer à tolérer qu’un jeune couple se voie refuser un appartement qu’il est parfaitement en mesure de payer, simplement à cause de son nom. Nous ne pouvons pas accepter que de jeunes diplômés, motivés et qualifiés, n’arrivent pas à décrocher un emploi à cause de la couleur de leur peau.
Cette réalité n’est pas seulement une injure à notre pacte républicain et aux valeurs humaines les plus fondamentales. C’est un obstacle pour la société tout entière : une société où les discriminations ne sont pas combattues, c’est une société dans laquelle la peur et le repli risquent d’avoir le dernier mot. Une société dans laquelle les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes, une société qui écarte les seniors du monde du travail, une société qui n’est pas capable de faire une place aux personnes handicapées, c’est une société qui perd sa vitalité et son dynamisme.
Faire changer les regards, les mentalités, les comportements : voilà l’objectif de la lutte contre les discriminations.
Un combat que la Halde mène avec détermination. Je suis convaincu que la création de la Haute Autorité constitue l’une des grandes avancées de ces dernières décennies pour notre société. Je sais qu’elle travaille efficacement et que chaque dossier est traité avec la même attention. Je souhaite qu’elle dispose de moyens de plus en plus importants pour mettre en évidence et sanctionner tous les cas de discrimination.
Dans ce combat nous avons besoin de chacun d’entre vous.
Avec vos associations, vous réalisez un travail indispensable, un travail au plus près du terrain, à l’écoute de nos concitoyens. Je sais combien cela exige de dévouement, de temps et d’énergie. Je sais aussi que malgré les difficultés vous ne baissez jamais les bras.
Tout au long des derniers mois, vous m’avez accueilli lors de mes déplacements, vous avez accepté de m’apporter vos témoignages, et de partager votre expérience avec les membres de mon gouvernement afin que nous tirions des leçons efficaces.
Nous avons besoin de vous pour que personne ne songe à relâcher les efforts dans la lutte contre les discriminations et en faveur de l’égalité des chances. Car vous le savez mieux que quiconque, rien n’est jamais acquis dans ce domaine.
La crise des banlieues a permis une véritable prise de conscience dans notre pays. La conscience que notre pays ne peut pas continuer à avancer et à construire son avenir alors qu’un grand nombre de nos concitoyens sont laissés aux marges de la République. Aux marges, cela ne veut pas forcément dire qu’on n’a pas de travail, ou pas de logement. Cela veut dire qu’on n’a pas de perspectives pour soi et pour ses enfants. Cela veut dire qu’on n’arrive plus à faire face à toutes les contraintes de la vie quotidienne. Cela veut dire qu’on se sent oublié par l’Etat, oublié par l’action politique.
2. Tout ce que nous avons engagé ensemble au cours de l’année 2006 a permis de faire bouger les choses.
Grâce à votre travail de médiation, les liens se sont renforcés entre les habitants des quartiers, entre les jeunes et la police, entre les générations.
Grâce au travail d’Azouz Begag, les choses sont aussi en train de changer dans les entreprises, qui font de plus en plus de place à la diversité dans leurs recrutements. Elles savent que c’est un atout pour elles. Elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir s’appuyer sur la diversité des talents, des expériences, des tempéraments et de l’enthousiasme qui ne demandent qu’à s’exprimer. J’en veux pour preuve le nombre croissant des signataires de la charte de la diversité dont Azouz Begag fait une inlassable promotion.
Les choses changent pour les jeunes issus des quartiers populaires, parce que des grandes écoles, des écoles de service public, des entreprises, des universités, des étudiants, s’engagent pour soutenir leurs efforts, encourager leur ambition, et pour les convaincre que les formations d’excellence leur sont ouvertes.
Avec ces changements, obtenus jour après jour là où ils sont le plus nécessaires, c’est l’égalité des chances qui progresse. C’est la priorité que j’ai fixée à mon Gouvernement tout au long de l’année 2006.
C’est pour cela que nous avons consacré des moyens sans précédent aux missions des associations.
C’est pour cela que nous avons créé de nouveaux outils dans la loi pour l’égalité des chances :
- l’agence nationale pour l’égalité des chances, créée pour mieux coordonner les politiques publiques ;
- les six premiers préfets délégués pour l’égalité des chances, qui, auprès des préfets des départements les plus sensibles, pilotent les politiques de la ville, de l’emploi, de l’accompagnement éducatif ;
- le service civil volontaire, qui donne aux jeunes de tous milieux et de toutes origines l’occasion de consacrer un moment de leur vie à l’intérêt général, tout en préparant leur insertion professionnelle.
C’est aussi pour renforcer l’égalité des chances que nous avons lancé tant d’initiatives pour améliorer sans cesse l’éducation des jeunes :
- je pense à la réforme de l’éducation prioritaire avec les établissements "ambition réussite", et les équipes de réussite éducative pour prévenir l’échec scolaire des enfants qui rencontrent le plus de difficultés ;
- je pense aux centres "Défense deuxième chance", qui donnent aux jeunes en difficulté une seconde chance de trouver leur place dans la société et de réussir leur vie ;
- je pense aussi à la multiplication du nombre de bourses au mérite pour les étudiants et à la relance des bourses de service public que nous engageons avec Christian Jacob.
Enfin, l’égalité des chances a progressé avec la loi sur l’égalité salariale entre les hommes et les femmes et avec la loi tendant à promouvoir l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, qui fait avancer la parité en politique.
Chers amis,
L’énergie que vous avez mise au service de ce combat de l’égalité des chances, notre pays en aura besoin tout au long de l’année 2007 et des années à venir. Les projets qui ont été retenus par le jury pour mettre en œuvre l’année européenne de l’égalité des chances vont jouer un rôle essentiel. Je veux dès à présent vous féliciter pour leur qualité, leur variété et leur originalité. Ils bénéficieront du soutien de l’Etat et de l’Union européenne. Ils contribueront, j’en suis convaincu, à fédérer de plus en plus de citoyens autour de cette cause si importante pour la France et pour l’Europe. Ils montreront à nos concitoyens que nous pouvons changer les choses lorsque nous sommes capables de travailler ensemble dans une même direction. Ils montreront que notre pays a du courage, de la détermination, de l’imagination et de la générosité à revendre.
PARIS (AP) - Le Premier ministre Dominique de Villepin appelle les autorités iraniennes "à faire le choix du dialogue et à revenir à la table des négociations", dans un entretien publié samedi dans le journal "Al Hayat".
"Si l'Iran fait le geste de suspendre ses activités d'enrichissement, le Conseil pourra suspendre en contrepartie les sanctions", explique-t-il. "Les propositions présentées à l'été 2006 au nom de l'Union européenne, mais également des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine restent sur la table" et l'Iran a "tout à gagner à les saisir et tout à perdre, à l'inverse, d'une escalade".
"Dans le cas contraire, de nouvelles mesures restrictives pourront être adoptées", prévient M. de Villepin. "C'est le sens des réflexions actuelles sur une nouvelle résolution du Conseil de sécurité."
Pour autant, la France considère qu'"une intervention militaire n'est pas la solution", prévient-il. "Notre objectif est donc bien une solution négociée." Le Premier ministre français "constate par ailleurs qu'un débat semble se faire jour actuellement en Iran sur le coût d'une confrontation avec la communauté internationale".
Evoquant la situation en Irak, Dominique de Villepin estime d'autre part que ce pays "est devenu une source majeure d'instabilité et un foyer du terrorisme". "Je constate qu'il y a désormais un vrai débat aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sur les moyens de sortir de cette situation", se félicite-t-il.
Il plaide à nouveau "pour un calendrier rapide de retrait des forces étrangères" d'Irak. Car "ce n'est qu'en se fixant une échéance précise, d'ici 2008, que la communauté internationale trouvera la force et la volonté d'avancer dans la stabilisation de l'Irak".
Interrogé sur le gouvernement palestinien Hamas-Fatah, M. de Villepin estime "que si un gouvernement palestinien d'union est formé et qu'il respecte les engagements de La Mecque, alors la communauté internationale devra travailler avec lui".
"Nous soutenons l'action du président Abbas pour rassembler les Palestiniens et travailler à leur réconciliation. Quelle serait l'alternative? La guerre civile à Gaza et demain peut-être en Cisjordanie? Seuls les extrémistes de la région y ont intérêt", ajoute-t-il.
S'agissant de l'aide aux Palestiniens, il faudra selon lui "étudier les moyens de reprendre une assistance directe au prochain gouvernement palestinien d'union nationale dès lors que celui-ci sera formellement investi sur les bases annoncées". AP