Le président Hugo Chavez a reçu aujourd'hui à Caracas l'ancien premier ministre français Dominique de Villepin, "un vieil ami du Venezuela", avec lequel il s'est notamment entretenu du dossier des otages dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt aux mains des Farc en Colombie.
"Nous avons parlé de la situation des otages (ndlr : en Colombie) et d'Ingrid (ndlr : Betancourt). Je connais les efforts déployés par Chavez pour que les choses puissent s'améliorer et obtenir cette libération", a déclaré M. de Villepin, soulignant que sa visite à Caracas était privée et qu'il ne souhaitait "interférer en aucune façon dans cette situation très difficile".
Dominique de Villepin, ex-premier ministre et ex-chef de la diplomatie, est un ami personnel d'Ingrid Betancourt, ancienne candidate écologiste à la présidentielle colombienne, enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc - marxistes) en février 2002.
C'est parce qu'il y a « un défaut de réflexion à tous les niveaux » en matière de politique étrangère que Bruno Le Maire a décidé de l'ouvrir. Et d'écrire. Il appelle ça « des réserves constructives ». Après une tribune dans Le Monde consacrée à la défense européenne, l'ancien directeur du cabinet de Villepin à Matignon publiera, à la rentrée, un texte dans la revue Le Débat . Membre d'un groupe de députés UMP « non alignés », il reconnaît de « très bonnes choses » dans la politique internationale du président de la République, mais exprime toutefois quelques mises en garde.
D'abord sur l'Iran. Quand Nicolas Sarkozy dit « la bombe ou le bombardement », Le Maire rétorque qu'il faut « aller plus loin encore dans les contrôles ». Qu'il faut réclamer « le renforcement » des équipes d'enquêteurs de l'AIEA et insister sur « le travail bilatéral avec la Russie ». Il estime également utile de « réactiver la Troïka européenne » -Paris, Londres et Berlin-reconnue par Téhéran.
Concernant son retour dans le commandement intégré de l'Otan, le député de l'Eure estime que la France aurait dû poser « deux préalables ». L'exigence d'une défense européenne opérationnelle- « mais nous en sommes très loin », dit-il. Et la nécessité de « clarifier les missions » de l'Otan entre les conflits militaires et la lutte contre le terrorisme.
Autre avertissement : à l'appel d'une « nouvelle entente franco-britannique » chère à Sarkozy, Le Maire oppose « un couple franco-allemand fort, dont les compromis ne peuvent plus être à l'avantage de la France ». Ajoutant qu'il « ne faut pas se faire d'illusions, ce n'est pas avec l'Angleterre que l'on fera l'Europe politique ».
A propos de la normalisation des relations avec la Syrie, il assure que cela « va dans le bon sens ». Avec un bémol : « Ne pas donner un quitus à Bachar el-Assad, le Liban ne le comprendrait pas. Dès lors, on peut s'interroger sur sa présence le 14Juillet »
L'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin s'est dit opposé à la « directive retour » concernant les immigrés clandestins et votée par le Parlement européen, à l'occasion d'une visite au Pérou avant de se rendre au Venezuela.
Après avoir donné une conférence à Lima, lundi soir, M. de Villepin a déclaré dans un entretien à l'AFP qu'il poursuivait son périple en Amérique latine avec une visite privée à partir de mardi après-midi à Caracas, où il allait essayer de rencontrer le président vénézuélien Hugo Chavez (qui a fait savoir son courroux le 20 juin, note du ouaibemaître).
La visite privée de M. de Villepin à Caracas survient alors que le président Hugo Chavez a demandé au début du mois au nouveau dirigeant des Farc(Forces armées révolutionnaires de Colombie), Alfonso Cano, de libérer sans conditions tous les otages et ajouté qu'un mouvement guérillero armé n'était plus d'actualité.
Le changement de chef à la tête des Farc et la nouvelle position de M. Chavez qui parait prendre ses distances avec la lutte armée, ont relancé la possibilité d'un dialogue avec les autorités et l'éventuelle libération des otages.
La Franco-Colombienne, Ingrid Betancourt, enlevée en 2002, fait partie d'un groupe de 39 otages dont les Farc proposent la libération contre celle de 500 guérilleros emprisonnés.
M. de Villepin, proche de la famille Betancourt, s'est beaucoup impliqué dans ce dossier à l'époque où il était Premier ministre.
Interrogé sur la « directive retour » qui a provoqué un tollé en Amérique latine, l'ancien Premier ministre a affirmé : « Je ne suis pas du tout favorable à ce type de directive parce que je crois qu'on risque l'incompréhension et je ne suis pas convaincu de l'efficacité de ce type de dispositif ».
Les européens ont voulu lancer « un message fort en direction de tous les circuits mafieux qui exploitent de façon scandaleuse les hommes, les femmes, les enfants qui viennent à l'intérieur de l'Europe (...) ce n'est pas par une telle directive que l'on fera comprendre ou aimer l'Europeé a-t-il estimé. »
L'ancien Premier ministre a lancé un appel en faveur de l'Amérique latine en soulignant que des pays européens comme l'Allemagne s'y impliquaient fortement, ne voyant pas de raison que la France, qui a traditionnellement des liens historiques et culturels extrêmement forts, ne cherche pas à développer sa présence.
M. de Villepin a passé 48 heures à Lima, invité par l'entreprise de travaux, Grana y Montero qui célébrait son 65e anniversaire.
Il a rencontré lundi matin le président péruvien Alan Garcia et différents chefs d'entreprises locaux, avant de prononcer dans la soirée en espagnol une conférence sur le thème du « Monde en crise ».
L'ancien premier ministre n'a pas encore choisi entre un retour à la politique et sa nouvelle existence d'avocat, conférencier et écrivain.
Des cartons traînent dans son bureau, et les rayonnages de sa bibliothèque sont à moitié vides, mais Dominique de Villepin a enfin une adresse à lui. L'avocat international, numéro de toque C 1203, vient d'emménager avenue Foch, à deux pas de l'Arc de triomphe. L'ex-diplomate a quitté l'annexe du Quai d'Orsay, avenue Kléber, où il s'était installé sitôt après son départ de Matignon. Sa nouvelle adresse est chic, mais les bureaux sont petits et meublés modestement. L'ancien premier ministre nous reçoit dans une pièce un peu sombre, avec un canapé gris dans un coin. Autour de lui, plus aucune trace de sa passion pour les arts premiers. On est bien loin du vaste bureau de Matignon où il avait entassé statuettes et fétiches africains. Seule Nadine, sa fidèle assistante, l'a suivi dans sa nouvelle vie.
Sur sa table de travail, les dossiers s'empilent : projet de discours à l'université de Kyoto, où il se rend dans les prochains jours, programme de ses futurs déplacements au Pérou et au Venezuela, propositions de conférences… Sans compter ses activités de poète et écrivain. Dominique de Villepin a un agenda bien rempli. Il voyage en France et à l'étranger, donnant conférences et délivrant conseils aux grandes entreprises qui paient ses services.
«Vous venez me voir pour ma nouvelle vie de comédien ? » s'amuse-t-il. L'auteur de l'Éloge des voleurs de feu, robuste anthologie poétique, est revenu ravi de son week-end à Montpellier. L'ex-premier ministre est monté sur les planches, pour la première fois de sa vie, afin de lire des poèmes de ses «héros favoris » : Verlaine, Césaire, Cendrars, Char et les autres, qu'il a mis en scène dans un «chemin de voix ». Les 400 spectateurs ont fait un triomphe à ce saltimbanque d'un nouveau genre. Comme les élèves du collège Arthur-Rimbaud de Montpellier qu'il a rencontrés plus tôt pour évoquer avec eux la vie et les textes de ce poète. «J'aime ces rencontres. J'ai besoin de revoir mon pays. » À la fin de l'été, l'écrivain s'apprête à publier chez Perrin le dernier volet de sa trilogie consacrée à Napoléon et intitulé La Chute, ou l'Empire impossible. Mais il promet déjà un «petit volume sur Sainte-Hélène ou l'éternel retour ». Tout un programme pour ce passionné de la geste napoléonienne. D'ici là, il devrait avoir achevé un essai, chez Plon, sur la nouvelle donne mondiale. Infatigable écrivain.
Le voilà donc avocat international, conférencier et écrivain poète. Il a quitté la vie politique active, mais cela ne semble pas lui peser. «J'ai trois nouvelles activités », se réjouit-il. «Trois nouvelles vies » qui comblent le vide laissé par quinze ans de vie politique au sommet. Entre 1993 et 2007, Dominique de Villepin a occupé successivement les fonctions de directeur de cabinet d'Alain Juppé au Quai d'Orsay, de secrétaire général de l'Élysée, de ministre des Affaires étrangères, de ministre de l'Intérieur et, enfin, de premier ministre. «Je connaissais le terme de mon bail. J'aspirais à quelque chose de nouveau. Il me fallait cette profonde remise en cause. » Sa reconversion n'a pas été «facile», convient-il. «On ne devient pas avocat en cinq minutes. On ne s'adapte pas aux règles du monde économique et financier comme ça, en claquant des doigts», raconte l'ancien premier ministre, confronté comme tout fondateur d'entreprise en France au lot d'obstacles administratifs à franchir. La vente aux enchères de sa bibliothèque impériale (pour la rondelette somme de 1,2 million d'euros) lui a permis de lancer ses affaires et d'assurer son autonomie.
Un an après son départ de Matignon, le quotidien de Dominique de Villepin n'est donc plus dans la politique. Même si celle-ci n'est jamais bien loin. Et pour cause. Le feuilleton judiciaire Clearstream qui l'oppose à Nicolas Sarkozy est loin d'être clos. Le non-lieu, un temps envisagé, faute de charges suffisantes, lui a été refusé par le parquet, qui a requis de nouvelles mesures d'instruction contre lui. «Je sais que la vérité finira par apparaître. Cela fait quatre ans que l'instruction est en cours. On ne peut éternellement commettre des anachronismes. Tout ça n'est pas agréable. Mais je reste serein», assène-t-il. Attendant avec impatience le moment où il pourra ressortir du bois pour laver son honneur et prendre sa revanche. Ses amis politiques crient au scandale. «C'est de l'acharnement, une honte pour la République», tonne Jean-Pierre Grand, député de l'Hérault et fidèle d'entre les fidèles.
« Vous me voyez solliciter une place ? »
A-t-il revu le président de la République depuis leur dernière rencontre, le 18 juin 2007 ? «J'ai revu Nicolas Sarkozy, à sa demande, dans le cadre de la préparation de la présidence française. C'était à la mi-mai dans son bureau», confie Villepin au Figaro. «Mais ce n'était pas secret. L'Élysée n'a pas voulu le faire savoir, ça les regarde», révèle-t-il. Ont-ils parlé de Clearstream ? «Non, on est restés sur l'Europe», assure-t-il, démentant tout pacte secret en échange d'une tête de liste aux élections européennes en Ile-de-France, selon une information du Point. «Il n'y a aucun pacte. Vous me voyez solliciter une place ? De toute façon, pour les européennes, c'est bien prématuré», prévient Villepin, qui attend d'être débarrassé de l'affaire Clearstream pour songer à un avenir politique.
Son retour passe-t-il par la case élection ? «Je crois aux circonstances. Je ne suis pas un opportuniste. Je ne me présenterai pas n'importe où, à la va-vite, avec un parachute.» Il n'exclut donc rien. La poignée de fidèles, qu'il réunit chaque mercredi à l'heure du Conseil des ministres, en rêve. «Le problème de Dominique, c'est le passage à l'acte», regrette l'ancien ministre Henri Cuq, qui figure parmi ses visiteurs réguliers. «Villepinistes nous sommes, villepinistes nous l'assumons», maintient Hervé Mariton, député de la Drôme et un de ses plus ardents défenseurs. À l'inverse, certains amis se plaignent qu'il ne donne plus de nouvelles. «Il ne rappelle jamais», soupire Jean-Louis Debré. Pour l'instant, Villepin refuse de s'organiser politiquement. Un projet de dîner avec des parlementaires est envisagé, mais il a remisé à plus tard son idée de club politique et de site Internet pour diffuser ses idées. Pour l'heure, il s'attache surtout à «recharger les batteries». «Je me déshabitue à regarder les choses de l'intérieur du pouvoir. C'est nécessaire pour se forger de nouvelles idées. La vie politique en manque tant.»
«Ni amer, ni rancunier», il n'intervient plus guère dans les médias, contrairement aux premiers mois de sa retraite politique, où il ne se passait pas un jour sans qu'il ne décoche une flèche contre le rival Sarkozy. «Tout ce que je disais n'était vu qu'à travers le prisme d'une relation bilatérale exécrable.» Serait-il devenu moins sévère avec le président ? «J'ai dit ce que j'avais à dire. Je ne vais pas ressasser toujours la même chose. Je constate d'ailleurs qu'une partie de mes convictions ont été reprises par certains dans la majorité» , ironise celui qui a dénoncé en vrac l'esprit de cour à l'Élysée, le risque de perte d'indépendance nationale, l'emprise du pouvoir sur les médias. Jusqu'à signer un appel à la vigilance républicaine dirigé contre Sarkozy. Son ami, le député UMP de l'Essonne Georges Tron, confirme que Dominique de Villepin a appelé ses partisans «à la retenue».
L'ancien premier ministre n'est toutefois pas tendre avec certaines réformes en cours. Et il ne faut pas le titiller bien longtemps pour le faire bondir. Les institutions ? «Notre Constitution est en phase avec l'esprit français. Ce n'était pas une urgence.» Il est sévère au sujet du fonctionnement du tandem exécutif. «Le premier ministre doit occuper une place centrale. Le fil de la gestion administrative du pays reste à Matignon. On ne peut pas gérer la France depuis l'Élysée. Tôt ou tard, prédit le prédécesseur de François Fillon, on reviendra à un fonctionnement plus équilibré des institutions.» La politique étrangère reste aussi dans son collimateur. La venue de Bachar al-Assad le 14 juillet ? «C'est une bonne chose de discuter avec la Syrie. Je suis partisan d'une logique d'incitation. Maintenant, il aurait fallu attendre que cette politique porte ses fruits, que la Syrie fasse un geste avant de l'inviter au défilé du 14 Juillet», regrette-t-il tout en soutenant l'initiative présidentielle d'Union pour la Méditerranée.
Au bout d'une heure et demie, la discussion s'achève. Villepin lâche un dernier regret : «Chirac me manque. J'aurais aimé être là le jour du lancement de sa fondation.» La justice interdit aux deux hommes de se rencontrer. Il vous raccompagne à la porte, à grandes enjambées. L'homme a gardé la forme. Ce marathonien confirmé a un rêve : «Je voudrais bien courir le marathon des Sables.» Une course mythique de 240 kilomètres dans le Sahara. Peut-être une manière pour l'inclassable Villepin de mettre un terme à sa traversée du désert.
C'est l'invité surprise du Printemps des Comédiens à Montpellier. Dominique de Villepin donne demain une lecture de ses poètes préférés, mêlés aux extraits de son livre Hôtel de l'insomnie, panthéon littéraire personnel. Loin des affres de la politique. Un bureau près des Champs-Elysées et un garde du corps rappellent qu'il fut Premier ministre. Mais c'est un autre visage que nous livre Dominique de Villepin. Sa relation intime avec l'écriture, les mots. Une passion, un moteur. Qui lui permet d'affronter les épreuves. Sa traversée du désert, l'affaire Clearstream, sa reconversion. Il les évoque ici avec pudeur mais toujours sabre au clair, avec un sens de la phrase qui fait mouche. La marque des écrivains.
Que devenez-vous depuis votre départ de Matignon ? J'ai désormais une activité d'avocat international. Et en même temps, j'ai le plaisir d'effectuer de nombreux voyages à l'étranger pour des conférences, des colloques. Un agenda bien rempli.
A Montpellier, vous venez faire une lecture publique. C'est une première ? Oui. J'ai déjà participé à une animation à la Bibliothèque Nationale de France, mais un acteur m'accompagnait pour lire des poèmes. Cette fois, je suis seul.
Les spectateurs viendront-ils voir l'écrivain ou l'ancien Premier ministre ? C'est le passionné d'écriture et de poésie qui sera à Montpellier. Mais on ne peut pas se dissocier, se couper en morceaux. La poésie permet la réconciliation entre ces vies différentes. Elle aide à relever les défis, franchir les épreuves. Se retrouver un soir devant un public avec pour seul bagage quelques mots et une passion, c'est important. J'aime parler de la littérature au-delà des idées reçues que l'on peut avoir sur un homme politique.
Que vous apporte la poésie ? La poésie, c'est s'exposer aux autres – car on se retrouve sans filet, sans armure, sans protection – et en même temps s'ouvrir, comme une main tendue. La poésie empêche de céder à l'égoïsme, à la peur, aux compromis. C'est une exigence, une quête. C'est aussi un moment de dépouillement. Dans Hôtel de l'insomnie , je dis l'importance d'être capable de faire peau neuve, de se désinstaller, de se métamorphoser pour aller plus loin.
La "désinstallation", vous y êtes confronté... Oui, mais c'est ce qui fait la chance de la vie. Se remettre en question, c'est être capable de réinventer. J'ai eu la chance de naître en Afrique du Nord, puis de vivre en Amérique latine, en Inde... Autant d'occasions de se remettre en cause, de lutter contre le repliement.
Ressentez-vous aujourd'hui de la solitude ? J'attache de l'importance à la préserver. On ne peut pas exercer de responsabilités sans être confronté à la solitude. Elle permet de creuser, de puiser en soi. J'ai toujours veillé à ne pas me laisser emporter par le quotidien, la précipitation des événements, le divertissement.
Le divertissement, c'est le "bling bling" ? C'est tout ce qui ne correspond pas à notre vérité intérieure. Pas seulement les apparences mais le divertissement des honneurs, parfois du pouvoir. Tout ce qui vous détourne d'un engagement profond qui devrait vous animer, ou qui vous a animé à vos débuts.
Vous préférez le monde littéraire à l'univers politique ? Chacun a ses caractéristiques. Il faut s'efforcer de privilégier la vérité en restant soi-même. Faire de la politique à travers une petite alchimie de calculs ne m'a jamais intéressé. Fabriquer un livre en ne visant que le succès n'est pas mon but.
Dans votre livre, vous évoquez Le Procès de Kafka. Eprouvez-vous ces derniers mois l'impression de vous retrouver dans cet univers ? On l'éprouve quand on est victime d'incompréhensions, de malentendus. Mais il ne faut pas s'enfermer. Je refuse la victimisation. Les procès d'intention finissent par tomber tôt ou tard. Et l'on voit bien aujourd'hui que certains procès ne reposent sur rien, se dégonflent. Le temps fait bien son oeuvre. Je ne m'attarde pas sur des choses secondaires. J'avance.
Mais vous utilisez des mots très durs sur la vindicte... La logique du bouc émissaire est très forte dans notre société. Vous posez un genou à terre et la meute vous tombe dessus. Je préfère me tourner vers l'esprit d'indépendance et d'humanisme, héritage du siècle des Lumières. C'est un combat contre la rumeur, la peur, contre l'esprit de chapelle, l'esprit de cour. On croyait qu'elle avait disparu avec la Révolution et pourtant cette "cour" s'est reformée, avançant masquée, gangrenant l'esprit français, corrodant des élites victimes de leur consanguinité.
Vous vous démarquez de cet "esprit de cour" ? Mon parcours s'est fait en dehors des coteries, des clans. On me l'a reproché. Tout comme le fait de n'être pas élu. Je n'ai jamais été marqué par l'esprit partisan. Ce fut une chance mais aussi un handicap. Appartenir à un groupe d'intérêts, à une caste vous protège. Mais je place l'indépendance au sommet de mes exigences.
Avec quels hommes politiques parliez-vous de poésie ? J'en parlais souvent avec Jacques Chirac qui n'est pas seulement passionné par les arts premiers.
Et avec Nicolas Sarkozy ? (silence) Ça m'est arrivé de parler d'histoire avec lui. Il a écrit un livre sur Georges Mandel et s'intéresse aussi au cinéma. Il a participé à l'écriture d'un scénario.
C'est rare, un homme politique cultivé ? Il y a des passerelles. La quête de l'intérêt général, c'est aussi la quête du beau, du dépassement. L'art et la politique exigent de l'idéal, de l'ambition et de l'humilité. On gagne beaucoup à passer de l'un à l'autre.
Recueilli par Jean-Marie GAVALDA
Lecture le 14 juin à 18h30, Pinède du Chateau d'O, Montpellier. 5€. 04 67 63 66 66
L'ex-Premier ministre dément les révélations publiées hier dans l'hebdomadaire "Le Point"
Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin ont-ils conclu un pacte secret qui permettrait à l'ex-Premier ministre d'occuper la tête de liste UMP en Ile-de-France pour les élections européennes de juin 2009 ? Le Point révèle l'information en expliquant que ce "cadeau" à Dominique de Villepin permettrait de neutraliser un rival qui reste dangereux. L'hebdomadaire décrit une rencontre « d'homme à homme et sans témoin » qui se serait déroulée dans « un palace parisien ». Ce que dément Dominique de Villepin, joint hier par téléphone. « italic;">C'est une fable totalement fausse », assure-t-il, tout en précisant qu'il a « effectivement rencontré, courant mai, le président de la République, mais à l'Elysée et à son invitation, pour évoquer la situation internationale à la veille de la présidence française de l'Union européenne. Comme il l'a fait avec d'autres représentants politiques de tous bords. »
Lors de l'entretien qu'il nous a accordé avant ces "révélations", Dominique de Villepin ne cachait pas son intérêt pour une élection. « Ça peut apporter beaucoup dans la compréhension des préoccupations quotidiennes des Français. Je n'écarte aucune voie. Diplomate à l'origine, les circonstances m'ont conduit vers la politique auprès de Jacques Chirac avec qui j'ai mené de grands combats pour la France. Je continue aujourd'hui à travers mes activités d'avocat. D'autres possibilités peuvent s'ouvrir. » Il estime cependant « prématuré » d'évoquer les Européennes.
A un moment tenu secret ce vendredi, Dominique de Villepin viendra rencontrer les élèves de 6 e et 5 e du collège Arthur-Rimbaud, dans le quartier populaire de Celleneuve à Montpellier. Devant une centaine d'enfants, il lira des poèmes de celui qui a donné son nom à l'établissement. Ces collégiens participent à une action éducative territoriale initiée par le Département de l'Hérault liant les arts plastiques et la poésie pour prévenir la violence. « Ce travail les aide à exprimer ce qui est en eux, » souligne Gilles Arfos, le principal. « La violence n'est souvent rien d'autre que la difficulté pour des jeunes de s'exprimer avec des mots. Et très vite au sein de ces ateliers, nous nous apercevons que leurs idées et pensées sont bien plus belles que ce l'on pouvait imaginer." C'est Frédérica Matta, peintre, sculpteur et écrivain, amie de l'ancien Premier ministre, qui est l'instigatrice de la rencontre.
L’ancien paria redevient fréquentable. De même que Mouamar Kadhafi, reçu en grande pompe en décembre dernier, Bachar al-Assad, soupçonné d'être derrière l'assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005 (lire l'encadré), a été convié par Nicolas Sarkozy au défilé du 14 juillet.
Une invitation officielle tempérée par l’Elysée qui souligne qu’«en tout, ce sont 50 chefs d’Etat qui sont attendus ce jour-là: les 27 de l’Union Européenne et ceux de l’Union pour la Méditerranée». Le Tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, et l’Egyptien Hosni Moubarak, souvent pointés du doigt en matière de non-respect des Droits de l’homme, ont également reçu leur carton.
Kadhafi décline
«Le sommet de l’Union pour la Méditerranée se tient le 13 juillet, il nous semblait donc naturel de les convier aux cérémonies du lendemain», invoque l'Elysée, joint par 20minutes.fr. Les invitations sont donc lancées, reste à savoir si tous feront le déplacement.
Mardi, le colonel Kadhafi a adressé une fin de non-recevoir à Nicolas Sarkozy, critiquant ouvertement l’idée même de l’Union pour la Méditerranée qu’il qualifie d'«appât», y voyant même «une sorte d’humiliation». «Nous ne sommes ni affamés, ni des chiens pour qu’ils nous jettent des os», a-t-il lancé lors d’un sommet arabe à Tripoli.
Mais la nouvelle de la présence de Bachar al-Assad jette un froid au Liban, où cette hypothèse était évoquée avant la confirmation officielle de l’Elysée. Elle intervient une semaine après le déplacement du chef de l’Etat et des responsables des partis politiques français à Beyrouth.
«Honte»
Samedi, le leader druze Walid Joumblatt a qualifié une telle invitation de «honte pour le peuple français», lors d’une interview à une télévision arabe, selon «Libération».
Des responsables politiques d’opposition ont par avance critiqué son éventuelle présence aux cérémonies du 14 juillet. Dimanche, François Bayrou, président du MoDem, avait appelé à «réfléchir avec beaucoup de soin» avant de l'accueillir. «La question de la Syrie suscite beaucoup de souci au Liban, notamment la perspective de voir le chef de l'Etat syrien participer avec un rôle de premier plan, à la fois aux réunions du 13 juillet sur l'Union pour la Méditerranée et au défilé du 14 juillet», avait-il averti. Lundi, le Parti socialiste avait estimé que si l’invitation du président Assad pour le sommet était une «bonne chose», il serait «peu judicieux» qu’elle «se poursuive» pour les cérémonies du 14 juillet.
Jeudi, l'Elysée a rappelé à 20minutes.fr que l'invité d'honneur des cérémonies du 14 juillet sera cette année le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon. L’honneur est sauf?
Les juges d'instruction chargés de l'affaire Clearstream ont partiellement fait droit mardi aux réquisitions supplétives du parquet de Paris, demandant la transmission des notes réalisées par ce dernier en 2001 à la suite de la publication d'un ouvrage de Denis Robert sur cette chambre de compensation luxembourgeoise, a-t-on appris mercredi de source judiciaire.
En revanche, les deux magistrats instructeurs n'ont, pour l'instant, pas donné suite à la demande du procureur de la République qui souhaitait une nouvelle audition de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, estimant insuffisantes les charges pesant sur ce dernier, a-t-on précisé de même source.
Les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons ont donc demandé officiellement que le parquet leur transmette les notes qu'il avait réalisées à la suite de la publication de l'ouvrage de Denis Robert sur Clearstream, "Révélation$", paru en 2001 (Ed. Les Arènes). Des notes que le parquet n'avait pas jusqu'ici jugé utile de leur adresser.
Le parquet souhaitait une nouvelle audition de M. De Villepin car l'information judiciaire n'a pas permis de déterminer que l'ancien Premier ministre a réellement eu connaissance du caractère frauduleux des soi-disant listings Clearstream lors de leur transmission à la justice. Condition indispensable pour être poursuivi pour dénonciation calomnieuse.
Dans cette affaire, Dominique de Villepin est soupçonné d'avoir organisé une manipulation politique visant à discréditer Nicolas Sarkozy qui se positionnait pour la course à l'Elysée. Il aurait eu recours à des fichiers falsifiés de Clearstream afin de dénoncer à la justice l'existence de comptes au nom de personnalités du monde politique et des affaires prétendument alimentés par des pots-de-vin.
Outre Dominique de Villepin, quatre autres personnes sont mises en examen dans ce dossier: Jean-Louis Gergorin, l'un des anciens vice-présidents d'EADS, Imad Lahoud, ancien informaticien d'EADS, Denis Robert, journaliste, et Florian Bourges, ex-auditeur d'Arthur Andersen ayant participé à un audit de Clearstream.
En juin 2006, M. Gergorin, depuis longtemps soupçonné d'être le "corbeau", a reconnu avoir remis au juge Renaud van Ruymbeke les listings Clearstream. Imad Lahoud, informaticien ayant travaillé pour EADS, est soupçonné d'avoir trafiqué ces listings récupérés auprès de Denis Robert qui les tenait de Florian Bourges.
Dominique de Villepin s'est toujours défendu de toute manipulation, assurant avoir demandé deux enquêtes dans le cadre de ses fonctions ministérielles: l'une en janvier 2004 en tant que ministre des Affaires étrangères, confiée au général à la retraite Philippe Rondot, après que M. Gergorin lui eut montré les listings quelques jours plus tôt, et l'autre à la DST, six mois plus tard, lors de son passage place Beauvau.
Dominique de Villepin a été mis en examen le 27 juillet 2007 pour "complicité de dénonciation calomnieuse", "complicité d'usage de faux", "recel de vol" et "recel d'abus de confiance". AP
Invité par l'université Paris Dauphine le 6 mai dernier, Dominique de Villepin s'en est violemment pris aux médias qui ont « kidnappé » la campagne présidentielle. Dans une charge frontale, il appelle les journalistes à prendre leurs responsabilités et dénonce un esprit de cour généralisé.
« Audace », « acidité », « sens critique »… voilà, pour l'ancien Premier ministre des qualités qui manquent désormais à une presse qu'il juge inféodée et victime des relations incestueuses entre médias et groupes industriels sous influence. Invité dans le cadre des débats organisés par l'université Paris Dauphine, Dominique de Villepin a attaqué les journalistes et les rédactions qui ne joueraient plus leur « rôle démocratique », assurant que la presse sous l'Empire ou la IIIe République avait plus de charge polémique que celle de nos kiosques. Appelant à l'esprit « d'imagination et de critique » des intellectuels comme des journalistes, il a comparé la presse écrite à de la « pâtée pour chat » répétant en boucle les discussions des couloirs de Matignon ou de l'Elysée. Une belle leçon de vigueur donnée aux journalistes... et à l'opposition !
Dominique de Villepin ne dort pas. Alors pour contrer la noirceur de ses nuits blanches, l'ex-Premier ministre français convoque à son chevet les poètes qu'il aime, dans son Hôtel de l'insomnie. La littérature en guise de somnifère.
Vos nuits insomniaques sont-elles plus belles que vos jours ? L'insomnie est un devoir ! Dans ces moments particuliers de la nuit, où le monde et la vie font silence, l'insomnie nous permet de reconstituer le puzzle de nos vies. Même si elle est parfois douloureuse, cette faille épouvantable dont parle Borges, où nous avons le sentiment d'une terrible immortalité...
La poésie, art de vivre ou exutoire ? On a tendance parfois à cantonner la poésie dans la mise en vers et en une jolie musique. Au contraire, c'est l'outil le plus révolutionnaire pour changer la vie. Et c'est une charge de dynamite absolument formidable. D'ailleurs, tous ces poètes ont des itinéraires souvent tragiques parce qu'on ne prend pas ce risque-là sans péril. La poésie, c'est un chemin que l'on invente, là où l'on pensait qu'il n'y avait parfois plus de chemin. Et ce chemin, on le creuse en soi, on le creuse avec les autres, dans la vie même. Parfois à mains nues et parfois dans la chair vive. Tout cela est souvent très douloureux, mais c'est un chemin indispensable pour ceux qui attendent davantage de la vie.
La plume ou l'ordinateur? Moi, j'écris à la plume ou au bic. Je choisis des outils simples, parce que je les égare facilement. Et puis le contact avec le papier et l'encre rend le poème plus charnel, permet de l'enraciner, y compris sur la feuille blanche.
La littérature ou la politique ? Je ne sépare pas les deux. De la même façon, je pense que, quand on avance dans la vie, il faut une inspiration et une expiration. Si l'expiration est le champ de la politique, il faut une inspiration qui donne un sens à cette politique, mais y compris pour soi-même. Car comment faire de la politique si on ne cherche pas à appliquer ce qui nous guide -l'exigence de liberté, d'égalité, de justice, de paix ? Il faut recentrer la politique sur l'essentiel et pour cela, elle a besoin de boire à autre chose qu'à des sources individuelles, politiciennes. Elle doit donc s'inspirer de l'art et de la culture.
Rabat, Caracas, Fort de France, New York. De toutes les villes de votre enfance, laquelle est la plus chère à votre souvenir ? Je suis né à Rabat, j'ai forcément une fidélité particulière à cette terre du Maroc. J'aime ses paysages ascétiques et en même temps, j'aime la luxuriance de l'Amérique latine, sa malice indigène et son surréalisme. Chaque lieu a son inspiration, son imaginaire. Et je pense que l'on a constamment besoin de fortifier son propre imaginaire en s'épaulant sur des lieux, des cultures, des peuples différents. C'est autant d'attachements, autant de raison de vivre supplémentaires.
Votre rêve d'enfant ? Vivre d'aventures, dans l'exploration des peuples et des contrées. L'aventure permet toujours de découvrir de nouvelles choses sur soi et de faire reculer les frontières. Or, nous vivons par trop dans des mondes de frontières et de peur. Chasser la peur me paraît être le premier objectif. Et c'est ce que je pressentais, enfant, le besoin d'aller vers un ailleurs, un inconnu qui permette en permanence de se dépasser.
Votre dernier marathon ? Il date d'il y a bien une dizaine d'années. Je cours tous les jours, mais jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu la chance de pouvoir m'entraîner suffisamment pour réessayer un marathon. Je ne désespère pas de pouvoir en courir un très vite avec mon fils. De préférence, un petit marathon, à la campagne. Mon vrai rêve, c'est de faire les cents kilomètres de Millau, encore faut-il que les genoux tiennent...
Votre fille Marie, mannequin, fierté ou frayeur ? Un peu des deux. Mais fierté pour ce qu'elle est parce qu'elle aime la vie. Elle aime la découvrir et l'approfondir. Et je lui fais confiance !
Un discours mémorable ? Je ne m'attarde pas sur mes propres discours. Mais j'aime ceux des autres, je lis ceux des grandes figures de l'histoire, de De Gaulle, Churchill, Napoléon, mais aussi les discours plus modestes - dans la Révolution Française, il y en a d'absolument magnifiques. J'aime la voix, quand elle est s'adresse à d'autres.
Que vous autoriseriez-vous dans Second Life ? Je n'ai aucun goût pour le monde virtuel. Je me sens très paysan de ce point de vue-là. Autant j'aime le voyage, autant je suis attaché à la réalité et aux racines de la vie. Je préfère les hommes et les femmes et les rêves que l'on peut toucher et réaliser à ceux qui ne s'accomplissent qu'à travers des écrans.
Que craindre le plus, comme vous l'écrivez, l'effroi de l'âme ou le combat des hommes ? Les deux sont à craindre. Mais le combat des hommes est plein de vanités, ce n'est donc pas celui qui m'effraie le plus ! Il est parfois très vain. Il faut savoir se concentrer sur l'essentiel qui est cette capacité que l'on a à pousser plus loin son aventure et son exigence, pas dans ces combats mesquins, ces combats de pouvoir, d'ego, qui très souvent nous humilient, nous avilissent et nous rapetissent.
Le sujet qui fâche ? Aucun, je me sens très apaisé.
Démission, courage ou lâcheté ? Cela dépend des circonstances et de la conscience qui guide le choix. Il est très difficile de juger les uns ou les autres. Dans Hôtel de l'insomnie, je parle d'un certain nombre d'auteurs qui ont été conduits au suicide. Faut-il juger le suicide d'un Paul Celan, d'un Jean-Pierre Duprey ? Il y a des zones de mystère dans la vie des êtres... Il faut savoir faire silence. Chercher à accompagner, mais respecter.
Si vous deviez vous réincarner ? Oh, il y a l'embarras du choix. J'aime cette idée que l'on puisse se métamorphoser. J'adorerais vivre plus près de la terre, être un paysan en Patagonie, cela me plairait.
Votre épitaphe ? Je ne m'attache pas assez d'importance pour m'en inventer une. Le testament de Jean Charcot, "Avions rêvé davantage. Avons fait du mieux possible", me va très bien comme épitaphe! Il y a beaucoup à apprendre de ceux qui sont dans l'épreuve : il adresse ce télégramme à l'Académie des sciences, dans un moment critique, puisqu'il est à la tête de son brise-glace, le Pourquoi pas ?, qui va faire naufrage. Et il a cette idée merveilleuse d'aller libérer les mouettes adoptées comme mascottes avant de partir lui-même au fond des mers...
Propos recueillis par Anne-Françoise Moyson
Hôtel de l'insomnie, Dominique de Villepin, Plon, 195 pages.
Après une visite du musée, Dominique de Villepin a présidé, hier (le 1 juin 2008), le 88e Jasmin d'argent dans la salle des Illustres.
Marathonien, Dominique de Villepin n'a pu goûter hier à toute la palette de la culture agenaise. Les clameurs du stade Armandie où Agen rencontrait Grenoble n'ont pas atteint la salle des Illustres où l'ex-Premier ministre a présidé la 88e édition du Jasmin d'argent. Durant les quelques heures passées en terre occitane en compagnie de son épouse, l'auteur d'« Hôtel de l'insomnie » et d'un ouvrage sur Napoléon, « Le Soleil noir de la puissance », a goûté au charme prégnant de la cité. Guidés par le premier adjoint, Bernard Lusset, les Villepin ont visité le musée avant d'être accueillis par la société littéraire « Le Jasmin d'argent » de l'Agenais.
Accueilli le matin par le premier adjoint et l'après-midi par le maire, Jean Dionis du Séjour, l'hôte a essuyé les compliments. D'abord ceux de Bernard Lusset.
Ami fidèle de l'entité libanaise, Dominique de Villepin a ensuite reçu un hommage appuyé du prix de la francophonie 2008, Michel Cassir, codirecteur de la collection de poésie « Levée d'ancre » aux éditions l'Harmattan. « Homme d'État, diplomate de haut rang, ambassadeur de la poésie, je salue en vous l'homme courageux qui a su porter si haut et si fort la diplomatie française. Vous êtes l'une des voix plus lucides de la poésie française », a déclaré Michel Cassir. Il a ensuite restitué la place de la francophonie dans le monde. C'est « une défense contre l'uniformisation de toute culture ».
« Cette terre parle »
Dans l'assistance, une admiratrice sous le charme confie : « Pour une fois que l'on peut voir un charmant homme d'État, je ne vais pas me priver ! ». Autant le savoir, Dominique de Villepin n'a pas « un goût particulier pour les honneurs ». L'écrivain qui s'active en avion, dans le train, en voiture, a replacé le poète dans la société. Il « recrée avec des mots un monde meilleur » et a célébré les vertus du Jasmin d'argent : « Nous avons besoin de savoir que des sociétés littéraires existent pour rassembler des trésors, des souvenirs » et vanté l'Agenais : « L'on peut trouver du charme à Dubaï, à Shanghai et à Buenos Aires », mais si « une belle demeure se présente », les Villepin planteraient volontiers leur tente ici car « cette terre parle ».
Les soubresauts juridiques du versant politique de l'affaire Clearstream ne sont pas près de cesser. Hier, c'est le site du Point qui révélait que le procureur chargé de l'affaire avait demandé aux juges de poursuivre leurs investigations sur Dominique de Villepin. Car si « les charges n'apparaissent pas suffisantes » pour justifier le renvoi de Villepin devant le tribunal correctionnel, il est nécessaire de « mener des investigations complémentaires de contexte ».
En clair, le procureur demande aux juges d'interroger une nouvelle fois l'ancien Premier ministre. Il s'agit d'établir s'il savait que les fameux listings impliquant des personnalités haut placées comme Nicolas Sarkozy étaient des faux. Il est depuis le 27 juillet 2007 mis en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse".
Une information à laquelle Marianne donne un éclairage intéressant. Pour le journaliste Eric Decouty, spécialisé dans les affaires politico-judiciaire (et déjà invité sur plateau d'@si pour évoquer son enquête sur la caisse noire du patronat ), le procureur Jean-Claude Martin a attendu trop longtemps pour faire cette demande, pour que cela ne paraisse pas louche. Pour le journaliste, la position du procureur suit depuis le début une ligne peu claire, déterminée par ses influences politiques. Etiqueté chiraco-villepiniste au début de l'affaire, il aurait été contacté par Thierry Herzog, l'avocat du chef de l'Etat. Celui-ci « lui aurait "fait comprendre" qu'un non lieu de Villepin serait nécessairement interprété comme une défaite de Sarkozy et un succès de son premier ennemi ». Or, depuis l'élection présidentielle, continue Decouty, « Jean-Claude Marin s'est évertué à donner toutes les garanties au nouveau chef de l'Etat quitte à y perdre, auprès de ses pairs, beaucoup de son crédit. » Et de conclure : « Ce sont en réalité toutes ces contradictions que le procureur a tenté de résoudre dans son réquisitoire Clearstream : sauver les apparences juridiques, préserver un peu de ses anciennes amitiés politiques et ne pas déplaire au Président de la République. »
Le procureur de la République de Paris vient de rendre ses réquisitions dans l'affaire Clearstream. Elles sont surprenantes : les charges sont insuffisantes pour poursuivre Villepin… mais il faut continuer l'enquête au cas où!
Chaque développement de l'affaire Clearstream semble discréditer davantage l'institution judiciaire. Après les querelles et les polémiques déclenchées au sein même du pôle financier par l'instruction des juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, c'est au tour de Jean-Claude Marin, le procureur de la République de Paris, de susciter perplexité et suspicion… Mardi matin, alors que l'enquête est achevée depuis fin février, le procureur a fini par prendre ses réquisitions. Cent trente pages que la porte-parole du parquet a résumé ainsi : 1. Les « charges n'apparaissent pas suffisantes » pour justifier le renvoi de Dominique de Villepin devant le tribunal correctionnel. 2. Il faut poursuivre l'instruction, d'où la demande de Jean-Claude Marin à MM. Pons et d'Huy de « mener des investigations complémentaires de contexte». 3. Imad Lahoud falsificateur présumé des listings bancaires de Clearstream et Jean-Louis Gergorin qui avait apporté ces documents au juge Van Ruymbeke doivent être renvoyés devant le tribunal. Telles sont les décisions contradictoires prises officiellement, hier, par Jean-Claude Marin. Décisions sur lesquelles pèse l'ombre de la principale partie civile, aujourd'hui président de la République, et qui méritent décryptage. Un réquisitoire contradictoire. Au-delà de l'effet d'annonce, le réquisitoire rendu public hier confirme bel et bien les informations publiées le 18 mai dernier par Marianne2.fr Depuis plusieurs semaines, le document attendait d'être avalisé par Jean-Claude Marin et la hiérarchie judiciaire. En fait, selon nos informations, c'est le mardi 6 mai que le procureur adjoint Foulon, chef du parquet financier et un de ses substituts, ont remis au procureur leur projet de réquisitoire. Dans celui-ci, ils concluaient au renvoi de Gergorin et Lahoud mais estimaient qu'aucune preuve de complicité de faux et complicité de dénonciation calomnieuse n'avait été apportée contre Dominique de Villepin. Techniquement les magistrats du parquet financier expliquaient que lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères puis ministre de l'Intérieur, pas un élément du dossier n'attestait qu'il connaissait la fausseté des listings de Clearstream, argument fondamental pour qualifier le délit. En indiquant que les charges contre Dominique de Villepin « n'apparaissaient pas suffisantes » pour justifier son renvoi, le procureur de Paris a donc validé cette analyse technique… Seulement, Jean-Claude Marin n'a pas osé aller jusqu'au bout et décider devant cette insuffisance de charges de demander un non lieu. Non, il a réclamé des investigations supplémentaires et en particulier une nouvelle audition de Dominique de Villepin. L'initiative apparaît aussi étrange que saugrenue, le procureur pouvant faire cette demande depuis déjà bien longtemps… En réalité la principale question est aujourd'hui de savoir ce qui s'est réellement passé dans les coulisses du parquet pour que la proposition de « non-lieu technique » se transforme en demande de supplément d'information ?
Un réquisitoire sous influence. Alors que des discussions feutrées étaient engagées début mai entre l'Elysée, le parquet général et le parquet autour de ces réquisitions, les révélations de Marianne2 ont attisé la polémique. Selon nos informations, trois positions étaient schématiquement défendues. La première, la plus gênée, était celle du procureur général Laurent Lemesle. Il aurait appuyé l'analyse technique, faisant surtout valoir, qu'il risquait d'être cité comme témoin par Dominique de Villepin dans le cas d'une éventuelle audience publique, ayant eu à connaître de l'affaire Clearstream lorsqu'il était conseiller de Jacques Chirac à l'Elysée. Mais, selon nos informations, le procureur général que l'on dit en partance, aurait été de peu de poids au même titre d'ailleurs que la Chancellerie. La seconde position, beaucoup plus tranchée, émanait de l'Elysée et en particulier du discret mais très influent conseiller justice de Nicolas Sarkozy : Patrick Ouart. Avec, Thierry Herzog, l'avocat du chef de l'Etat qui a mis beaucoup de sa crédibilité dans le succès de la procédure Clearstream, il a « fait comprendre » au procureur qu'un non lieu serait nécessairement interprété comme une défaite de Sarkozy et un succès de son premier ennemi. Perspective qu'il serait souhaitable d'éviter… D'où le rabâchage de l'argumentaire défendu depuis des lustres par Me Herzog : si Villepin ne savait pas que les listings étaient faux au printemps 2004 lorsqu'ils ont été transmis par Gergorin au juge Van Ruymbeke, il savait qu'ils l'étaient en juillet après les conclusions de l'enquête du Général Rondot. Et tant pis si l'argument est contredit par tous les juristes considérant que le délit de « dénonciation calomnieuse » a bien eu lieu lors de la communication des listings. Argument qui n'a d'ailleurs même pas été suivi par les juges Pons et d'Huy… Face à cette offensive la position de Jean-Claude Marin était particulièrement délicate. Juriste aux compétences unanimement reconnues, considéré jusqu'en 2007 comme « chiraco-villepiniste » il s'est longtemps affronté aux magistrats proches de Sarkozy et notamment à l'ancien procureur de Paris, Yves Bot. Il s'est également affronté tout au long de l'année 2006 aux juges Pons et d'Huy et à l'instrumentalisation du dossier par la partie civile Nicolas Sarkozy. Depuis l'élection présidentielle, Jean-Claude Marin s'est évertué à donner toutes les garanties au nouveau chef de l'Etat quitte à y perdre, auprès de ses pairs, beaucoup de son crédit. Dans les affaires Poncelet, UIMM, Laporte, le parquet n'a en effet cessé de donner des gages…
Ce sont en réalité toutes ces contradictions que le procureur a tenté de résoudre dans son réquisitoire Clearstream : sauver les apparences juridiques, préserver un peu de ses anciennes amitiés politiques et ne pas déplaire au Président de la République.
Tous perdants Dans cette confusion que peut-il désormais se passer ? Tout laisse croire que les deux juges d'instruction – qui ont refusé toutes les demandes d'actes supplémentaires des autres parties – vont refuser le supplément d'information requis par le parquet. Un refus qui paraîtra cette fois légitime tant les auditions de tous les protagonistes ont été nombreuses et longues… Du coup, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons devraient renvoyer tout le monde et notamment Dominique de Villepin au tribunal, sans que le parquet ait arrêté une position claire. L'audience pourrait alors prendre la même tournure que lors des procès Strauss-Kahn (dans l'affaire de la MNEF) et Robert Hue (dans celle du Gifco et financement du PC), avec une accusation déliquescente et une justice publiquement discréditée. De surcroît les débats judiciaires de Clearstream pourraient alors tourner à la foire d'empoigne politique entre Villepin et Sarkozy. Sombres affrontements où tous pourraient être perdants. Déjà lourdement instrumentalisée, la justice n'a pas fini de se perdre dans les manœuvres et manipulations de l'affaire Clearstream.
Les réquisitions du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, dans l'affaire Clearstream sont prêtes depuis la fin de la semaine dernière. Si elles n'ont pas encore été officiellement notifiées aux deux juges d'instruction chargés du dossier, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, Le Point peut en livrer la teneur : le Parquet requiert un supplément d'informations autour de Dominique de Villepin, dans le souci d'établir jusqu'à quel point - et jusqu'à quelle date - l'ancien Premier ministre peut avoir ignoré que les listings bancaires adressés à la justice en 2004 pour compromettre des personnalités (dont Nicolas Sarkozy) avaient été préalablement falsifiés.
Le ministère public considère par ailleurs que l'enquête a d'ores et déjà établi l'implication des autres personnes mises en examen - Jean-Louis Gergorin, Imad Lahoud, Florian Bourges et Denis Robert - dans les infractions poursuivies, ce qui annonce leur renvoi devant le tribunal correctionnel au terme de l'instruction.
Nouvelles auditions demandées
Pour l'heure, sans trancher sur son éventuel renvoi, le procureur demande aux juges d'interroger une nouvelle fois Dominique de Villepin. Mis en examen depuis le 27 juillet 2007 pour "complicité de dénonciation calomnieuse", celui-ci a sollicité un non-lieu le 21 avril, estimant qu'aucune charge ne pouvait être retenue contre lui et dénonçant, par la plume de ses avocats, une instruction conduite "exclusivement à charge" et sous la pression d'une partie civile nommée Nicolas Sarkozy.
L'objectif de ces recherches complémentaires serait de préciser la connaissance qu'avait M. de Villepin de la supercherie au mois de juillet 2004, date à laquelle, passé du Quai d'Orsay au ministère de l'Intérieur, il avait commandé une enquête à la DST sur l'origine des listings, juste après que ces documents avaient été publiés (notamment dans Le Point ).
Dénonciation calomnieuse
L'enquête des juges a montré que le ministre avait alors tu à ses propres services la connaissance intime qu'il avait de l'origine des listings, par son ami Jean-Louis Gergorin, depuis plusieurs mois. De même, il passa sous silence les vérifications qu'il avait lui-même ordonnées au général Philippe Rondot, ancien agent secret devenu conseiller au ministère de la Défense. Or, c'est aussi au mois de juillet 2004 que ce dernier reçut la confirmation définitive de la fausseté des listings, grâce à un ultime recoupement effectué à l'aide des services secrets suisses. Pourtant, la dénonciation calomnieuse s'est prolongée après cette date, puisque d'autres documents similaires - eux aussi contrefaits - furent envoyés au juge van Ruymbeke les 20 août et 4 octobre 2004.
Le Parquet s'interroge, dès lors, sur l'éventualité d'une "complicité par abstention" de Dominique de Villepin, qui aurait - dans cette hypothèse - laissé volontairement se propager des informations qu'il savait calomnieuses à partir de juillet 2004. Le 19 de ce même mois, le général Rondot notait d'ailleurs, dans l'une de ses fameuses fiches quadrillées, une phrase explicitement attribuée à Dominique de Villepin et lourde de sens : "Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons." Sauf à imaginer que l'ex-agent secret ait inventé ces propos, force est de constater que l'ancien Premier ministre, qui clame avec force son innocence, n'a jamais pu fournir une explication cohérente à un tel signe d'affolement.